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"Une farouche liberté" : les combats de Gisèle Halimi racontés dans une bande dessinée

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03 déc. 2022 à 12:59Temps de lecture4 min
Par Fanny De Weeze*, une chronique pour Les Grenades

Si vous furetez au rayon bande dessinée de votre librairie, vous serez sans nul doute attiré·e par une couverture d’un jaune éclatant… attardez-vous donc sur cette bande dessinée qui rend hommage à l’avocate Gisèle Halimi. Écrite et dessinée par quatre femmes, elle met en lumière les moments décisifs de sa vie. C’est en 2020 que la journaliste Annick Cojean rencontre Gisèle Halimi et lui offre l’opportunité de se raconter dans une autobiographie. 160 pages pour résumer une vie…

Deux ans plus tard, Annick Cojean reprend le flambeau et s’entoure de Sophie Couturier pour le scénario, Sandrine Revel pour le dessin et Myriam Lavialle pour les couleurs afin de proposer une version condensée du destin de Gisèle Halimi.

Le défi est grand : que peuvent-elles garder de ce qui était partagé dans le livre ? Comment rendre compte de la force et de l’obstination sans gommer certains points plus sensibles comme ses différentes positions sur le port du voile, sur la prostitution ainsi que sur la GPA ? En prenant le parti de ne mettre en avant que trois de ses affaires judiciaires, les autrices ont détaillé chacune d’elles afin d’en délivrer toute leur essence.

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Liberté et justice comme maitres-mots

À toutes ses questions de "Pourquoi… Et pas mes frères ?" la petite Gisèle s’entendait répondre "parce que tu es une fille". Comme si cette phrase devait être à elle seule la réponse à tout, comme si cela justifiait tout.

Née en Tunisie, alors sous protectorat français, Gisèle Halimi s’empare très tôt du sens de la justice, malgré son jeune âge et sa condition de fille. Plusieurs fois, elle s’oppose aux situations d’injustice qui la font passer derrière ses frères. Ses parents n’arrivent d’ailleurs pas à lui faire entendre raison et comprennent vite que leur fille fera exactement ce qu’elle veut, sans l’aide de personne.

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Cette farouche envie de liberté sera le sel de la vie de Gisèle Halimi. Tout combat et toute épreuve seront un moyen pour elle de faire entendre la voix des opprimé·es et des faibles avalé·es par un système qui les broie.

Et c’est avec la guerre d’Algérie qu’elle commence son parcours d’avocate. Elle prend de nombreux risques pour faire gracier quelques militant·es du FLN torturé·es et jugé·es sans preuve. Sa plus célèbre affaire sera celle de Djamila Boupacha en 1960.

Ensuite, en 1972, arrive son combat pour le droit à l’avortement. Elle pourra compter sur des personnalités fortes de l’époque à savoir Simone de Beauvoir qui fut à l’initiative du manifeste signé par 343 femmes déclarant publiquement avoir avorté. Trois ans plus tard Simone Veil promulguera la loi dépénalisant l’avortement.

Enfin, elle s’occupera de défendre Anne Tonglet et Araceli Castellano. Ce couple de lesbiennes belges en vacances à Aix, violé par trois hommes. L’affaire fort médiatisée entraînera des répercussions importantes. Une proposition de loi sur le viol sera déposée par la sénatrice, Brigitte Gros, l’année suivant le procès.

Toutes ces affaires retentissantes permirent à Gisèle Halimi de se hisser jusqu’à l’Elysée cependant elle n’y resta pas longtemps.

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Raconter un destin

De facture classique, la bande dessinée donne la parole à Gisèle Halimi elle-même. Elle nous raconte son enfance, ses études, son travail acharné, ses combats politiques avec son mouvement Choisir, et enfin sa fin de carrière entourée de féministes d’aujourd’hui qui reprennent le flambeau. "La justice serait la grande histoire de ma vie", cette phrase fera office de mantra pendant toute sa carrière.

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Les dessins de Sandrine Revel et les couleurs chaudes de Myriam Lavialle rendent à merveille les journées d’enfance en Tunisie, les heures au tribunal et surtout le visage déterminé de Gisèle Halimi. La ressemblance entre dessins et réalité est d’ailleurs frappante. Et il n’y a pas que l’avocate qui est identifiable. Les femmes célèbres qui la soutenaient le sont tout autant. On croisera avec plaisir Françoise Sagan, Monique Wittig, Nadine Trintignant, Delphine Seyrig, … toutes ces femmes sur qui l’avocate a pu compter pour rendre publiques ses actions et revendications.

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D’une bande dessinée à une autre

Avant de se mettre à écrire sur Gisèle Halimi, la journaliste Annick Cojean s’était associée à Xavier Bétaucourt au scénario et à Étienne Oburie au dessin afin d’honorer la mémoire de Simone Veil. Continuant sur sa lancée, elle réussit encore une fois à promouvoir un fabuleux destin afin de le faire connaitre au plus grand nombre.

En collaborant avec Sandrine Revel, il était évident que le résultat allait être remarquable. En effet, la dessinatrice a reçu en 2016 le Prix Artemisia pour la biographie de Glenn Gould et fut nominée au prestigieux prix Eisner Awards. Les Editions Steinkis démontrent une nouvelle fois leur volonté de proposer des bandes dessinées qui ouvrent au monde et qui brandissent des destinées incroyables.

Une farouche liberté, Gisèle Halimi, la cause des femmes
de Annick Cojean & Sophie Couturier au scénario
de Sandrine Revel au dessin
& Myriam Lavialle à la couleur

Éditions Steinkis 144 pages, octobre 2022.

Décès de Gisèle Halimi - Archives JT 2020

Décès de Gisèle Halimi

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*Fanny De Weeze est une lectrice passionnée qui tient un blog littéraire (Mes Pages Versicolores) depuis 2016 sur lequel elle chronique des romans, des essais et des bandes dessinées.

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

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