Vaccins destinés aux pays pauvres bloqués en Inde : "C'est dans l'intérêt de tous de partager les doses" (MSF)

COVAX
27 avr. 2021 à 17:25 - mise à jour 27 avr. 2021 à 17:25Temps de lecture3 min
Par A. Dulczewski

Alors que les pays les plus riches font la course à la vaccination, les pays les plus pauvres se retrouvent actuellement dans une impasse. Vu la situation sanitaire critique en Inde – plus de 350.000 cas de Covid par jour - les autorités du pays ont décidé de bloquer temporairement l’exportation des doses fabriquées sur place. Or, la grande majorité des doses négociées pour les pays les plus pauvres devaient venir d’Inde.

Le dispositif de partage "Covax" (dirigé notamment par l’OMS) doit permettre aux 92 pays les plus pauvres d’obtenir des doses de vaccins, grâce à des fonds réunis par des donateurs. "Sur les 1,4 milliards de doses qui ont déjà pu être négociées pour ces pays, un milliard d'entre elles devaient provenir de la firme située en Inde", explique Dimitri Eynikel, conseiller accès aux médicaments et vaccins chez MSF (Médecins sans Frontières). "Aujourd’hui, on craint que ces pays ne reçoivent plus aucune dose de vaccin ou presque avant cet été".

Tant que nous n’aurons pas vacciné la majorité de la planète, cette pandémie ne sera pas finie

Le conseiller MSF tient à le rappeler : pour garantir leurs stocks de vaccins, "les pays les plus riches - comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’UE – n'ont pas attendu qu'il y ait un partage mondial. Ils ont négocié, à prix fort et de façon bilatérale, avec les producteurs de vaccins". En conséquence, continue-t-il, "les pays moins riches ont décidé de faire la même chose. Ils ont toqué à la porte des firmes, souvent chinoises ou russes. Il reste alors les pays les plus pauvres: ce sont eux qui dépendent le plus du système Covax".


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Et si Covax ne marche pas, ce n'est bon pour personne. Au delà de la question morale du partage entre pays, une pandémie est par définition un problème mondial. "Tout le monde s’inquiète de la prolifération des variants et de la difficulté à stopper la pandémie", explique Nathalie Ernoult, chercheuse à l’IRIS (Insitut de Relations Internationales et Stratégiques). "Plus vite on vaccine tout le monde, plus vite on réduit la capacité de circulation et plus vite on réduit la mutation”, ajoute-t-elle.

"Tant que nous n’aurons pas vacciné la majorité de la planète, cette pandémie ne sera pas finie", souligne de son côté Dimitri Eynikel. "C’est donc dans l’intérêt de tout le monde de partager les vaccins", insiste-t-il.

Les pays riches prêts à donner leurs propres doses ?

Selon la Nathalie Ernoult, le problème majeur est avant tout la dépendance générale face à quelques firmes de production. "Il faudrait multiplier les sites de production des vaccins", avance-t-elle. De son côté, Dimitri Eynikel préconise la levée des brevets pour permettre à d’autres firmes de produire ces vaccins. "Pour pouvoir produire plus, il faut partager les connaissances", avance-t-il. "Il faudrait une dérogation au niveau de la propriété intellectuelle sur les tests, les vaccins, les équipements de protection. Actuellement, on produit surtout dans l’Union européenne et aux Etats-Unis, il faudrait pouvoir produire ailleurs. Il existe des solutions".

A plus court terme, une autre piste est celle du don de doses par les pays les plus riches. "Les pays de l’UE pourraient se mettre d’accord", avance le conseiller de MSF. "Ce n’est évidemment pas facile parce qu’on est dans un contexte où on manque tous de doses. Mais il n’est pas nécessaire d’en donner beaucoup. Ce serait pour protéger, au minimum, les travailleurs du milieu de la santé et peut-être aussi les personnes les plus à risque dans ces pays", continue-t-il.

Une culpabilité morale à avoir acheté de quoi vacciner trois fois la population des pays riches

La France a été le premier pays de l’UE à sauter le pas, en annonçant un don de 100.000 doses de son stock de vaccin AstraZeneca. "Un bon signe", pour Dimitri Eynikel. De son côté, Nathalie Ernout – qui salue l’initiative – parle de "goutte d’eau qui ne peut pas être une solution unique".

"Je crois qu’il y a une culpabilité morale à avoir acheté de quoi vacciner trois fois la population des pays riches", déclare la chercheuse de l'Iris. "On se rend compte aujourd’hui qu’il y a une iniquité grandissante. Il y a d’un côté certains pays riches qui auront vacciné 70% de leur population en juin. De l’autre, des pays pauvres qui seront peut-être à 3% à la même date."

Et conclut: "Les pays riches ont accaparé l’ensemble de la production. Le partage de dose c’est une reconnaissance de cet accaparement. Ca contribue à reconnaître qu’il y a des besoins qui ne sont pas couverts. C’est nécessaire mais pas suffisant."

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