Cuisine

Une huile de palme (même de synthèse) est-elle (vraiment) la solution ?

Une huile de palme (même de synthèse) est-elle (vraiment) la solution ?

© c16 Biosciences

08 nov. 2022 à 11:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Alors que la COP27 vient de démarrer en Egypte, une start-up américaine, soutenue financièrement par la fondation de Bill Gates, vient d'annoncer la commercialisation d'une huile de palme de synthèse pour 2023. On vous explique.

Dans la moitié des produits proposés en grandes surfaces

Dans la pâte à tartiner, dans les chips, dans les cubes de bouillon instantané... Son utilisation est si diverse que l'huile de palme est désignée comme la plus consommée dans le monde, loin devant l'huile de soja, l'huile de colza et l'huile de tournesol. Et si l'ingrédient obtenu à partir d'une extraction à chaud de la pulpe des fruits du palmier a mauvaise presse depuis de nombreuses années, sa consommation n'a pas du tout reculé ces dernières années. Estimée à 75 millions de tonnes métriques pour la campagne 2021/2022, elle était de 67 millions de tonnes métriques en 2017/2018, selon Statista.

D'après la start-up américaine c16 Biosciences, l'huile de palme serait présente dans la moitié des produits rangés sur les étals des grandes surfaces américaines. Si son utilisation est si développée, c'est parce que son coût est moindre par rapport à d'autres huiles végétales, permettant aux industriels de tirer les prix de leur produit final vers le bas.

Sa culture nuit gravement à la biodiversité

Catastrophe, désastre... Il existe de multiples façons d'exprimer les conséquences de l'industrie de l'huile de palme sur l'environnement. L'Indonésie et la Malaisie s'occupent de fournir 85% de la production mondiale, d'après le WWF. Les surfaces agricoles consacrées aux palmeraies ne cessent de s'étendre : en 2020, en Malaisie, on en comptait 5,3 millions d'hectares quand elles n'étaient "que" de 3,3 millions en 2000. Le hic, c'est que les palmiers à huile apprécient les mêmes conditions de culture que celles des forêts tropicales.

On comprend mieux alors pourquoi la déforestation fait polémique et est vue comme l'une des premières graves conséquences de la production de cet ingrédient bon marché. Outre la pollution des sols, cette agriculture "mange" aussi l'espace de certaines espèces telles que les orangs-outans et les éléphants. Selon le Fonds mondial pour la nature, une plantation de palmiers à huile réduit de 90% au minimum le taux de biodiversité par rapport à une forêt tropicale primaire. L'autre impact de la production d'huile de palme, c'est l'augmentation des gaz à effet de serre. On estime que la déforestation en est responsable à hauteur de 15 à 20%.

Bill Gates a financé un projet de "fausse" huile de palme

Face à ces constats alarmants, une start-up new-yorkaise a décidé d'envisager l'avenir non pas en supprimant l'huile de palme mais en imaginant une nouvelle formule qui soit totalement inoffensive pour l'environnement et la biodiversité. Vous connaissez la viande sans viande, eh bien désormais, il y a l'huile de palme sans huile de palme. Depuis 2018, l'entreprise au nom très scientifique c16 Biosciences développe un processus de fermentation à base de déchets alimentaires pour produire une alternative à l'huile de palme. C'est une sélection précise d'une souche de levure qui permet d'entraîner le processus et d'obtenir une sorte d'huile de palme de synthèse.

En 2020, cette société innovante créée par une ancienne élève de Harvard de la filière commerce, un ingénieur en biologie et un docteur en sciences physiques ne produisait chaque semaine que dix kilos de sa "fausse" huile de palme, contenant autant d'acides gras que son modèle. C'était sans compter sur la notoriété (et la fortune) de Bill Gates, dont la fondation a investi vingt millions de dollars pour soutenir le projet.

Et cela marche :  c16 Biosciences a annoncé la commercialisation de son "huile de palme sans huile de palme" pour le début de l'année prochaine.

L'entreprise spécialisée dans le développement d'huiles et de matières grasses a pu s'engager dans un tel objectif après avoir atteint une production industrielle évaluée à 50.000 litres de son "palmless". Son utilisation est imaginée dans tout un tas de produits, de l'alimentaire jusqu'aux produits ménagers mais la start-up a l'intention d'en faire usage d'abord dans les produits de beauté. Rien d'étonnant si l'aventure commerciale démarre dans ce rayon : d'après le WWF américain, on trouve aussi de l'huile de palme dans les rouges à lèvres et les savons, pour ne citer que quelques exemples.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous