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Belgique

Variole du singe : "On aurait dû faire comme la France et vacciner plus tôt"

02 août 2022 à 06:00 - mise à jour 02 août 2022 à 15:49Temps de lecture4 min
Par Johanne Montay avec Françoise Berlaimont

Face à la multiplication rapide des cas de variole du singe, la Belgique s’est fait récemment livrer 3040 doses de vaccin. Pour rappel, le vaccin contre la variole est efficace contre le virus de la variole du singe, mais il n’est plus administré chez nous depuis 1976.

Réservée dans un premier temps, début juillet, aux prestataires de soins et aux personnes ayant eu un contact non protégé à haut risque avec une personne contaminée, cette vaccination a été étendue au début du mois d’août à d’autres publics : le Risk Management Group (RMG) a ajouté aux bénéficiaires, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et qui ont été déjà infectés précédemment par d’autres virus comme le HIV ou qui ont contracté "au moins deux maladies sexuellement transmissibles au cours de la dernière année".

Ces personnes sont donc éligibles depuis quelques jours à cette vaccination contre la variole, si elles ne l’ont pas reçue à l’époque où elle existait encore, tout comme les travailleurs du sexe, masculins et transgenres, les personnes atteintes de troubles immunitaires et d’une forte probabilité d’infection, ou le personnel de laboratoire prenant en charge les cultures virales.

"Effets d’annonce"

L’annonce a été bien accueillie par les professionnels de santé, mais sur le terrain, l’inquiétude grandit face à la propagation rapide d’un virus qui n’est pas une maladie proprement sexuellement transmissible et qui n’a aucune raison de rester cantonnée à une communauté homosexuelle masculine à partenaires multiples.

C’est le sens du message adressé par le Professeur Jean-Christophe Goffard, directeur du service de médecine interne de l’hôpital Erasme. "Je suis très content qu’on élargisse la vaccination aux personnes qui, de par leur âge, n’ont pas bénéficié de la vaccination contre la variole parce qu’on est face, très clairement, à une augmentation du nombre de cas qui nous pose des problèmes. Les personnes sont demandeuses d’avoir ce vaccin. Ça fait mal d’avoir une variole du singe. Cela fait des douleurs qui peuvent être atroces au niveau rectal, et donc énormément de patients sont demandeurs. Mais malheureusement, annoncer qu’on élargit la vaccination sans avoir l’opérationnel derrière, sans avoir ni les vaccins, ni les personnes pour vacciner, c’est faire des effets d’annonce qui n’ont aucun sens à l’heure actuelle et c’est assez méprisant pour le personnel de terrain".

"En retard"

Pour les 3040 doses commandées, la vaccination est réservée dans 9 centres de référence dépendant du fédéral. Une quantité nettement insuffisante pour Jean-Christophe Goffard : "3000 doses, c’est vacciner 1500 patients, puisqu’il faut parfois deux doses, et par ailleurs, pour un petit centre comme le centre de santé sexuelle d’Erasme, on a déjà probablement 1200 candidats et nous sommes un petit centre par rapport à d’autres.

Il faut 2 doses pour avoir une bonne protection. Les quelque 3.000 doses de vaccin contre la variole déjà livrées ne suffisent pas pour le public cible. "Pour le moment, la Belgique va se limiter à 1 dose", explique Valentin Blaison. "La deuxième se fera quand il y  aura des stocks".  Les centres de référence sont en train de s'organiser. 

Ce n’est qu’à l’automne que devraient arriver 30.000 doses complémentaires de vaccins. D’où l’inquiétude du spécialiste : "Clairement, le nombre de cas augmente. Cela nous demande énormément de temps de recevoir les personnes inquiètes, de discuter avec elles, de les diagnostiquer, et puis après, de les accompagner pendant les 21 jours où ils vont être isolés, à la maison, dans des douleurs importantes. Donc, oui, ça m’inquiète. Si le nombre de cas augmente et s’étend à la population générale, parce qu’on n’a pas réagi assez vite avec la vaccination, c’est inquiétant. On aurait dû faire comme la France, vacciner déjà bien plus tôt, malheureusement, on est de nouveau un petit peu en retard par rapport à d’autres pays. Ça nous arrive souvent. Je pense que le processus de décision en Belgique est parfois un peu lent."

En France, 11.000 personnes ont pu recevoir une dose de vaccin, dans l’un des 118 centres de vaccination mis en place par le ministère de la Santé. Nos voisins français ont annoncé déjà début juillet l’élargissement de la vaccination, désormais proposée préventivement aux groupes les plus exposés, notamment les homosexuels et bisexuels multi-partenaires. Les deux premières vaccinations de cas contacts ont été réalisées dès la fin du mois de mai.

Des craintes auprès des associations LGBTQ+

A l'asbl "ex aequo", Valentin Blaison est chargé de projet et s’occupe de la promotion de la santé pour les hommes gays et bisexuels. Des personnes s'adressent à l'association et expriment leurs craintes d’avoir des relations sexuelles car les outils classiques comme les préservatifs ne protègent pas suffisamment. "Je me retrouve à faire de la prévention à temps plein mais avec très peu d’outils alors que ce qu’il faudrait ce sont des vaccins en beaucoup plus grande quantité". L’association en est réduite à envoyer les personnes se faire vacciner en France.

"Ex Aequo" rassure aussi ceux qui ont été vaccinés contre la variole dans leur enfance. "Cela concerne tous ceux qui sont nés en Belgique avant 1976", précise Valentin Blaison. La vaccination va être étendue aux hommes homosexuels et bisexuels qui ont été déjà infectés par au moins deux maladies sexuellement transmissibles lors des 12 derniers mois. Les travailleurs du sexe et les personnes transgenres pourront le recevoir à titre préventif. Mais la quantité de vaccins ne suffira certainement pas. 

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