RTBFPasser au contenu
Rechercher

Sous couverture

Une sélection littéraire ensorcelante à découvrir sans attendre

La canadienne Nancy Huston et le belge Philippe Gustin étaient les invité.e.s de ce huitième chapitre de Sous Couverture. Au programme ? Du foot, de la sorcellerie et l’autobiographie… d’un immeuble, entre autres !

Nancy Huston pour "Arbre de l’oubli", éd. Actes Sud, 2021

Un grand roman d’Histoire vivante !

Arbre de l’oubli, c’est la saga d’une famille américaine sur trois générations. Des générations qui, fortes de leur passé, construisent un avenir pas toujours facile dans un monde en constante évolution. C’est une histoire de racines… Quand s’ouvre ce livre, Shayna, qui n’est plus une enfant, arrive à Ouagadougou. Nous sommes en 2016. Elle porte en elle toutes les questions et contradictions de notre temps, celles du féminisme, de la procréation, mais aussi du genre et de la laïcité. Et c’est à l’écoute de ce personnage, de cette jeune femme à l’intériorité confisquée que Nancy Huston, entraînant dans son sillage de lumineuses interconnexions humaines, compose un roman virtuose et généreux. 

Philippe Gustin, pour "Sous la ceinture", éd. Ker, 2021

Avec Philippe Gustin, le terrorisme devient une arme de séduction massive

Ils sont anticonstitutionnels, antisémites, antipathiques. Avec tant de points communs, suprémacistes et djihadistes sont faits pour s’entendre ! Entre vrais mecs, quoi. Une géniale fonctionnaire des Nations Unies va même leur trouver une petite similitude supplémentaire. Et entend mater ces frustrés par une campagne de contre-marketing… sous la ceinture ! Ses armes ? Une fable, un andrologue et un pied à coulisse… Dans Sous la ceinture, Philippe Gustin évoque un sujet bien sérieux, mais avec un second degré bien affirmé, en réalité, à travers son humour bien belge.

La " Supercherie " d’Anne-Sophie Delcour : "Le Ladies Football Club", de Stefano Massini, Éd. Globe, 2021

L’invention d’une liberté par les femmes

Le hasard ne fait jamais rien au hasard 6 avril 1917, à la pause déjeuner de l’usine de munitions Doyle & Walkers, à Sheffield, au Royaume-Uni, Violet Chapman, ouvrière, prise d’une inspiration subite, donne un coup de pied dans l’espèce de balle qui se trouve au milieu de la cour en brique rouge. Aussitôt, les dix autres femmes présentes lâchent leurs casse-croûtes et sautent du muret où elles étaient assises en rang d’oignons pour se mettre à courir elles aussi.

Ce simple coup de pied aurait pu les tuer car la balle est un prototype de bombe légère destinée à calculer la trajectoire de chute, avant de massacrer l’ennemi. Mais la bombe n’explose pas. C’est leur cœur qui le fait. Ce coup de pied vient de leur sauver la vie, à toutes. Elles jouent pendant plus d’une demi-heure. Et recommencent le lendemain. Et encore, et encore. Jusqu’à jouer dans un vrai stade, jusqu’à affronter des professionnels ! Jusqu’à ce que les hommes – patron, chéris, papas – mettent leur veto à cette passion, à cette obsession, à cette libération.

​​​​​​​La chronique de Michel Dufranne, "La face nord du cœur", de Dolorès REDONDO, éd. Gallimard, Série Noire, 2021

Une intrigue d’une délicieuse noirceur et imprégnée de surnaturel

2005. Amaia Salazar a 25 ans. Elle est détachée de la Police forale - communauté autonome espagnole - de Navarre pour suivre une formation de profileuse au siège du FBI dans le cadre d’un échange avec Europol. L’intuition singulière et la perspicacité dont elle fait preuve poussent l’agent Aloisius Dupree, un cajun de 44 ans, à l’intégrer à son équipe, lancée sur les traces du Compositeur, surnom donné à un tueur en série recherché pour plusieurs meurtres de familles entières.

L’insaisissable Compositeur a ses particularités : il frappe toujours à l’occasion de grandes catastrophes naturelles et selon un choix traditionnel, un couple, ses trois enfants et la grand-mère ! Tandis que l’ouragan Katrina dévaste le sud des États-Unis, l’étau se resserre autour du tueur pour lequel La Nouvelle-Orléans, dévastée et engloutie par les eaux, est un cadre idéal. L’association du réalisme cru de scènes apocalyptiques en Louisiane, de rituels vaudous des bayous et de souvenirs terrifiants de l’enfance basque d’Amaia constitue un mélange ensorcelant et d’une rare puissance romanesque.

La chronique de Lucile Poulain, "Et pourtant, elle tourne", de Maïté Laplume, éd Robert Laffont, 2021

Le destin d’une jeune fille de quinze ans, confrontée à une tragédie intime

Tous les trois ans, Bernard, chef d’escale chez Air France, entraîne son épouse, Soledad, et leurs quatre enfants, dont Latzari, sous de nouveaux cieux. En 1986, les voici à Constantine. Pour la jeune fille de quinze ans, la vie est douce sous le soleil d’Algérie, entre les week-ends à la plage, le hammam avec maman, les pique-niques dans la pinède et toutes les fêtes, souvent bien arrosées, où se rencontrent les expatriés français… La petite famille semble idéale.

