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Une plante éteinte depuis plus de 80 ans ressuscite à Ciney

15 juil. 2022 à 14:12Temps de lecture2 min
Par Serge Otthiers

Le "Brome des Ardennes" était une espèce endémique de la Wallonie. C’est-à-dire qu’on ne la trouvait nulle part ailleurs dans le monde. Très courante au 19e siècle, elle s’était particulièrement adaptée à la culture de l’épeautre. " C’est une graminée qui a quasiment la taille de l’épeautre, et donc, au moment de la moisson, elle était récoltée avec la céréale " explique Julien Piqueray qui a piloté sa réintégration avec l’association Natagriwal et le DNF le département de la Nature et des Forêts de la région Wallonne. " Ses graines vont se mêler à celles de l’épeautre et quand l’agriculteur va semer son épeautre, il va semer également le Brome des Ardennes. C’est comme ça que la plante accomplit son cycle ".

Julien Piqueray de Natagriwal a piloté la réintroduction du Brome des Ardennes à Ciney
Julien Piqueray de Natagriwal a piloté la réintroduction du Brome des Ardennes à Ciney Serge Otthiers

Le Brome demande une agriculture "à l’ancienne"

Une stratégie qui s’est adaptée à l’agriculture humaine sur des milliers d’années, mais qui a périclité avec la modernisation des outils et le tri des semis. La diminution des champs d’épeautre a également joué son rôle. Le Brome des Ardennes a finalement disparu vers 1935. Heureusement des Graines avaient été conservées par l’université de Liège et le Jardin Botanique de Meise. Après plusieurs années de tests de viabilité, en laboratoire et sur des cultures expérimentales, on a pu envisager un retour de la plante dans son milieu "naturel". Mais pour cela il fallait un type de culture particulier, "à l’ancienne", sans pesticides. Les bons candidats ont été trouvés à Leignon. Pascal et Cédric Bigneron ont accueilli avec plaisir ces nouvelles plantes dans leurs champs d’épeautre bio il y a deux ans. "Nos céréales servent à nourrir nos animaux" explique Pascal Bigneron. "Le Brome est quelque chose qui s’ajoute, s’il y a quelques grains de plus, ce n’est pas un problème. Et cela ne nuit pas au rendement des récoltes."

Cédric et Pascal Bigneron les agriculteurs Bio à Ciney qui participent à ce projet de réintégration du Brome des Ardennes.
Cédric et Pascal Bigneron les agriculteurs Bio à Ciney qui participent à ce projet de réintégration du Brome des Ardennes. Serge Otthiers

Favoriser la biodiversité

Et c’est vrai que les champs d’épeautre des frères Bigneron sont très colorés… Fleuris de coquelicots, de bleuets et d’autres espèces sauvages auxquelles le Brome des Ardennes vient désormais s’ajouter. Comme une nouvelle "brique" de biodiversité. "En réintroduisant le Brome des Ardennes, c’est toute une communauté végétale qui en profite aussi " précise Sandrine Godefroid, botaniste au Jardin Botanique de Meise. "C’est important, bien sûr, de voir revivre une espèce éteinte, mais c’est plus important encore d’avoir, dans le même endroit, le plus d’espèces possible". Et si vous pensez que la présence du Brome des Ardenne est anodine dans le paysage ? " La biodiversité c’est comme un mur de briques. Si vous enlevez une brique, pas de soucis. Deux ou trois briques en moins, cela tient encore. Mais vient un moment où on enlève la brique de trop et là le mur s’effondre. Le mur c’est notre écosystème, les briques ce sont les différentes espèces".

Le Brome des Ardennes, une "brique" de la biodiversité à Ciney
Le Brome des Ardennes, une "brique" de la biodiversité à Ciney Serge Otthiers
Le Brome des Ardennes avait disparu depuis 1935
Le Brome des Ardennes avait disparu depuis 1935 Serge Otthiers

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