Monde Europe

Vers une Ecosse plus verte et surtout indépendante grâce à deux ministres écologistes ?

L’annonce de l’accord entre le SNP et Les Verts réjouit la 1ère ministre écossaise Nicola Sturgeon

© Jeff J Mitchel – AFP

21 août 2021 à 15:01Temps de lecture4 min
Par Philippe Antoine

Le gouvernement écossais va bientôt compter deux ministres écologistes. L’information pourrait presque sembler anodine, mais elle ne l’est pas : c’est une grande première, non seulement en Ecosse mais aussi sur tout le territoire du Royaume-Uni. Et l’annonce de cet accord entre le SNP – le parti indépendantiste écossais qui domine largement la scène politique écossaise après être devenu en 2007 le premier parti d’Ecosse – et les Verts n’est pas passée inaperçue au Royaume-Uni.

"Sur le plan international", explique Camille Schmitz, assistante au Département de Science Politique Center for International Relations Studies (CEFIR) de l’Université de Liège et spécialiste de l’Ecosse, "cet accord montre une Ecosse bien engagée dans la lutte contre la crise climatique et cela arrive à un moment opportun, c’est-à-dire à la veille de la COP26 qui se tiendra à Glasgow. C’est donc aussi une question d’image et de prestige pour le SNP qui veut démarquer l’Ecosse du Royaume-Uni sur la question environnementale et climatique lors d’un événement international !"

L'écueil Boris Johnson  

© AFP

Rappel important, le SNP a largement remporté les dernières élections législatives, en mai dernier, il a décroché 64 des 129 sièges du parlement. Une indiscutable victoire pour le parti de la Première ministre Nicola Sturgeon, mais avec un petit goût de trop peu : avec un siège de plus, le SNP aurait obtenu la majorité absolue, ce qui aurait constitué un argument de poids pour convaincre Boris Johnson d’accorder son feu vert à l’organisation d’un nouveau referendum sur l’indépendance.

Seul le Premier ministre britannique peut en effet autoriser la tenue d'une consultation populaire de ce genre, et depuis son entrée en fonction à la tête du gouvernement britannique, Boris Johnson n’a pas changé d’avis : à ses yeux, la consultation organisée en 2014 était prévue pour être celle d’une génération. Autrement dit, plus question de laisser aux Ecossais la possibilité de quitter le Royaume-Uni puisqu’ils se sont déjà exprimés en 2014 et qu’une majorité (55%) a refusé l’indépendance.

Mais les indépendantistes écossais ont un argument qu'ils estiment imparable: à l’époque, il n’était pas question de Brexit, or les Ecossais, qui se sentent profondément européens, ont majoritairement (62%) voté contre cette sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Avec sep députés depuis la dernière élection législative écossaise, en mai 2021, les Verts écossais sont aujourd'hui la 4ème force politique du parlement derrière le SNP, les conservateurs et les travaillistes, or les écologistes sont eux aussi favorables à ce qui en Ecosse est appelé " IndyRef2 ", autrement dit un nouveau referendum sur l’indépendance.

Le chef du Parti nationaliste écossais (SNP) Nicola Sturgeon pose avec des membres du parti et un "Stop Brexit ".
Le chef du Parti nationaliste écossais (SNP) Nicola Sturgeon pose avec des membres du parti et un "Stop Brexit ". © AFP or licensors

Energie, transports publics, logements : que contient l’accord ?

Après deux mois de négociation et en s’inspirant de ce qui a été réalisé en Nouvelle Zélande entre le parti (Travailliste) de la Première ministre Jacinda Arden et les écologistes, le SNP et Les Verts écossais se sont donc accordés : les écologistes vont bientôt faire leur entrée au gouvernement, dont la feuille de route a été ajustée, avec notamment :

L’augmentation des investissements dans les déplacements actifs et les transports publics, dans le but de proposer une alternative " réaliste et abordable " à l’utilisation de la voiture.

  • Un soutien accru aux secteurs des énergies marines renouvelables et de l’éolien offshore.
  • L’investissement d’au moins 1,8 milliard de livres sterling (2,1 milliards d’euros) au cours de cette session parlementaire dans l’efficacité énergétique et le chauffage renouvelable.
  • Renforcer les droits des locataires et fournir 110.000 logements abordables d’ici 2032.
  • La mise en place d’un fonds de transition de 500 millions de livres sterling (582 millions d’euros) pour le nord-est de l’Écosse afin de rendre cette région moins dépendante de l’industrie pétrolière.

A deux mois de la conférence sur le climat de l’ONU (COP) organisée début novembre à Glasgow, c’est un coup de maître pour les écologistes écossais, qui ont aussi l’indépendance à leur agenda. Et c’est évidemment le cœur de cet accord : SNP et Greens promettent un nouveau referendum dont la date doit être déterminée par le parlement écossais, mais il est clair que leur volonté est d’organiser cet " IndyRef2 " au cours de cette législature.

C’est Londres qui aura le dernier mot de toute façon

"Cet accord consolide la majorité pro indépendance et rend donc possible le vote d’une loi pour organiser un nouveau référendum d’indépendance", précise Camille Schmitz. "Il sera difficile d’affirmer que le gouvernement de Nicola Sturgeon n’a pas de mandat pour demander et organiser un second référendum d’indépendance. Mais je doute que cela puisse convaincre Boris Johnson qui, lui, donne la priorité à la sortie de la crise Covid et à la relance économique avant tout autre chose, il l’a dit à maintes reprises. Le parlement écossais, grâce à la majorité SNP-Verts, pourrait parvenir à passer une loi en faveur d’un référendum, mais c’est Londres qui aura le dernier mot de toute façon".

Dans le bras de fer entre Londres et Edimbourg, ceci marque incontestablement une nouvelle étape. Ce n’est pas la dernière, mais c'est une étape très importante.

Sur le même sujet...

JT du 09/05/2021

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous