Vers la fin des voitures de société essence et diesel : possible et quand ?

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17 sept. 2020 à 17:05Temps de lecture3 min
Par Eric Boever

Le point figure dans les négociations pour la formation d'un gouvernement à sept partis: les voitures de société devront se verdir dans les années à venir, plus question de consommer uniquement de l’essence ou du diesel, elles devront se mettre à l’électrique si elles veulent survivre. Mais dans quel délai est-ce réalisable ? Quels sont les obstacles ? Et quels sont les chiffres aujourd’hui ? Nous nous sommes posé ces questions et surtout nous les avons posées à des spécialistes du secteur. En voiture électrique, Simone !

 

La flotte des voitures de société : 84% essence et diesel

Il y a actuellement environ 600.000 voitures de société en Belgique et leur avenir est sur la table des négociateurs de la probable future coalition Vivaldi. Sous la pression des écologistes, la flotte devra se mettre au vert et abandonner les motorisations essence et diesel. Dans quel délai ? La date de 2026 circule, elle figure dans une note de discussion mais elle peut encore évoluer. Ce qui est sûr, c’est que le secteur n’a pas attendu la Vivaldi pour évoluer.

Ainsi, selon la fédération belge de la location de voitures, la proportion de véhicules de voitures hybrides a plus que doublé entre 2019 et 2020, passant de 5,5 à 12%. Pour, les voitures full électriques, c’est moins net, on est passé de 2,3 à 3,8%. Du côté des carburants classiques, l’essence est en net recul, passant de 49% en 2019 à 39% en 2020 alors que le diesel reste stable à 45%.

A noter que la proportion de véhicules hybrides et électriques est beaucoup plus grande que chez les particuliers où il plafonne actuellement à 2,6 et 0,4% (chiffres de la Febiac pour 2019). Quant aux moteurs au gaz, ils sont quasi inexistants parmi les véhicules de société.

Pourquoi l’électrique augmente mais ne décolle pas ?

La transition vers l’électrique est donc en marche mais elle reste lente. Les raisons sont multiples. "Il y a d’abord un aspect financier" explique Frank Van Gool, patron de Renta la fédération qui représente 95% du marché de la location court et long terme. "Un véhicule électrique peut coûter jusqu’à 30% de plus qu’un même modèle à moteur thermique. Qui est prêt à prendre ce surcoût en charge ? L’employeur ? Il faudrait des compensations fiscales supplémentaires. L’employé à qui on demanderait une participation ? Pas sûr. Le principal espoir, c’est que le progrès technologique et la concurrence entre constructeurs amènent les prix à diminuer mais ce sera progressif et il faudra encore être patient."

On estime qu’entre 2025 et 2030, le prix d’un véhicule électrique rejoindra celui de son équivalent thermique. Pour Jean-Marc Ponteville, porte-parole de D’Ieteren, importateur de VW et Audi, des marques très prisées par les sociétés, l’autre gros obstacle à l’envol de l’électrique "c’est le manque de bornes de rechargement. Nous avons beau concevoir et vendre des voitures électriques et les pouvoirs publics ont beau offrir des incitants fiscaux, leur vente se heurte au manque d’infrastructures de recharge. Nous sommes persuadés que l’électricité c’est l’avenir, notre gamme ne fait d’ailleurs que s’élargir, nous avons même l’ambition d’être le leader du secteur, mais il faut une offre de recharge confortable pour convaincre les utilisateurs."

Des bornes de recharge sur la voie publique mais pourquoi pas chez soi ?

Le développement des bornes de rechargement est donc le maillon faible de la chaîne électrique. Chez le fournisseur d’électricité Engie, on admet que les infrastructures sont insuffisantes tant sur la voie publique que dans les entreprises ou chez les particuliers. C’est un peu un cercle vicieux : certains attendent que les voitures soient plus nombreuses pour déployer des bornes mais les acheteurs attendent qu’il y ait davantage de bornes avant de franchir le pas du full électrique.

Ce qui fait dire à Frank Van Gool, de Renta, que le calendrier établi par la coalition Vivaldi est trop serré. "Plutôt que 2026, je miserais sur 2030 pour espérer voir les voitures électriques remplacer les modèles thermiques."

Mais si les infrastructures publiques sont encore insuffisantes, surtout au sud du pays, des initiatives voient le jour pour doper leur nombre. C’est le cas du projet Numobi lancé par Engie et Arval, un des leaders du marché du leasing automobile. Il s’agit d’une offre intégrée qui comprend la location d’un véhicule, son entretien et son assurance comme tout contrat de leasing mais on y ajoute l’installation d’une borne de rechargement à domicile.

Le déploiement d’un réseau riche en possibilités de recharge est en tous cas nécessaire pour combattre une des craintes liées à la voiture électrique, à savoir la hantise de se retrouver bloqué quelque part avec une batterie vide. L’autonomie limitée des véhicules électriques leur est en effet souvent reprochée, mais c’est un reproche souvent d’ordre psychologique car l’autonomie s’améliore, elle atteint plusieurs centaines de kilomètres alors que la majorité de nos déplacements se comptent en dizaines. Il n’en demeure pas moins que la généralisation d’une flotte électrique dépend de la capacité des batteries et des possibilités de les recharger.

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