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Déclic

Vers des logements plus égalitaires : l’exemple espagnol pour inspirer la Belgique

Les invitées

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07 juil. 2022 à 13:48Temps de lecture3 min
Par Marie Vancutsem avec le soutien de Pierre-Yves Dubois

Nos habitations sont-elles sexistes ? La question peut paraître saugrenue. Pourtant une vraie réflexion émerge depuis quelques années sur l’impact de l’agencement de nos maisons et de nos appartements.

Peut-être encore plus que dans la sphère publique, la problématique de l’invisibilisation de la femme dans la sphère privée reste trop peu abordée. Conséquence inattendue de la pandémie de Covid, ce sujet refait surface avec force. En effet, le confinement et l’expérience du télétravail qui en a découlé a permis de mieux percevoir le chemin qu’il reste à parcourir pour faire évoluer nos logements dans une logique plus égalitaire.

Comment répartir équitablement l’espace de vie lorsqu’un couple pratique le télétravail ? Comment assigne-t-on les pièces ? Qui hérite du bureau ? Qui se retrouve au milieu du salon ? Une constatation émerge alors, la conception même des logements traditionnels a tendance à hiérarchiser l’organisation familiale.

Woman Vacuuming Living Room
Woman Vacuuming Living Room © Tous droits réservés

L’exemple espagnol

Pour chercher des réponses à ces questions, les yeux se sont alors tournés vers l’Espagne où le concept de "logement égalitaire" ou de "logement féministe" a déjà été exploré. Ce pays faisant figure d’exemple en matière d’avancées féministes depuis une dizaine d’années, raison pour laquelle la secrétaire d'Etat au logement et à l’égalité des chances Nawal Ben Hamou a effectué un voyage d’étude à Barcelone où des logements sociaux ont été pensés pour favoriser la mixité.

Des logements aux portes coulissantes pour mieux connecter les pièces entre elles, où les portes extérieures sont transparentes pour un plus grand sentiment de sécurité et le tout censé rendre les tâches domestiques visibles par tous pour que le travail fourni généralement par les femmes dans la sphère privée soit reconnu.

Gettyimages

Le concept de logement féministe (ou égalitaire)

Dans les faits, qu’est-ce que ce concept de logement féministe va changer lorsque l’on trace les grandes lignes d’un nouveau projet immobilier ou que l’on effectue des aménagements chez soi ?

Une des caractéristiques de ce type de logement va notamment être la présence centrale de la cuisine. "Le fait que la cuisine soit au centre signifie par exemple que la femme peut voir tout ce qui se passe à l’intérieur du logement. En plus de ça le travail culinaire est valorisé" souligne Christiane Thiry, co-administratrice de l’association Angela. D, qui met la problématique du genre au centre de l’habitat. "Dans l’exemple espagnol, toutes les pièces sont de tailles identiques et tout est modulable afin de changer de disposition en fonction des usages mais aussi en fonction des étapes de vie."

Par ailleurs, l’idée même de l’utilité et de l’utilisation d’un logement est remise en question. "Chez nous, il y a souvent un grand salon parce que l’on estime que le logement est avant tout un lieu de repos. Alors qu’en fait, pour les femmes, depuis toujours, c’est d’abord un lieu de travail."

Ne plus placer les pièces dédiées au travail domestique en périphérie d’une habitation est aussi une piste de réflexion : "Les buanderies ont longtemps été dans les caves et les études montrent que les derniers bastions de résistance se situent dans le travail du linge qui est encore assigné majoritairement aux femmes."

Faire en sorte que les buanderies soient des espaces communautaires donne une visibilité ce travail et incite tout le monde à y participer. Dans les immeubles, explique Nawal Ben Hamou, "cela crée du lien social et permet à des femmes qui logent dans le même immeuble de pouvoir faire connaissance, de discuter. Cela peut même favoriser l’évocation d’éventuelles violences intrafamiliales."

Un premier projet pilote chez nous

En Belgique, en 2018 est né le projet CALICO soutenu par les pouvoirs publics. Un premier bâtiment destiné à des familles à faibles revenus est sorti de terre en mai 2021 à Forest, élaboré avec une attention particulière donnée à la dimension de genre et dans . Une vitrine censée mettre la puce à l’oreille des promoteurs immobiliers et des architectes à l’avenir.

calico.brussels

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