RTBFPasser au contenu
Rechercher

Regions

Une fabrique d'église des Marolles vend des logements à caractère social à un promoteur : une pétition circule

L'asbl Atelier des Droits sociaux occupe deux maisons rue de la Porte Rouge
20 avr. 2022 à 16:02Temps de lecture3 min
Par Philippe Carlot

La rue de la Porte Rouge relie la rue Haute à la rue des Minimes au coeur des Marolles, le quartier populaire du centre de Bruxelles. Les maisons des numéros 4 à 12 appartiennent - ou plutôt appartenaient - à la fabrique d'église des saints-Jean-et-Etienne-aux-Minimes. Elles sont louées à des familles précarisées et à l'asbl Atelier des Droits sociaux pour un loyer modique. Mais en changeant de propriétaire, elles vont sans doute aussi changer de standing. 

La fabrique d'église vend à un promoteur

Quand les cinq maisons sont mises sur le marché, le CPAS de la Ville de Bruxelles marque son intérêt. Il ambitionne d'en faire des logements de transit pour des personnes précarisées ayant besoin d'être hébergées en urgence. Un promoteur privé formule une offre supérieure - légèrement supérieure selon les associations à l'origine d'une pétition - que le CPAS ne peut ou ne veut pas suivre. La fabrique d'église privilégie la proposition du promoteur et signe le compromis de vente. Le Cpas abandonne donc définitivement son projet de logements de transit. 

Pour l'Atelier des Droits sociaux, c'est la tuile. "Ce dossier est en cours depuis plus d'un an sans qu'on ait vraiment été mis au courant", explique Serena Bergamini, travailleuse sociale. "On attend vraiment de savoir ce qu'on doit faire. Nous avons un bail avec la fabrique d'église, dont nous sommes locataires, depuis 1966. Donc on peut dire que nous sommes de bons locataires s'ils nous ont gardés aussi longtemps. (...) Nous avons une histoire dans ce quartier, bien connue. Nous avons une importance reconnue par tous les pouvoirs publics des environs et notamment le CPAS de Bruxelles."

L'asbl déplore le manque de transparence de la fabrique d'église dans son choix de vendre à un promoteur plutôt qu'au Cpas. 

"On ne sait pas très bien pourquoi la fabrique d'église (...) a fait le choix de vendre à une entreprise privée plutôt qu'à un CPAS qui avait comme objectif de reloger des familles dans le besoin". 

Avec ses quinze équivalents temps plein et 17 travailleurs, l'asbl ne trouvera plus des locaux de 200 mètres carrés pour un loyer de 1000 euros par mois. Et elle risque aussi de perdre son implantation historique au coeur des Marolles. 

Une pétition contre la vente

Dans les Marolles, les habitants et les associations n'ont pas pour habitude de se laisser faire. Le quartier s'appuie sur une longue tradition de luttes sociales, en particulier contre l'emprise de la promotion immobilière. Comble de l'ironie, l'abbé Jacques Vanderbiest - "le curé des Marolles" comme on l'appelait - était l'une des figures de proue de ce combat. Et la fabrique d'église qui vend les cinq maisons, c'est celle dont dépendait sa paroisse quand il officiait à l'église des Minimes. 

C'est en rappelant cette tradition d'engagement de l'Eglise aux côtés des plus pauvres que plusieurs associations ont lancé une pétition pour tenter de faire annuler la vente. Andrzej Krzyszton travaille au sein de l'ULM, l'Union des Locataires Marolienne. Il en appelle au Ministre-Président bruxellois, Rudi Vervoort (PS) : "Nous espérons que le Ministre-Président va écouter les arguments qui sont évoqués dans la pétition et, effectivement, refuser la vente de ces cinq immeubles au nom de l'intérêt général. C'est une possibilité, la Région étant le pouvoir de tutelle des fabriques d'église. Il peut refuser une vente, c'est ce que nous demandons. Nous pensons qu'il n'est pas dans l'intérêt public que cette vente se fasse. Il est préférable que ces cinq logements soient revendus au Cpas ou à une société de logements sociaux afin que ces maisons conservent leur caractère social et servent à des personnes dans le besoin". 

Aucun précédent connu

Au cabinet du Ministre-Président, on n'a pas encore reçu la pétition. Et l'on confirme qu'en vertu d'une vieille loi de 1809, le Ministre-Président peut annuler une vente d'une fabrique d'église. Mais la porte-parole de Rudi Vervoort précise aussitôt qu'aucun refus ne s'est jamais produit. La transaction a fait l'objet de l'autorisation préalable des autorités de l'Eglise et des représentants de la Ville de Bruxelles au sein de la fabrique d'église. Seule la signature du Ministre-Président manque encore pour conclure la transaction. A ce stade, donc, le cabinet attend de prendre connaissance du contenu de la pétition. 

Malgré nos nombreux efforts, nous ne sommes pas parvenu à entrer en contact avec un représentant de la fabrique d'église autorisé à répondre à nos questions. 

Sur le même sujet

Schaerbeek : 400 euros par mois pour un logement insalubre

Immobilier

Articles recommandés pour vous