C'est vous qui le dites

Un tiers des jeunes estime qu'on ne peut pas parler de viol si une personne ne dit pas explicitement "non"

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En Belgique, 1 femme sur 5 a été victime de viol. Un tiers des jeunes estime qu’on ne peut pas parler de viol si une personne ne dit pas explicitement " non ". C’est difficile de savoir si une relation est consentie ?

Amnesty International et SOS Viol publient ce matin des chiffres alarmants sur les agressions sexuelles en Belgique. On apprend dans cette étude qu’une femme sur cinq a été victime de viol, que 23% ont subi des relations sexuelles forcées par leur partenaire et justement à ce sujet, un tiers des jeunes estime qu’il n’y a pas viol si une personne ne dit pas explicitement " non ". Il faut aussi noter que 48% des jeunes jugent la victime responsable.

C’est difficile de savoir si une relation est consentie ? C'est la question que l'on vous posait ce matin dans "C'est vous qui le dites".

Voici quelques moments forts de l'émission...

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"..." Westend61 - Getty Images/Westend61

"On doit pouvoir en parler dès le plus jeune âge"

Du côté des auditeurs, les avis sont partagés...

Cécile, une auditrice originaire d’Uccle, a été abusée sexuellement à l'âge de 6 ans. Elle a décidé, courageusement, de témoigner sur notre antenne : " Il y a aussi une manière tacite de démontrer que l’on n’en a pas envie, il n’y a pas que le "non" dans la vie qui prouve que l’on ne veut pas. Ça dépend aussi de l’âge auquel ça arrive, par exemple pour un enfant, il est très difficile de dire "non" surtout à un adulte. Il faut pouvoir en parler dès le plus jeune âge… Dès qu’il est en âge de pouvoir comprendre certaines choses. Parce que bon nombre des viols et attouchements sont faits sur des enfants." s'exclame-t-elle.

 Il y a l’éducation des enfants mais aussi de toute personne ; on doit comprendre qu’on ne peut pas toucher quelqu’un d’autre sans son approbation !

Elle poursuit : "Mes parents l’ont su assez rapidement parce que physiquement et psychologiquement, j’avais mal donc je leur ai dit... Mais ils m’ont dit de ne jamais en parler, de ne rien dire et la personne qui avait fait ça a d’ailleurs disparu. Moi je dis, si vous savez parler, dites-le ! C’est quelque chose qui vous poursuit pour toute votre vie ; je fais une psychothérapie depuis des années et mon psychiatre me le dit : on n’en guérit jamais vraiment..."

Amnesty International : "En Belgique, une femme sur cinq a été victime de viol"
Amnesty International : "En Belgique, une femme sur cinq a été victime de viol" Adene Sanchez - Getty Images/iStockphoto

"Si on ne dit pas explicitement "non", il est compliqué pour un homme de comprendre"

Du côté de Comblain-au-Pont, Emma pense qu'il est difficile pour les hommes d'accepter un refus : " Selon moi, à partir du moment où on ne dit pas explicitement "non", il est compliqué pour un homme de comprendre que c’est effectivement "non". Je trouve qu’ils peuvent interpréter certaines attitudes et ils le font d’ailleurs la plupart du temps ! Ça m’est arrivé alors que j’étais en couple, j’ai dit : "Non, arrête !" à mon conjoint mais ça ne l’a pas empêché de continuer et d'arriver à ses fins... Pourtant, je ne suis pas à disposition de monsieur, je ne lui appartiens pas, c’est mon corps et si j’ai envie de dire "non", je dis "non" ! Et ce n’est pas parce que je suis en couple avec lui que je dois assouvir ses envies ! La base du problème est que moi, ma maman ne m’a jamais inculquée le "non" et les garçons n’ont pas été éduqués à écouter ce refus."

"Les chiffres ne nous étonnent pas même s’ils sont toujours aussi brutaux"

Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International Belgique, est intervenu en tant qu’expert à ce sujet sur notre antenne : Les chiffres ne nous étonnent pas au vu des informations qui nous viennent de différentes associations et différents témoignages, même s’ils sont toujours aussi brutaux quand on les voit et incitent à l’action quand on les entend. C’est un chiffre noir le viol, c’est une chose qui se passe en privé. Il y a deux moyens d’évaluer les viols : les plaintes et les sondages."

Des plaintes et sondages qui pourraient s'être multipliés grâce notamment à des mouvements comme #metoo poursuit notre expert : "Il est probable que le fait qu’il y ait eu une certaine libération de la parole a permis à des femmes de s’y retrouver et de dire : "Je n’ai pas peur de le dire cette fois-ci !" Mais il faut faire très attention quand on parle de l'influence de ces mouvements parce que, parallèlement au sondage, nous avons fait des groupes forum, avec des jeunes âgés entre 14 et 25 ans, et on s’est rendu compte que la plupart des jeunes garçons n’avaient jamais entendu parler du mouvement #metoo alors qu’ils sont tout le temps sur les réseaux sociaux. Cela veut dire qu’il faut être très prudent quand on parle de l’influence des mouvements qu’on a connu ces derniers temps même s’il est vrai que beaucoup de femmes ont pu enfin exprimer ce qui leur est arrivé."

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"..." Motortion - Getty Images/iStockphoto

"Il faut changer la culture du viol dans notre société"

Enfin, Philippe Hensmans conclut en proposant des pistes pour lutter contre les violences sexuelles : "La première étape, c’est l’éducation sexuelle à l’école - l’Evras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle)seulement 15% des jeunes à Bruxelles y ont actuellement accès donc il est clair qu’il y a un travail énorme à faire, il faut le généraliser. Ensuite, il y a une culture du viol dans notre société qui autorise en quelque sorte le viol et cela doit changer par la culture et l’éducation. Ce qui est important aussi, c’est la possibilité d’aider les victimes, il y a eu certains progrès avec notamment l'ouverture de trois centres pour les victimes de violences sexuelles en Belgique - et on parle d’en mettre un par province - et ça a beaucoup fait progresser le nombre de plaintes. Le reste, c’est le suivi au niveau de la police qu'il faut améliorer, surtout quand on sait que seuls 10% des femmes osent déposer plainte."

Nous vous invitons à poursuivre le débat sur notre page Facebook "C’est vous qui le dites" et vous donnons RDV du lundi au vendredi de 9h à 10h30 sur VivaCité et La Une pour trois nouveaux débats.

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