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"Une dent qui fait mal, on l’enlève, une grossesse douloureuse, on l’enlève" : immersion dans un planning familial qui pratique l’avortement

Au planning familial Louise Michel, l’avortement est pratiqué depuis 1981.

© Marie Bourguignon

30 sept. 2022 à 16:17Temps de lecture2 min
Par Marie Bourguignon

Il est situé dans une petite rue discrète du quartier Saint Léonard à Liège. Le planning familial Louise Michel a été créé en 1981 par un groupe d’activistes qui voulait donner la possibilité aux femmes d'avorter. A cette époque, l’interruption volontaire de grossesse n’était pas encore légale en Belgique. 40 ans plus tard, pratiquer l’avortement relève toujours d’un acte militant. 

Jonathan Adru, accueillant au planning familial Louise Michel à Liège.
Jonathan Adru, accueillant au planning familial Louise Michel à Liège. Marie Bourguignon

Au planning familial Louise Michel, chaque année, les soignants pratiquent plus de 450 avortements. L’un des moments clefs d’une IVG est celui de l’accueil réservé aux patientes. "On voit un petit peu comme elles se sentent," raconte Jonathan Adru, accueillant. "On estime avec elle si c’est bien leur propre décision. Elles peuvent arriver anxieuses et le fait de bien les accueillir ça permet aussi de dédramatiser ce qu’est une interruption volontaire de grossesse. "

Les jeunes recourent beaucoup plus facilement qu’avant à l’avortement.

Lors de notre immersion dans ce centre, nous avons échangé avec des patientes mais aucune n’a souhaité apparaître sur nos images. Si la pratique de l’avortement est légale depuis longtemps maintenant, elle est toujours taboue. "Les jeunes recourent beaucoup plus facilement qu’avant à l’avortement" souligne le docteur Nathalie Carlier qui pratique depuis plus de 20 ans "Elles viennent facilement dans un centre pour demander qu’on interrompe une grossesse mais, en général, elles en parlent rarement autour d’elles parce qu’elles ont toujours peur d’être jugées quelles que soient leurs origines et leur culture."

L’IVG : une solution à un problème

Le docteur Carlier pratique les IVG depuis plus de 20 ans.
Le docteur Carlier pratique les IVG depuis plus de 20 ans. Marie Bourguignon

Au milieu d’une pièce à haut plafond trône une table gynécologique. Autour, quelques meubles anciens rendent le lieu presque chaleureux : c’est ici que se déroulent les interventions. Nathalie Carlier, médecin généraliste, se prépare pour l’intervention. "Faire un avortement, c’est voir une femme qui a une grossesse pas désirée et donc qui a un problème et on lui trouve une solution qui est de mettre fin à la grossesse." explique le docteur Carlier. " Je comprends que certaines personnes soient tout à fait contre l’avortement, pour certaines l’embryon c’est une vie à part entière, pour moi ce n’est pas vraiment ça. Ce sont des cellules vivantes mais qui n’ont aucune chance de survie en dehors de l’utérus de la femme. Ce sont des cellules qui appartiennent à la femme donc c’est à elle seule de décider ce qu’elle veut en faire. Une dent qui fait mal on l’enlève, une grossesse douloureuse, on l’enlève."

Il y a toujours des courants et des pensées rétrogrades qui peuvent nous atteindre.

Dans ce centre, les équipes sont évidement sensible à l’actualité aux Etats-Unis. Là-bas, près de la moitié des états envisagent ou ont déjà mis fin aux droits à l’avortement. "Il y a quand même dans ce travail une forme de militance qu’on garde toujours à l’esprit" souligne Cécile Olin, directrice du centre Louise Michel "Il y a toujours des courants et des pensées rétrogrades qui peuvent nous atteindre. Je pense que l’IVG c’est un droit conquis. On l’a vu aux USA, ça a été relativement vite et donc on est jamais à l’abri, ça peut nous pendre au nez si on n’est pas vigilants et vigilantes."

Ici, les équipes n’ont pas fini de se battre. Le docteur Carlier et ses consœurs souhaitent notamment que le délai pour avorter passe de 14 à 18 semaines, comme c’est le cas au Pays-bas.

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