Une 4e dose de vaccin en Israël : prématuré ou précurseur contre Omicron ?

19 janv. 2022 à 18:07Temps de lecture5 min
Par Johanne Montay

Israël a été le premier pays à administrer une 4e dose de vaccin, un 2e "booster", donc, à une partie de sa population. Cet Etat a aussi été le plus rapide à déployer les vaccins contre le Covid-19, tout comme les 3e doses, offertes dès juillet 2021. Le mois dernier, les groupes les plus vulnérables et à haut risque (immunodéprimés) se sont fait offrir un 4e vaccin, ou un 2e rappel. Le 2 janvier, le Premier ministre israélien Naftali Bennett l’a étendu aux travailleurs de la santé et des personnes de plus de 60 ans. A ce jour, plus de 500.000 Israéliens ont reçu une 4e dose de vaccin.

Un 2e rappel est-il utile et nécessaire face à Omicron ? Que fera la Belgique ? Le Conseil supérieur de la Santé doit rendre un avis en principe ce jeudi. L’idée n’est pas d’aller vers un rappel à l’israélienne, mais de se limiter aux personnes immunodéprimées.

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Une étude aux résultats décevants

Le centre médical israélien Sheba a réalisé une étude clinique, à l’occasion de l’administration d’une 2e injection de rappel parmi son personnel de santé. Il s’agissait d’un rappel de vaccin Pfizer chez 154 personnes et d’un rappel de vaccin Moderna administré chez 120 personnes qui avaient reçu précédemment 3 injections de Pfizer. L’effet a été étudié après deux semaines pour le Pfizer, et une semaine pour le rappel Moderna. Il a été comparé au niveau d’anticorps d’un groupe témoin qui n’a pas reçu la 4e injection. Résultats : les vaccins ont entraîné une augmentation du nombre d’anticorps, mais "probablement pas suffisant pour l’Omicron", d’après Gili Regev-Yochay, directrice de l’Unité des maladies infectieuses de Sheba.

Ce niveau d’anticorps était "même un peu plus élevé que celui que nous avions après la 3e dose", a-t-elle déclaré. Néanmoins, a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse, "nous savons maintenant que le niveau d’anticorps nécessaire pour protéger et ne pas être infecté par Omicron est probablement trop élevé pour le vaccin, même s’il s’agit d’un bon vaccin". Ces résultats préliminaires n’ont pas encore été publiés.

Le Professeur Cyril Cohen, directeur du laboratoire d’immunothérapie, à l’Université Bar Ilan, de Tel Aviv, tire un premier bilan : "On n’a pas vu d’effets secondaires qui étaient différents de ce qu’on avait vu avec, par exemple, la 3e dose. D’un autre côté, en ce qui concerne l’efficacité, ce que l’on a vu, c’est que cela permet quand même de remonter vos anticorps au même niveau – peut-être un peu plus -, que ce qu’il y avait eu après la 3e dose. Mais on n’a pas vu cet effet "booster" qu’on avait vu entre la 2e dose et la 3e dose, où on avait vu 5, 10 fois plus d’anticorps que juste après la 2e dose. Ça, c’est une des premières choses que l’on voit. Deuxième chose que l’on voit, c’est qu’on voit aussi quand même un nombre, je dirais, de contaminations, aussi après la 4e dose. Donc, ça veut dire que ça protégerait moins contre l’Omicron qui est aujourd’hui majoritaire en Israël, avec pratiquement 90% des contaminations. Donc, la question qui nous reste à déterminer, c’est si cela améliore la protection en ce qui concerne les formes graves."

A titre de précaution

Peu de données valident pour l’instant l’administration d’une 4e dose à la population. Comme l’explique au journal The Lancet Respiratory Medicine, Jonathan Sterne, professeur de statistiques médicales et d’épidémiologie à l’Université de Bristol (Royaume-Uni), "les 4e doses sont principalement administrées par précaution ; nous avons très peu de preuves de leur effet, que ce soit à partir d’études sur la fonction immunitaire ou d’études observationnelles d’événements cliniques".

