RTBFPasser au contenu
Rechercher

Les Grenades

"Une femme", cette candidate atypique à l’élection présidentielle italienne

19 janv. 2022 à 10:33Temps de lecture4 min
Par Caroline Bordecq, correspondante en Italie pour Les Grenades

En Italie, l’élection présidentielle débutera le 24 janvier prochain. Ici pas de campagne électorale, les partis politiques soutiennent la personnalité de leur choix et ce sont les grand.es électeur.trices (les député.es, les sénateur.trices et des représentant.es de régions) qui votent.

Depuis le premier président élu en 1948, tous ses successeurs ont été des hommes. Ainsi, ces dernières semaines – et comme à chaque élection – l’hypothèse d’avoir une présidente est évoquée. "De gauche à droite, tous les partis ont dit à un moment donné qu’il serait temps d’avoir une femme présidente mais aucun d’entre eux n’est prêt à en soutenir une. C’est juste un jeu rhétorique", analyse Giorgia Serughetti, chercheuse en philosophie politique à l’Université de Milan-Bicocca.

Si les discussions autour des candidat.es se font plutôt en coulisse, les pronostics et déclarations vont bon train dans la presse. Du côté des hommes, on nomme Mario Draghi, Silvio Berlusconi, Giuliano Amato, Sergio Mattarella... En revanche, chez les femmes, c’est souvent la formule généraliste "une femme" qui prend le dessus sur les quelques pistes féminines évoquées.

Ainsi, fin décembre le site Open titrait : "Le plan de Giuseppe Conte : une femme pour arrêter Berlusconi et Draghi". Quelques jours plus tard, le site de la chaine télévisée La 7 annonçait : "Vote le 24 pour le Quirinal. Les scénarios possibles : Berlusconi, Draghi et une femme". "Cela donne l’impression qu’il n’y a que des hommes en course", analyse Alessia Donà, professeure en Sciences Politiques à l’Université de Trento.

►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe

"Une femme en vaut une autre"

De son côté, Giorgia Serughetti fait le parallèle avec les titres de presse que l’on peut lire lorsqu’une femme se démarque par exemple dans un sport ou un domaine scientifique. "On ne donne pas son nom et on spécifie seulement son genre. C’est une manière de souligner l’exception par rapport à la norme qui est le masculin". Une pratique déjà dénoncée en Italie notamment à travers la page Instagram "La donna a caso" (La femme au hasard) et en France avec le profil parodique Wikipédia dédié à "Une femme".

Il doit s’agir d’une personne avec de grandes capacités, une figure d’autorité, respectable et ayant une force politique... Des qualités que l’on reconnait moins facilement chez une femme

Pour la chercheuse, cette formule généraliste envoie également le message "qu’une femme en vaut une autre. On ne ferait jamais ça avec les hommes". Les profils et parcours des femmes politiques éligibles à la présidence italienne prouvent évidemment le contraire.

Parmi les noms évoqués, il y a à gauche celui de Rosy Bindi, ex-présidente du Parti démocrate et ancienne ministre de la Santé ; à droite, Elisabetta Casellati, présidente du Sénat, et Letizia Moratti, vice-présidente de la Région lombarde, toutes deux proches de Silvio Berlusconi. Enfin, Marta Cartabia, actuelle ministre de la Justice sans étiquette politique, est celle qui aurait le plus de chance de peser dans cette élection. "Certaines d’entre elles peuvent nous enthousiasmer d’autres moins mais pour pouvoir faire un débat sur leurs histoires et sur leur probabilité d’être élues, il faut les nommer", explique Giorgia Serughetti.

En Italie, la fonction du - ou de la - président.e de la République est davantage honorifique. Toutefois, son rôle devient clé en situation de crises, qui ne sont pas rares dans le pays. Ainsi, "il doit s’agir d’une personne avec de grandes capacités, une figure d’autorité, respectable et ayant une force politique... Des qualités que l’on reconnait moins facilement chez une femme", constate la chercheuse.

Un problème aux racines profondes

Au-delà des préjugés qui entourent les candidatures féminines, l’élection met en lumière un problème aux racines plus profondes. Pour prétendre à la fonction de président.e de la République il faut avoir occupé des postes dans les plus hautes sphères. Des positions auxquelles les femmes ont plus difficilement accès.

En effet, l’Italie n’a encore jamais eu de femme présidente du Conseil (l’équivalent de la Première ministre en Belgique). De plus, les femmes représentent environ 35% des membres du Sénat et de la Chambre des député.es. Quant au gouvernement actuel, il compte 8 femmes sur 23 ministres et 19 femmes sur 39 sous-secrétaires : il est le plus paritaire de l’histoire républicaine italienne.

Enfin, tous les partis sont guidés par des hommes, à l’exception de celui d’extrême droite Fratelli d’Italia mené par Giorgia Meloni. Toutefois, ce constat n’est en rien une spécificité italienne. Si la Belgique a déjà eu une Première ministre femme, Sophie Wilmès, les partis du Royaume sont encore menés majoritairement par des hommes et les élues sont encore la cible de blagues sexistes, harcèlement et agressions sexuelles.

Ainsi, "si on se base sur l’histoire italienne, il est quasiment impossible qu’une femme soit élue. Toutefois, il faut tenir compte du fait que nous sommes dans une période politique extraordinaire", analyse Alessia Donà. En effet, les conséquences que pourrait avoir le résultat de cette élection – dont l’anticipation des élections législatives – font planer une profonde confusion qui "laisse penser que tout peut arriver", affirme la professeure. Même celle d’une femme présidente ? "Toutes les pistes sont possibles".

Italie : élection du futur président au Parlement - JT

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Sur le même sujet

Italie : pas de président à l'issue du deuxième tour de vote

Monde Europe

Italie : Berlusconi de retour à l'hôpital pour des examens

Monde Europe

Articles recommandés pour vous