Coronavirus

Une lettre de Catherine II de Russie vendue à prix d'or aux enchères: elle y vantait la vaccination... avant qu'elle ne soit "inventée"

La lettre de Catherine II sur les avantages de la vaccination a été vendue aux enchères à Londres le 1er décembre.

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12 déc. 2021 à 15:46 - mise à jour 12 déc. 2021 à 18:46Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck avec Agences

Un portrait et une lettre de l’impératrice russe Catherine II viennent d’être vendus pour 1,3 million de dollars. Dans cette missive datant du 20 avril 1787, la souveraine ordonne d’organiser une campagne d’inoculation contre la variole. Un document historique qui fait écho aux difficultés actuelles liées à la vaccination contre le coronavirus, en Russie comme ailleurs.

Lorsque Catherine II écrit cette lettre, les épidémies de variole n’avaient rien d’exceptionnel. Elles surgissaient de façon cyclique, tous les dix ans, et décimaient les populations de tous les continents. Ceux qui survivaient à la maladie se trouvaient immunisés, mais souvent défigurés par d'anciennes cloques.

La "variolisation"

A l’époque, la vaccination n’existe pas encore. En effet, ce n’est qu’en 1885 que Louis Pasteur découvre le vaccin contre la rage. 

Depuis l’Antiquité, on avait constaté que les personnes atteintes une première fois d’une maladie avaient peu de chance de retomber malades une seconde fois. A l'époque de Catherine II, des premiers procédés proches de la vaccination commençaient à émerger.

Il s’agissait alors de techniques dites de "variolisation" : le médecin prélevait le pus d’une cloque d’une personne infectée et frottait ce liquide infectieux sur une coupure d’une personne saine. Résultat : le patient contractait une forme bénigne de la maladie, et en était immunisé. Populaire en Orient, cette méthode a été introduite en Angleterre en 1718 par Lady Mary Wortley Montagu, épouse de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople.


►►► À lire aussi : Deux siècles de vaccination : méfiance, complotisme… et élimination de la variole


En 1768, Catherine II devient la première personne de l’empire à tester cette technique – son époux Pierre III en était lui-même tombé malade. L’impératrice s’est donc fait inoculer un échantillon infecté par un médecin anglais : après une courte maladie, la souveraine fut déclarée guérie en octobre 1768.

C’est ainsi que l’impératrice commença à promouvoir la "variolisation" dans son pays.

Ce type d’inoculation devrait être généralisé partout

Dans cette fameuse lettre de 1787 adressée au Comte Piotr Roumiantsev, un gouverneur régional, elle indique notamment qu'"une des (tâches) les plus importantes doit être l’introduction d’inoculation contre la variole qui, comme nous le savons, cause de grands maux, en particulier parmi les gens ordinaires."

"Ce type d’inoculation devrait être généralisé partout", poursuit-elle dans sa missive.

Une campagne de vaccination

Dans cette lettre, la souveraine insiste également sur la création de centres de vaccination, dans les couvents et les monastères.

"Catherine y écrit qu’il faut employer tel docteur, mettre en place des centres de vaccination dans tel ou tel cour de monastère,... Qu’il n’y a pas besoin de lits d’hôpitaux, que c’est peu onéreux et que c’est possible", explique Ekaterina MacDougall, co-fondatrice de la maison d’enchères éponyme à Euronews.

Elle décrit étape par étape comment organiser une campagne de vaccination en Russie

"Le peuple doit être convaincu, les salaires des médecins doivent être prélevés sur le trésor et le budget de l’empire. Elle décrit étape par étape comment organiser une campagne de vaccination en Russie, et peu à peu, elle a réussi à l’instaurer", poursuit Ekaterina MacDougall.

D’après Euronews, deux millions de Russes auraient été inoculés sous son règne.

La lettre de l’impératrice Catherine II soutenant la vaccination est exposée lors d’une conférence de presse à Moscou le 18 novembre 2021.
La lettre de l’impératrice Catherine II soutenant la vaccination est exposée lors d’une conférence de presse à Moscou le 18 novembre 2021. © Belgaimage

Lorsque le roi français Louis XV est mort de la variole en 1775, Catherine II jugeait "barbare" de mourir de cette maladie au temps des Lumières.

J’espère vraiment que bientôt, nous dirons aussi : c’est barbare de mourir du Covid au 21e siècle

"J’espère vraiment que bientôt, dans un futur proche, nous dirons aussi : c’est barbare de mourir du Covid au 21e siècle", ajoute Ekaterina MacDougall.

La Russie d’aujourd’hui

Si cette lettre est unique, c’est surtout parce qu’elle fait écho à la situation contemporaine.

"Au regard des conditions aujourd’hui (avec la pandémie de Covid-19) nous devons être fiers de Catherine", estime Ekaterina MacDougall. Le président russe Vladimir Poutine a en effet mis plusieurs mois à annoncer sa vaccination contre le Covid-19, alors même qu’il encourageait les Russes à le faire sans tarder avec les vaccins développés en Russie.

►►► À lire aussi : Etats-Unis : "Eradiquer la variole aurait été impossible avec la désinformation actuelle", selon Anthony Fauci


La campagne d’immunisation contre le Covid est depuis à la traîne. La méfiance à l’égard des sérums déployés dès décembre 2020 sous l’impulsion du Kremlin est encore très répandue.

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