Et en Belgique ?

L’intention n’est pas d’aller dans le sens d’une 4e dose étendue à nos personnes âgées ou au personnel soignant. Le Conseil supérieur de la Santé (CSS) doit émettre une recommandation à ce sujet, en principe, ce jeudi. Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral à la lutte contre le Covid-19 et infectiologue, fait partie de ce CSS : "De nombreux pays", dit-il, citant notamment les Etats-Unis et la France, "ont effectivement décidé de donner une dose supplémentaire, c’est-à-dire un vrai boost, un vrai rappel, à des personnes qui ont eu besoin de 3 doses pour avoir leur vaccination de base. Et ils le font dans un temps qui varie entre trois et six mois après cette 3e dose. Scientifiquement, cela paraît fondé. On sait que c’est un public qui est difficile parce qu’il ne répond pas forcément au vaccin, que la vaccination est bien supportée, et qu’actuellement, on ne peut pas offrir grand-chose d’autre, parce que les anticorps monoclonaux perdent leur efficacité avec le nouveau variant, et que les produits antiviraux ne seront pas encore de facto disponibles avant plusieurs semaines."

Booster à l’infini ?

Mais les rappels à intervalle court ne sont pas une stratégie tenable à long terme. Et il faut se rendre à l’évidence, la vaccination ne permettra sans doute pas, même avec un rappel adapté aux variants, d’éviter la transmission. Le professeur Cyril Cohen, à Tel Aviv, estime que "le rêve d’avoir un vaccin qui empêche totalement la transmission, qui générerait ce qu’on appelle une immunité stérilisante, c’est-à-dire que si quelqu’un est infecté par un virus, il ne le transmettra pas, il tuera ce virus avant que ce virus puisse incuber etc. Je crois que ces vaccins, aujourd’hui, on réalise qu’ils ne peuvent pas nous donner cette possibilité. Je crois qu’il faut s’orienter vers des vaccins petit à petit qui seraient plus adaptés aux variants qu’on rencontre. A ce moment-là, ça veut dire qu’on doit être très flexibles en ce qui concerne la production de ces vaccins. Et je ne pense pas qu’aujourd’hui, on est capables de le faire. Regardez, par exemple, même Pfizer et Moderna ont dit qu’ils ne pourraient donner des vaccins comme ceux-là qu’au mois de mars… Sincèrement, au mois de mars, l’Omicron, je pense, aura disparu de beaucoup d’endroits, parce qu’il est en train de se répandre tellement rapidement qu’après quelques semaines, il va disparaître… Donc, jusqu’à ce qu’on ait ces vaccins, ce sera moins efficace. La deuxième chose, ce sont des vaccins qui devraient être administrés par voie nasale."

Protéger contre la maladie grave

Ce qui importe, à défaut d’enrayer la transmission, c’est de protéger les personnes contre la maladie grave. La question principale est donc celle du maintien de l’efficacité du booster contre la sévérité de la pathologie. "Pour l’instant, rien ne nous montre pour le public général qu’il y ait un problème à ce niveau après la 3e dose", explique Yves Van Laethem. "On n’a pas en Angleterre ou autre d’augmentation des hospitalisations ou des formes graves chez les personnes de plus de 60 ans qui ont reçu leur booster. Il nous semble donc que dans ce contexte-là, il n’y a pas urgence en la matière, et pas de nécessité de faire une 4e dose, un 2e "booster", à nos personnes âgées, par exemple".

Un rôle qui gagnerait à être encore creusé, au-delà de celui des anticorps neutralisants, c’est celui de notre 2e ligne de défense, nos soldats tueurs de virus, les lymphocytes T, activés après une vaccination complète ou une infection récente, puisque nous sommes nés avec cet équipement de base, et qu'ils se mettent en branle lorsqu'ils reconnaissent un ennemi déjà combattu. 

 

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