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Moteurs MotoGP

Une MotoGP... combien ça coûte ?

MotoGP : Alex Marquez
01 avr. 2021 à 05:00Temps de lecture3 min
Par Pierre Robert

Quand, il est question de gros sous, le sujet est tabou. On ne va pas se mentir. Que coûte une saison en MotoGP ? C'est la question que nous avons posée à notre compatriote, Christophe Bourguignon, chef-mécano incontournable du paddock depuis de nombreuses années.

Connu et reconnu, il sera aux côtés d'Alex Marquez chez LCR en 2021. Si un devoir de réserve l'empêche de nous donner tous les chiffres relatifs à un budget annuel d'une équipe engagée en MotoGP, il a néanmoins accepté de lever une partie du voile en nous accordant cet entretien.

Coût d'une moto.

Un team officiel dispose d'un budget de 60 millions d'euros pour deux motos engagées. Un team satellite voit ce montant divisé par quatre pour une saison. Chez LCR, team satellite d'Honda, les motos sont louées à l'année et remise au constructeur en fin de saison. " La location porte sur la moto et les pièces détachées. tous les coûts de carénage, toutes les roues, toutes les suspensions, tous les freins sont à nos frais.

Pour vous donner une idée, par pilote, il faut 150.000 euros de freins carbone, on part sur 25 à 30.000 euros de roues et environ 100.000 euros pour la location des suspensions chez Ohlins. On est obligé de remettre ce matériel en fin d'année. On part sur 14 à 15.000 kilomètres par an, on a donc une idée des pièces à changer par rapport au kilométrage.

Nous devons aussi prendre en compte les chutes qui vont se produire. Une petite chute représente quelques milliers d'euros, on parle de guidon, de bracelet ou de flanc de carénage. Une grosse chute avec un bras oscillant, des échappements, un réservoir ou de l'électronique et la note peut atteindre 100.000 euros."

Le nombre de moteurs est limité...

En MotoGP, les pilotes disposent de deux machines pour chaque week-end de course. De cette manière, le pilote peut sauter d'une moto à l'autre pendant les séances d'essai. Un avantage indéniable pour tester des évolutions, des châssis différents, des spécifications différentes, des réglages que ce soit en suspension ou en géométrie. Chez LCR comme dans tous les autres teams, le nombre de moteurs est limité. " En saison normale, nous disposons de 7 moteurs scellés en début d'année. On fait 14 à 15.000 kilomètres. Ces moteurs sont utilisés en course. En fonction du deal avec le constructeur, il est possible d'utiliser des moteurs d'essai pour ne pas utiliser nos moteurs de course, par exemple pour un lundi de test.

Pour la durée de vie d'un moteur, cela dépend du constructeur. Certains connaissent la plage d'utilisation pour que le moteur reste performant. Le moteur délivre sa meilleure performance entre 0 et 1000 kilomètres ou 0 à 1500 kilomètres ou 500 à 1000 kilomètres, cela dépend d'une année à l'autre et des constructeurs.

Dans le team, nous gérons la rotation. Lors des essais du vendredi matin et du vendredi après-midi, on utilise les moteurs avec le plus de kilomètres au compteur. Le samedi soir, on procède au changement en mettant un moteur plus frais pour la course du dimanche. En début de saison, les moteurs sont neufs. C'est surtout lors des quatre derniers Grands Prix que l'on a le plus de rotations.

Il est toujours possible disposer d'un moteur supplémentaire mais cela induit une pénalité. Le pilote s'élancera de la pit-lane. Je précise que pour un team satellite, il est impossible financièrement de disposer de moteur supplémentaire.

Enfin, pour donner un ordre d' idée de vie d'un moteur, il faut tabler sur 550 kilomètres pour un week-end de course. ce nombre de kilomètres peut fluctuer en fonction d'une météo maussade de la chute d'un pilote ou de problèmes techniques rencontrés lors des deux premières journées d'essais."

L'allocation des pneumatiques...

Si le nombre de moteurs est limité pour une saison, c'est aussi le cas pour le nombre de pneumatiques dont dispose le pilote pour chaque week-end de Grand Prix.

" Chaque pilote reçoit 10 pneus pour l'avant et 12 pour l'arrière. C'est le maximum autorisé. Il y a trois spécifications à l'avant et trois à l'arrière. On choisit les pneus dans cette allocation, on ne peut dépasser ce nombre sauf pour les deux pilotes qui passent de Q1 en Q2. Comme, ils ont utilisé un train lors de la Q1, ils bénéficient, dans un souci d'équité, d'un train supplémentaire pour la course du dimanche.

Il y a des week-ends où cela se passe très bien. On utilise les pneus tendres le matin et les médiums ou durs l'après-midi mais parfois si l'allocation n'est pas très centrée, on risque de connaître quelques difficultés. Mais c'est plutôt rare." 

A tous ces budgets s'ajoutent encore les staffs techniques et notamment les ingénieurs qui, en amont travaillent sur les circuits et les datas et dont le nombre varie en fonction de l'importance du team, sans oublier également, les pilotes d'essai, travailleurs de l'ombre mais dont le retour est primordial pour les titulaires. Pour un staff technique, chez LCR, on dénombre une petite vingtaine de personnes...alors que dans un team d'usine, le nombre de membres est limité. Tout est question de moyens financiers, on l'avait bien compris.

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