Chroniques

Une troisième dose de Codeco

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03 déc. 2021 à 06:58Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Un troisième CODECO d’urgence pour tenter de reprendre en main l’épidémie de COVID en Belgique. La gestion de crise depuis un bon mois, depuis que l’on sait que l’épidémie est en mode exponentiel et hors de contrôle, ressemble à certains égards à celle de la deuxième vague de l’année passée. Décidément en Belgique nous n’apprenons pas de nos erreurs.

Il est où l’incendie ?

L’attitude de Jan Jambon, ministre-président flamand, N-VA, est particulièrement frappante. L’année passée, l’épidémie en Belgique tutoyait des records mondiaux mais elle était plus forte dans le Sud que dans le Nord. Bravache il avait lâché son fameux : "Il est inutile de combattre un incendie qui n’avait pas encore commencé." Il balayait d’un revers de la main les propositions des experts qui conseillent le gouvernement relayé par le ministre de la santé, Frank Vandenbroucke. 5 jours plus tard les chiffres du nord s’emballaient eux aussi, il était obligé de se dédire et de lui aussi prendre des mesures.

Cette année, l’épidémie en Belgique tutoie à nouveau les records mondiaux. Elle est par contre un peu plus forte au nord qu’au sud. Ça n’empêche, Jan Jambon balaye là aussi les propositions des experts relayées par Frank Vandenbroucke et bloque les mesures de fermeture. 10 jours plus tard, il demande des mesures de fermeture. Il n’est pas si facile de réussir à échouer, mais son entêtement à échouer deux fois est remarquable.

Cela dit, Jan Jambon, qui a demandé ce Codeco, n’est évidemment pas le seul en cause.

Des CODECO tout mous

Non c’est évident : d’autres forces, d’autres intérêts se mêlent à la discussion et freinent la prise de décision dans cette crise. Les deux ministres de l’enseignement PS et N-VA par exemple, freinent tant qu’ils peuvent des mesures sur l’école, Ecolo freine sur la bulle de contact, le MR freine sur l’Horeca. Et bien sûr tous ont des arguments qui s’entrechoquent pour arriver à des CODECO impuissantés, comme dirait feu Michel Daerden, des Codeco tout mou, incompréhensibles et inefficaces.


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On retrouve ici le nœud de la décision politique en Belgique. Ça ressemble au conseil de sécurité de l’ONU. Où on s’écharpe à coups de droit de véto avec un Premier ministre qui à autant de pouvoir que le secrétaire général. Pour gérer une épidémie, il faut bien avouer que c’est compliqué. Il n’est pas si facile de réussir à être aussi compliqué que le fédéralisme Belge. Là non plus, nous n’apprenons pas de nos erreurs.

École "vs" soins de santé

L’école, ce sera le point de discussion le plus sensible. Car tant au nord qu’au sud, l’idée a été de préserver autant que possible les enfants à travers l’école. C’est une idée tout à fait respectable et justifiable au nom des intérêts supérieurs de l’enfant mais aussi du bien commun de l’importance de l’éducation et du rôle structurant de l’école. L’importance aussi quoi qu’on en dise d’occuper les enfants quand les parents travaillent. Cette ligne était d’autant plus justifiable que le rôle des écoles dans l’épidémie ne semblait pas si grand.


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Mais de plus en plus d’épidémiologistes constatent qu’avec le variant Delta et la vaccination des adultes, l’école joue un rôle moteur plus important qu’avant. Le coût de la défense de l’école devient donc plus élevé. Mais reste le dilemme posé par Ben Weyts le ministre flamand de l’éducation qui disait ne pas vouloir vivre dans une société qui ferme les écoles alors que IKEA reste ouvert. La fermeture des écoles ne sera en effet justifiable que si par solidarité dans l’effort d’autres secteurs ferment aussi.


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En attendant, la discussion ne doit pas, ne doit plus dévier d’une évidence absolue : nos soins de santé sont en train de s’effondrer. Moins vite que l’année passée grâce au vaccin. Nous assistons à un effondrement à l’usure. Un effondrement moins spectaculaire mais tout aussi catastrophique.

 

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