Une canne connectée à ultrasons pour faciliter la vie des aveugles et des malvoyants

Ibrahim teste une canne connectée et dotée de capteurs à ultrasons pour anticiper les obstacles qui se dressent sur son chemin.

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08 août 2021 à 05:30Temps de lecture3 min
Par Kamel Azzouz

Depuis quelques années, plusieurs entreprises ont développé différents modèles de cannes blanches connectées. Capteurs à ultrasons et à infrarouges, GPS, guidage par sons spatiaux, Elles sont dotées de technologies de pointe qui fluidifient les déplacements en ville des personnes aveugles et malvoyantes.

Grâce aux capteurs à ultrasons, les obstacles sont anticipés

Non-voyant à la naissance, Ibrahim Tamditi a testé une 'canne intelligente' durant un mois. Grâce à des capteurs à ultrasons, le boîtier connecté de la canne est capable de détecter un danger au sol, à une distance d’environ deux mètres, mais également à mi-hauteur. Couplée à un smartphone via une application, elle a une portée de 180° avec un balayage latéral et vertical. À chaque fois qu’Ibrahim approche d’un obstacle (comme les trottinettes électriques, les sacs-poubelles, les poteaux et même les branches basses…), une vibration et un avertissement sonore lui signalent qu’un danger se dresse devant lui. Ibrahim Tamditi, membre de l’association Eqla nous explique concrètement comment cette canne 2.0 lui facilite ses déplacements au cœur de la ville : "Si ça vibre, c’est qu’il faut vraiment faire attention parce que j’approche un obstacle. Ou s’il y a des travaux ou quelque chose en hauteur comme un panneau, des échafaudages ou le coffre d’une voiture typiquement ouverte, la canne vibre et m’avertit du danger. Ce sont des choses que je ne vais pas distinguer par le balayage normal d’une canne classique. En fait, je peux détecter ces obstacles à 1,80 m de distance. L’avantage, c’est qu’on peut vraiment le détecter avant de le toucher avec la canne. Du coup, ça donne vraiment la possibilité de pouvoir un petit peu plus anticiper les obstacles. Si ça ne vibre pas, c’est que je suis totalement sécurisé. Je peux marcher à mon aise ça permet vraiment de donner une confiance et une sécurité."

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Connectée, la canne intelligente offre d’incroyables possibilités

Connectée par Bluetooth à un smartphone et à un GPS, la canne peut aussi localiser un parcours et transmettre les indications via des commandes vocales, soit grâce à son haut-parleur intégré, soit via des écouteurs. C’est également via le pavé tactile de la canne qu’on peut contrôler le smartphone qui reste en poche. L’ensemble de ces différentes technologies remplissent offrent d’autres possibilités que nous livre Ibrahim Tamditi : "Je peux savoir quels sont les cafés, les restaurants, les gares ou un passage pour piétons à proximité, par exemple. Je peux aussi demander quels sont les transports en commun en fonction de l’endroit où je suis. La canne m’indique aussi en temps réel l’arrêt où je veux descendre. Sinon je peux aussi demander, grâce à un mode qui s’appelle 'Exploration' de me décrire les choses ce qu’il y a autour de moi."

Une formation est nécessaire

Au-delà de toutes ces possibilités qui offrent une autonomie et un sentiment de sécurité aux personnes aveugles et malvoyantes, la canne intelligente a bien entendu des points à améliorer. Son poids n’est pas négligeable et s’avère inconfortable pour les longs trajets. Elle vibre parfois avec excès pour des informations moins pertinentes comme lorsque l’usager se retrouve au milieu de nombreux passants. Ergothérapeute et responsable du service accompagnement wallon de la Ligue Braille, Adeline FISCHER souligne cet aspect : "la canne donne énormément d’informations. L’audition et le bruit environnant de toute la circulation donnent déjà des informations. Donc, c’est une donnée supplémentaire à devoir intégrer et à devoir interpréter. Ça prend du temps et c’est la raison pour laquelle tout le monde n’y parvient pas".

Contrairement à d’autres pays, il n’y a pas de remboursements en Belgique

Cette canne connectée peut donc agir comme un bouclier virtuel, particulièrement pour les obstacles à mi-hauteur. Mais pour l’utiliser, il est nécessaire de suivre une formation aux techniques d’utilisation d’une canne blanche classique et à ce type de technologie. Pour le moment, la connaissance de l’anglais est également impérative avec les applications existantes. Son prix est également un frein comme le rappelle Rafal Naczyk, porte-parole de l’association Eqla : "Des jeunes déficients visuels, comme Ibrahim, commencent à avoir une maîtrise absolue d’un smartphone. Il y a de plus en plus d’applications naissantes pour leur faciliter la vie. Reste que cette innovation n’est pas accessible à toutes les bourses. Une canne connectée coûte relativement cher (de 500 à 2000 euros). En Belgique, elle n’est pas remboursée par la sécurité sociale, ni subsidié par l’AViQ. Contrairement à la France où elle est prise en charge à 75% par les maisons départementales des personnes handicapées."

Au-delà du coût élevé, des améliorations à apporter et du manque de recul sur cette nouvelle technologie, la canne blanche intelligente offre aux personnes déficientes visuelles une fenêtre sur demain en termes d’autonomie et de sécurité.

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