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Une alliance entre le CD&V et la N-VA comme en 2004 : cette proposition d’une échevine anversoise est-elle possible ?

L'oeil de Flandre

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La renaissance d’un cartel entre la N-VA et le CD&V est-il envisageable ? Ce week-end, dans une interview pour le journal De Zondag, Els van Doesburg, une échevine anversoise, élue de la N-VA, a clairement fait un appel du pied au parti de Sammy Mahdi.

La mandataire revenait sur le conflit ouvert qui a opposé fin septembre son parti, la N-VA, et le CD&V, lors des discussions budgétaires du gouvernement flamand. En effet, la déclaration de septembre de Jan Jambon n’avait pas pu avoir lieu à la date prévue à cause d’un blocage du CD&V qui a défendu bec et ongles l’indexation des allocations familiales.

Pour Els van Doesburg, ce conflit très médiatisé entre les deux camps a résulté en un champ de bataille dont le citoyen flamand se fiche éperdument. Ce qui, en revanche, serait à ses yeux bénéfique à la population, c’est la naissance d’un grand parti populaire, porté par la N-VA, et dans lequel la démocratie chrétienne aurait toute sa place.

Des alliés 'naturels'

Cet appel du pied rappelle un cartel CD&V/N-VA né au début des années 2000. Peut-on y voir la naissance d’un cartel 'bis' ?

Els van Doesburg ne va pas jusqu’à qualifier cette potentielle alliance de cartel, sans doute parce que le premier mariage entre les deux partis s’était terminé par un divorce. Souvenez-vous, en 2004, la N-VA qui était encore un jeune et petit parti, se faisait embarquer par le CD&V d’Yves Leterme. Ensemble, ils étaient parvenus à devenir la plus grande formation de Flandre. La percée des nationalistes flamands s’était ensuite confirmée, d’abord aux communales de 2006, puis aux élections fédérales de 2007, un scrutin lors duquel le cartel avait raflé près de 30% des voix. Mais après l’échec des interminables négociations institutionnelles, Bart De Wever avait finalement annoncé la mort du cartel. On connaît la suite : la N-VA deviendra dès 2010 le plus grand parti du pays. Quant au CD&V, il n’a depuis cessé de dégringoler et serait aujourd’hui, selon les sondages, le plus petit parti de Flandre.

C’est donc dans cette configuration désormais bien établie que l’échevine Els van Doesburg propose, non pas un cartel, mais bien une nouvelle collaboration, portée cette fois par la N-VA. À ses yeux, les deux formations politiques sont des alliés naturels, qui ne peuvent cependant pas continuer de coexister.

Réactions timides des présidents de partis

Reste à connaître l’avis des principaux intéressés : les présidents de ces deux partis.

Bart De Wever n’a pas réagi, pas officiellement en tout cas. Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, s’est lui contenté de faire savoir que la proposition de l’échevine anversoise n’était pas à l’agenda du parti.

De son côté, le nouveau président du CD&V, Sammy Mahdi, s’est vu contraint de répondre lors d’une interview en direct sur le plateau du Zevende dag. Il a notamment indiqué qu’il trouvait cette demande de mariage un peu spéciale, et il a tenu à rappeler qu’il existait des différences fondamentales entre les deux partis. Les récentes discussions sur les allocations familiales l’ont, selon lui, une nouvelle fois prouvé.

Une solution sur le long terme ?

Les partis bottent en touche, mais la proposition de l’élue anversoise pourrait-elle se concrétiser dans les prochaines années ?

Les chances sont assez minimes. Selon le professeur de Sciences Po de la KULeuven, Steven Van Hecke, il est très peu probable que le paysage politique flamand soit remanié avant les élections de 2024. Pour un certain nombre de partis, il s’agira du scrutin de la dernière chance, une chance qu’ils préfèrent apparemment tenter en solo.

Selon Jean-Marie Dedecker, ancien candidat indépendant sur la liste de la N-VA, une telle fusion n’aura de chance de se former que lorsque le désespoir de l’un des deux partis sera total.

On n’en est donc pas encore là, même si le CD&V se montre ces derniers temps assez nerveux. Il faudra sans doute attendre les résultats électoraux de 2024 pour voir apparaître un éventuel rapprochement. D’un côté, cette collaboration pourrait sauver ce qu’il reste à sauver du parti chrétien-démocrate. De l’autre, elle pourrait aussi permettre à la N-VA d’enfin s’imposer comme le grand parti populaire de Flandre. Une position qui lui faciliterait d’ailleurs quelque peu la tâche face à un Vlaams Belang toujours plus menaçant.

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