Vague de chaleur en France : habiter dans une fournaise, ou la précarité énergétique d'été

Christian Thurillat, 70 ans, dans son studio de 16 mètres carrés situé à côté de la Gare du Nord à Paris, le 17 juin 2022, alors que l'Europe connaît une vague de chaleur
18 juin 2022 à 15:14Temps de lecture2 min
Par AFP, édité par Alice Dulczewski

"Je peux pas dormir !" Christian Thurillat, septuagénaire vit dans un minuscule appartement sous les toits à Paris et subit la précarité énergétique d'été, un phénomène encore négligé et qui va s'aggraver avec le réchauffement climatique.

Au sixième étage d'un immeuble haussmannien, où il est logé depuis 2013, cet ancien peintre en bâtiment reçoit la visite d'un bénévole de l'association Petits frères des pauvres, Matthieu Mazo.

"Vous pensez à boire souvent? N'hésitez pas à prendre des douches", lui conseille le jeune homme. Sous des toits en zinc, un ventilateur sur la table basse et deux fenêtres, dont une seule peut s'entrouvrir, ne suffisent pas à atténuer la chaleur.

"La nuit, à une ou deux heures, je dors pas. Cette nuit, à deux heures du matin, je regardais la télé", raconte Christian à l'AFP. Vendredi, les températures ont dépassé les 34 degrés à Paris.

Comme lui, de nombreux ménages ont trop chaud dans leur logement et n'ont pas les moyens d'y remédier. Le problème, qui va s'aggraver avec le réchauffement climatique et les canicules de plus en plus fréquentes et longues, est bien connu des organisations d'aide aux mal-logés.

Inégalités face à la chaleur

"J'ai déjà été interpellé par des locataires qui me disent 'quand est-ce que notre bailleur va nous installer des volets ?'", raconte à l'AFP Alain Gaulon, secrétaire national de la Confédération nationale du logement (CNL) qui défend des habitants de logements sociaux.

Les vagues de chaleur depuis 1947.
Les vagues de chaleur depuis 1947. Sylvie HUSSON

"Il faut qu'on trouve des solutions pour alléger la chaleur subie par les gens. Et je commence à en parler avec des bailleurs qui n'en ont pas encore pris la mesure. Le réchauffement climatique, c'est quelque chose qui leur passe encore au-dessus de la tête", affirme-t-il.

Car si la précarité énergétique d'hiver, qui frappe les ménages n'ayant pas les moyens de se chauffer correctement, est désormais un sujet de préoccupation, son pendant estival est encore très peu documenté. Ainsi, pour l'Union européenne, les seules données officielles remontent à... 2012.

Elles révèlent que près d'un Européen sur cinq vivait dans un logement à la température inconfortable l'été, la France se situant dans la moyenne.

Avec des inégalités flagrantes : parmi les 20% d'Européens les plus riches, seul un sur sept était dans cette situation, contre un sur quatre parmi les 20% les plus pauvres. Contre la chaleur, des mesures ciblant les logements seuls ne suffisent pas : c'est l'urbanisme qu'il faut repenser, pour éviter les îlots de chaleur urbains.

La clim, très consommatrice d'énergie

"Le réchauffement, les pics de chaleur, vont toucher tout le monde, mais surtout en ville, dans les quartiers peu végétalisés", souligne Alain Gaulon. Or, c'est souvent le cas des quartiers populaires, où par ailleurs, "les gens sont dans des logements surpeuplés, moins bien isolés, et ils ont moins d'argent pour climatiser si besoin".

Dernier problème : généraliser la climatisation, très consommatrice d'énergie et émettrice de gaz à effet de serre, n'est pas compatible avec l'atténuation du réchauffement climatique. Et les appareils les moins chers sont aussi les plus consommateurs d'énergie. Pour les ménages modestes, un piège écologique et économique, en pleine flambée des prix...

Sujet JT du 18 juin 2022

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