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Une berceuse de Debussy comme acte patriotique dans une Belgique occupée lors de la Seconde Guerre mondiale

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En janvier 1915, dans une lettre qu’il adresse à Godet, Debussy écrit "Pour la musique, j’avoue avoir été des mois à ne plus savoir ce que c’était : le son familier du piano m’était devenu odieux." Le compositeur composera tout de même plusieurs œuvres pendant la Première Guerre mondiale, mais une d’entre elles mérite qui s’y attarde, la Berceuse héroïque.

La Berceuse héroïque est intégrée à une publication du Daily Telegraph nommée King Albert’s Book. Un livre qui reprend des textes ou des œuvres d’artistes ou de notables de plusieurs nationalités et qui a pour but de rendre hommage à la manière héroïque dont la Belgique et son roi, Albert Ier, se sont comportés durant les premiers mois de la Première Guerre mondiale.

Or, la particularité de cette œuvre, c’est que l’on peut y trouver une référence à la brabançonne. Mais ici, ce n’est pas tant que présence de notre hymne national qui est intéressante, mais plutôt la manière dont celle-ci va être utilisée.

En 1942, dans une Belgique occupée, le tout jeune orchestre de la Chapelle Musicale de la Reine Elisabeth, dirigé par Charles Houdret, va inscrire l’œuvre dans son programme. Dans la salle, se trouvent le public bruxellois et plusieurs officiers allemands. Quand résonne le thème reconnaissable de l’hymne belge, le public se lève, ne laissant pas d’autre choix aux officiers allemands que de faire de même. Un geste qui prête à sourire mais qui affirme comme une marque de patriotisme. D’ailleurs, ce fait est loin d’être le seul.

Si l’on en croit Jean Polinet, critique du Pays réel, qui par ailleurs reproche à Houdret de faire spectacle de ses actes résistants, le chef de l’orchestre de la Chapelle refuse les virtuoses allemands et les Belges suspectés de sympathie pour l’occupant ; il mutile les œuvres allemandes contemporaines devant se trouver au programme ou encore, joue en "bis" des compositeurs russes, alors interdits. Le public éprouvera une grande sympathie pour cette manière claire et évidente d’affirmer ce que l’on appellerait aujourd’hui sa belgitude. Mais si Charles Houdret jouit d’une certaine popularité, l’histoire nous montrera qu’il s’agit d’un personnage bien plus sinistre et calculateur qu’il ne veut le montrer.

Sans rien retirer au courage de ses actes en tant que chef d’orchestre, on pointera quand même qu’il semble avoir eu pour lui un bon modèle en la figure de son père. En effet, d’après La Dernière Heure, le père de Charles aurait, durant la Première Guerre mondiale, représenté l’Ouverture d’Egmont de Beethoven, une œuvre dont l’histoire est celle de deux martyrs belges face à la répression des Espagnols. Sa manière trop patriotique de diriger l’orchestre lui aura valu d’être déporté. Comme quoi, même dans les heures les plus sombres de notre histoire, la musique reste intimement liée au sentiment patriotique de ce peuple dont la révolution est partie d’un air d’opéra.

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