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Une ancienne alliance entre un oiseau sauvage et les humains

En Afrique, un oiseau guide les chasseurs-cueilleurs vers les nids d'abeilles sauvages
04 sept. 2018 à 12:56 - mise à jour 04 sept. 2018 à 12:56Temps de lecture3 min
Par Fabienne Pasau

"La référence la plus ancienne que j’ai trouvée concernant les Grands Indicateurs et leur comportement qui consiste à guider des hommes jusqu’aux nids d’abeilles est dans un livre intitulé "Ethiopie Orientale", écrit par Joao dos Santos, un missionnaire Portugais à Sofala, dans une région qui fait aujourd’hui partie de l’Afrique Orientale Portugaise [le Mozambique] – un livre qui a été publié en 1609.

[…] Il semble que l’oiseau avait attiré l’attention du bon père parce qu’il l’avait vu entrer par la fenêtre de l’église de sa mission et se nourrir de petits morceaux de cire qu’il prélevait sur les cierges qui étaient sur l’autel."

Jean-Claude Ameisen
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Les premières abeilles sont apparues sur terre il y a 110 à 140 millions d'années, tissant une symbiose avec les plantes à fleurs. Aujourd'hui, 90% des plantes à fleurs sauvages dans le monde et plus d'un tiers des fruits, des noix, des graines et des légumes dont se nourrit l'humanité ont pour origine l'activité de pollinisation des abeilles et des autres insectes pollinisateurs.

Mais en Europe, Amérique du Nord, et ailleurs, ces insectes sont en danger. Ils sont en train de mourir, entre autres à cause du fractionnement de leur habitat, du développement de l'agriculture intensive en monoculture, de la diminution de leur résistance aux parasites et à cause des pesticides, dont les neuro-nicotinoïdes.

 

De nombreuses traces archéologiques d'apiculture

Le plus ancien témoignage de domestication des abeilles à miel est un bas-relief du temple solaire d'Abou Ghorab en Egypte, qui date de près de 4500 ans. Il montre un apiculteur et une ruche d'argile.

Les plus anciennes ruches datent d'il y a plus de 3000 ans. Elles ont été découvertes dans une ancienne cité de la vallée du Jourdain, Tel Rehov, dans un grand rucher de 100 à 200 ruches d'argile non-cuite, dont une trentaine persistent, intactes.

Nos ancêtre tiraient de cette activité non seulement le miel qui servait à faire l'alcool d'hydromel, mais aussi la cire qui permettait de réaliser des moulages de bronze grâce à la technique de la cire perdue.

Les Egyptiens utilisaient la cire pour les rites funéraires, en particulier pour la momification qui assurait le passage des défunts vers l'au-delà.

Des vestiges de poteries contenant des résidus de cire d'abeilles à miel vieux de plus de 8500 ans ont été retrouvés en Anatolie de l'Est. On ignore si ces anciens agriculteurs pratiquaient déjà l'apiculture ou s'ils allaient cueillir le cire et le miel des nids des abeilles sauvages.

Les anciens chasseurs-cueilleurs ne dérobaient pas seulement le miel des nids des abeilles sauvages, ils leur volaient aussi leur cire. Le vestige le plus ancien à ce jour d'une utilisation humaine de cire d'abeilles a été découvert en Afrique du Sud, dans la Border Cave : un mélange de cire d'abeille et d'un poison végétal, enveloppé dans des fibres de plante probablement attachées à un bout de bois utilisé pour chasser. Il date d'il y a 40 000 ans.

 

Les cueilleurs de miel

 

Le grand indicateur fait gagner aux chasseurs deux tiers du temps dans leur recherche des nids d'abeilles

Aujourd'hui encore, en Inde, au Népal, en Indonésie ou en Afrique, des cueilleurs de miel partent à la conquête des nids d'abeilles sauvages.

En Inde, ils descendent à la verticale sur une échelle de corde le long de falaises hautes de 60 mètres, au milieu d'un nuage d'abeilles géantes qui les attaquent. Leur seule défense est une torche humide qui produit de la fumée.

En Afrique, en République du Congo, les chasseurs de miel grimpent à mains nues au sommet d'acajous de 50 mètres de haut, pour dérober les pains de cire et de miel.

Au Cameroun, les cultivateurs Baya repèrent les colonies d'abeille, guidés par l'oiseau appelé grand indicateur ou 'indicator indicator'. Dans le nid détruit, l'oiseau dégustera ensuite sa récompense : un repas de cire ! 

Découvrez ici comment le grand indicateur guide les chasseurs, ainsi que d'autres révélations étonnantes, dans cette première émission Sur les épaules de Darwin, par Jean-Claude Ameisen

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