Santé & Bien-être

Une nouvelle radiothérapie 3.0 pour lutter contre le cancer : la "Deep Flash Therapy"

Une nouvelle radiothérapie 3.0 pour lutter contre le cancer : la "Deep Flash Therapy". Photo d'illustration.

© CERN

Elle est présentée comme une première mondiale : la flash radiothérapie devrait faire avancer la recherche et offrir un meilleur traitement aux malades du cancer. Il s’agit d’une nouvelle forme de radiothérapie qui délivre la dose d’irradiation en quelques millisecondes au lieu de quelques minutes, pour détruire la tumeur en sauvegardant un maximum de tissus sains.

Au centre hospitalier universitaire vaudois (le CHUV), on mène des expériences sur des animaux depuis plus de 10 ans. Mais aujourd’hui, les expériences ont lieu sur des humains atteints de tumeurs cutanées superficielles. Et les premières expérimentations sont prometteuses, cette radiothérapie dite "flash" permet de protéger les tissus sains qui sont autour de la lésion tout en agissant sur la tumeur.

"Avec cet effet flash, on pourrait donc donner davantage de doses pour s’attaquer à des cancers résistants à la radiothérapie, ce que l’on ne peut pas le faire en radiothérapie conventionnelle", nous explique Le professeur Jean Bourhis, Directeur du service de Radio Oncologie au CHUV.

Et de poursuivre : "La nouveauté, c’est que l’on va développer sur le même concept Flash une machine qui pourra utiliser des électrons de beaucoup plus haute énergie encore pour pénétrer plus en profondeur pour traiter des cancers jusqu’ici radio résistants".

Comment ça marche ?

Lors de traitement, des électrons vont être accélérés dans des accélérateurs très compacts et très puissants. Le matériel est de petite taille mais permet des accélérations très puissantes.

En comparaison avec la radiothérapie utilisant des protons 1000 fois plus gros, ces machines sont bien plus petites et une meilleure maniabilité. En fait, l’effet Flash est un effet biologique. Les tissus sains sont davantage protégés. La tumeur, elle, voit le faisceau et disparaît. Dans toutes les expériences pour le moment, il y a un différentiel entre la tumeur et les tissus autour, extrêmement favorable.

Une nouvelle radiothérapie 3.0 pour lutter contre le cancer : la "Deep Flash Therapy"

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L’idée est d’utiliser une énergie très intense qui épargne les tissus sains mais ne rate pas la tumeur. L’effet serait extrêmement puissant, surtout aux fortes doses. Mais délivrer des doses d’une telle intensité demande de mettre au point une technologie très pointue. Voilà pourquoi, le CERN (le centre européen de physique des particules) de Genève, où l’on traque et tente de comprendre les particules les plus fondamentales de la matière, va participer au projet.

Mike Lamont, directeur des accélérateurs et de la technologie au CERN, le confirme : "Nous allons mettre au point l’accélérateur (appelé collisionneur) compact d’électrons à très haute énergie dont on aura besoin pour cette radiothérapie 3.0. Il pourra être installé dans un hôpital. Le faisceau d’électrons permettra de guider la dose jusqu’à 20 cm de profondeur en 100 millisecondes."

Une technique prometteuse qui pourrait révolutionner le traitement du cancer

La technique est prometteuse. Elle pourrait révolutionner le traitement du cancer et elle devrait être plus rapide. Une seule séance de cette "Deep Flash Radiotherapy" devrait suffire. Mieux tolérée, elle devrait donner moins d’effets secondaires sur les tissus sains.

Cette technologie pourrait également permettre de traiter davantage de types de cancer. Les machines seront plus petites et plus maniables, plus rentables. Des avantages qui pourraient faire baisser les coûts de traitement pour le patient selon ses promoteurs.

Le professeur Bourhis y croit : "Le concept technique est en place. On est en phase de construction et d’installation du prototype. Il pourrait être opérationnel d’ici deux ans. J’espère pouvoir traiter les premiers patients dans le cadre d’essais cliniques d’ici 2025-2026 pour confirmer notre hypothèse de départ. 8 patients ont déjà été traités par 'flash thérapie' avec des électrons de faible énergie avec succès."

A l’institut Bordet, des patients testent aussi une thérapie "Flash" à faible énergie

Chez nous, l’institut Jules Bordet des patients participent à des tests cliniques avec cette thérapie "Flash" mais à des énergies faibles (9 mégaélectronvolts). Le Professeur Dirk Van Gestel, responsable du département radiothérapie, n’a pas encore reçu le feu vert de l’agence de contrôle nucléaire pour l’utiliser.

Il reste prudent : "Ici, avec 9 mégaélectronvolts on irradie jusqu’à 3 à 5 cm de profondeur maximum, pour des tumeurs superficielles de la peau. À Lausanne, les électrons seront à beaucoup plus haute énergie de 100 à 200 mégaélectronvolts pour aller à 20 cm de profondeur."

Et de relativiser, "C’est intéressant mais cela reste expérimental. Il s’agit de tumeurs cutanées et peu d’autres cancers, et puis il y a peut-être d’autres effets secondaires inconnus sur des organes comme les intestins, c’est un nouveau champ de recherches encore à explorer."

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