Pourtant, depuis qu’elle a trois ans, Latzari partage un terrible secret avec son père, qui, la nuit venue, se change en un véritable ogre… Dans Et pourtant, elle tourne, Maïté Laplume décrit le quotidien d’une adolescente en souffrance, torturée, alors que sa vie pourrait être la plus belle qui soit… Latzari est à l’âge de connaître ses premières émotions amoureuses, mais il y a l’ombre de son père, l’ombre aussi du péril islamiste qui ne cesse de grandir.

​​​​​​​La chronique de Gorian Delpâture : "Confessions d’un masque", de Yukio Mishima, éd. Folio, 2020

Plaidoyer pour le droit à la différence

Magistral, subtil, fort, bouleversant, incontournable, Confessions d’un masque est probablement l’un des plus beaux romans de Kimitake Hiroaka, alias Yukio Mishima. Véritable diamant brut, l’ouvrage a fait scandale lors de sa sortie en 1949. Il est le premier jalon d’une grande œuvre, marquant avec brio la naissance d’un immense écrivain. Confession d’un masque est un récit autobiographique Dans l’intimité de sa chambre, Kôchan s’éveille au désir en parcourant les pages d’un livre d’art.

La beauté du corps nu, ligoté et mordu de flèches de saint Sébastien l’obsède. Dans la rue, il est attiré par les matelots et les petits voyous, et à l’école par un camarade de classe dont le charme le subjugue. Mais comment être homosexuel dans le Japon conformiste du XXe siècle ? Kôchan devra-t-il renoncer à lui-même et porter toute sa vie un masque aux yeux du monde ? À travers un style flamboyant et d’une grande justesse, Mishima interroge la normalité et l’immoralité, détaille les vertiges de l’adolescence et nous entraîne dans les ténèbres du désir frustré.

​​​​​​​La chronique de Marie Vancutsem : "Un monde à portée de main", de Maylis de Kerangal, éd. Folio, 202

Une plongée merveilleuse au sein de l’univers onirique du faux

Dans Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal emmène le lecteur dans un monde d’illusion tout autant que d’éblouissement. L’histoire, c’est celle de Paula et de son amie Kate et de son colocataire, Jonas. Tous trois vont passer par l’Institut de peinture de Bruxelles… oui, cette école extraordinaire, rue du Métal à Bruxelles, l’Institut Van Der Kelen. D’artistes en herbe – basiquement doués, tout de même, ils vont se transformer en des Rubens du faux-semblant, des Rembrandt du fac-similé, de Jordaens de l’illusion.

Paula Karst est l’héroïne de ce roman, une intrigue pas bien compliquée, mais un résultat époustouflant par la précision du vocabulaire, de la succession des mots… Après son apprentissage où elle apprend à copier les surfaces qui composent le monde, ce seront les studios de cinéma de Cinecittà qui s’ouvriront à elle, jusqu’à travailler à la reconstitution de la grotte de Lascaux. Sous son pinceau, les images enchevêtrent le passé et le présent, le loin et le proche, la fiction et la vie. Si Paula veut comprendre le monde qu’elle peint, il lui faudra d’abord le saisir de ses mains.

La chronique surprise : Olivier Monssens, avec "209 Rue Saint-Maur Paris Xe", de Ruth ZYLBERMAN, éd. Seuil, 2020

Vies passées et présentes d’un immeuble parisien

Des années 1850 à nos jours, biographie du 209, rue Saint-Maur. Des générations d’enfants, d’artisans et d’ouvriers, d’immigrés de l’est ou du sud de l’Europe s’y sont succédées. Des amours, des amitiés, des tragédies s’y sont nouées. L’ordinaire du quotidien a côtoyé l’extraordinaire du fait divers et des violences de l’Histoire. Ruth Zylberman propose une réflexion bouleversante sur les traces du passé, les lieux où se logent la mémoire et le lien invisible entre les vivants et les morts. Car cette autobiographie d’un immeuble est aussi une forme d’écriture de soi. Ceux et celles du 209, d’hier et d’aujourd’hui, c’est " la forte et fière affirmation d’une patrie imaginaire dont l’étendard serait ce toit de ciel découpé en carré au-dessus de la cour. " Une véritable concentration de l’histoire de France à travers celle d’un immeuble comme tant d’autres. Un magnifique récit, dense, romanesque, plein d’émotion : inoubliable.

Le coup de cœur de Pierre Cerfontaine, librairie " L’Oiseau-Lire " à Visé : "Les Malédictions", de Claudia PIÑEIRO, éd. Actes Sud, 2021

Un roman politique et moral, aux allures de thriller

Cinq ans plus tôt, à peine débarqué à Buenos Aires, Román Sabaté a été recruté par Fernando Rovira, le charismatique leader du parti Pragma, qui s’est entouré d’une cour de jeunes ambitieux pour briguer la direction de la province de Buenos Aires, afin d’accéder ensuite aux plus hautes fonctions de l’État. Secrétaire privé, coach sportif, confident, le jeune Román se dévoue corps et âme à son employeur et, sur la demande insidieuse de celui-ci, s’immisce dans l’intimité du couple parfait que Rovira semble former avec sa jeune épouse.

Il s’accommode tant bien que mal de ces frontières poreuses jusqu’au dilemme moral insoutenable qui le contraint à prendre la fuite. Mais comment laisser partir quelqu’un qui connaît vos secrets les plus enfouis et pourrait briser net votre course vers la victoire ? Dans le bar d’une gare routière, Román attend un car en partance pour Santa Fe. Près de lui un enfant dort, terrassé par la fatigue. Román s’apprête à vivre le plus dangereux road movie de son existence. Au-delà de raconter la réalité du pouvoir en Argentine, Les Malédictions est, avant tout, un roman sur la paternité, la soif de pouvoir, l’absence d’idéal.

Articles recommandés pour vous