Politique

Vers une "grande démission" des élus ?

Christine Defraigne, Céline Frémault, Joëlle Kampopole, Patrick Dupriez

© Belga

26 oct. 2022 à 09:58 - mise à jour 26 oct. 2022 à 14:16Temps de lecture4 min
Par Philippe Walkowiak, avec Anne Poncelet

Que se passe-t-il en politique ? Christine Defraigne l’a annoncé la semaine dernière, elle quittera la politique au terme de son mandat en 2024. Le cas de l’échevine libérale liégeoise et ex-présidente du Sénat n’est pas isolé, bien loin de là. La vice-présidente de la N-VA, la députée Valerie Van Peel, fera de même, comme la cheffe de file engagée à Bruxelles, Céline Fremault. Les exemples se multiplient. Ce n’est pas encore la grande démission, mais ça révèle en tout cas un état d’esprit.

Les longues carrières politiques, ce n’est plus la panacée.

Malgré une place assurée, au sein du parti ou sur une liste électorale, ils et elles ont choisi de changer de vie. C’est le cas de Céline Fremault, ex-ministre bruxelloise, actuellement cheffe de groupe des Engagés : "j’ai toujours été extrêmement consciente qu’il fallait pouvoir, à un certain moment, considérer qu’on avait donné le meilleur de soi-même et qu’il fallait pouvoir arrêter pour passer à quelque chose d’autre. Et en 2019, quand les élections sont arrivées, j’avais réellement préparé, et pas seule, la possibilité que tout s’arrête et que je n’en sois absolument pas déçue. Et je ne l’ai pas été du tout.

Céline Fremault s’attelle à redéfinir son avenir, tout en travaillant à un passage de témoin en douceur : "je travaille sur différents projets qui me tiennent à cœur : l’écriture d’un livre, un travail associatif futur. Mais il y a une évidence, c’est que j’ai envie de m’investir dans des sujets qui touchent l’humain et les plus fragilisés."

Déclic - Le Tournant

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Dès que je suis entrée en politique, j’ai eu la sensation que je ne vieillirais pas en politique.

Autre cas, Joëlle Kapompole. Elle a été échevine à Mons, présidente d’intercommunales, tête de liste socialiste aux régionales, et toujours aujourd’hui députée wallonne. Là aussi, une envie d’autres choses : "c’est sûr que j’avais décidé de ne pas vieillir en politique et mon envie est vraiment de me réinventer. J’ai 50 ans, j’ai envie de faire autre chose de la suite de ma vie". Pendant 20 ans, j’ai eu des tas de projets différents, des tas de challenge à relever et j’ai adoré ça mais j’ai maintenant envie de voir autre chose."

Celle qui est encore en principe députée jusqu’en 2024, a décidé de changer de scène et s’est lancée dans le stand up. "Mais j’ai envie d’aller vers l’enseignement. J’ai envie de partager mon expérience et mon enthousiasme. Et j’ai aussi envie de me reconnecter à mes origines, à mon continent d’origine, l’Afrique. Je suis Congolaise par ma maman et Rwandaise par mon papa et c’est devenu de plus en plus important pour moi."

De même, en 2018, le coprésident d’Ecolo, Patrick Dupriez, a brusquement quitté la politique active. Il aurait pu être ministre ou député. D’abord, quand on tire sur un élastique, il faut veiller à ne pas tirer trop loin et éviter qu’il se brise. Donc, il y avait un enjeu personnel, peut-être d’épuisement à ce moment-là, et une autre dimension qui était de se dire que nous avions bien gagné les élections. Pour les mois qui venaient, il fallait quelqu’un en pleine forme".

Patrick Dupriez préside toujours Etopia, le centre d'études proche d’Écolo, mais dispose aussi d’une réelle vie professionnelle dans laquelle il valorise son expertise, pour des projets qui, pour lui, ont du sens : "la question qui reste permanente, que ce soit dans mon engagement politique ou dans mes jobs aujourd’hui, c’est comment améliorer la société, comment répondre aux enjeux, aux défis qui me paraissent utiles à notre époque ?"

La fin des carrières politiques ?

Ces choix interrogent la notion de "carrière" dans notre système démocratique. Et nourrissent la réflexion sur la limitation du nombre de mandats.

"Je crois qu’on assiste à un basculement dans le monde politique qui est aussi un basculement dans le monde sociétal, commente Joëlle Kapompole. "Je vois bien, avec bientôt 20 ans de vie parlementaire, je suis parmi les plus anciennes au sein du Parlement. Souvent, les carrières politiques sont beaucoup plus courtes."

Une carrière politique de 30, 40 ou 50 ans, c’est un peu dénué de sens.

"Quand j’étais jeune assistante parlementaire au Sénat, début 2000, appuie Céline Fremault, j’avais travaillé sur une proposition au début des années 2000 pour limiter le nombre de mandats dans la durée, en tout cas dans les hémicycles… La richesse des uns et des autres est de pouvoir venir avec les expériences qui sont issues du privé, de l’associatif. Aujourd’hui, faire une carrière politique de 30, 40 ou 50 ans de mandat, c’est dénué de sens.

Les compétences et le courage qu’il faut pour transformer les choses, c’est différent que ce qu’il faut faire pour être réélu.

Pour Patrick Dupriez, c’est clair, les mandats doivent être limités : "Non seulement plus de monde aurait l’occasion de participer à ce travail démocratique, mais aussi, quand on est dans une fonction et qu’on sait que l’enjeu n’est pas de le renouveler, on se comporte autrement. Parce que les compétences et le courage qu’il faut pour transformer les choses, c’est différent que ce qu’il faut faire pour être réélu.

Les femmes sont plus nombreuses à interrompre leur carrière politique

C’est immanquablement une réalité : dans une grande majorité des cas, ce sont des femmes qui font ce choix. Chacune a pourtant son approche personnelle. Patrick Dupriez, un des très rares hommes à avoir effectué cette démarche, apporte sa petite explication : "j’ai constaté dans le monde de la militance et le monde de la politique, que les femmes sont plus vite exaspérées par le gaspillage de temps et d’énergie pour des chamailleries, pour des discussions sans fin qui ne se traduisent pas par du concret et par du changement. Et quelque part, c’est se dire : " si c’est pour perdre son temps, et que ça ne change pas les choses, autant m’occuper d’autres choses plus importantes dans ma vie ".

Une tendance générale est peut-être en train de se dessiner.

Le focus

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous