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Regions Liège

Verviers : et si ceci était la fin de la crise ?

Verviers : l'hôtel de ville
13 oct. 2020 à 14:01 - mise à jour 13 oct. 2020 à 14:01Temps de lecture4 min
Par François Braibant

Et si le statu quo se prolongeait ? Muriel Targnion est bourgmestre. De nouveau. MR et Nouveau Verviers demandent une analyse juridique avant toute initiative qui viserait à la redéboulonner. Le PS en prend acte et assure vouloir jouer le jeu et gérer la ville. C'est la situation dont rêvait Muriel Targnion. Combien de temps cela pourrait-il durer ? Qui prendra le risque de rallumer la guerre ?

Pas de majorité pour la renverser

Pour redébarquer Muriel Targnion, il faut une majorité. Pour l'instant, cette majorité n'existe pas. MR et Nouveau Verviers ne sont pas chauds à l'idée de relancer le carrousel politique verviétois. Une deuxième suspension par le Conseil d'Etat abîmerait encore un peu plus l'image des politiques. Les deux partis ne semblent pas prêts à prendre ce risque. 

Quant au PS, même s'il en conserve l'envie, il ne peut pas renverser Muriel Targnion tout seul. "Introduire une nouvelle motion corrigée n'est pas à l'ordre du jour" admet Pierre Demolin, le président des socialistes de Verviers. "Ce n'est pas à l'ordre du jour tout simplement parce qu'un des partenaires, le MR, a demandé à pouvoir analyser la situation" [En réalité MR et Nouveau Verviers NDLR]. Faire analyser toutes les possibilités juridiques par des spécialistes pourrait prendre plusieurs semaines. Pendant ce temps, le paysage reste figé avec Muriel Targnion à la tête de la ville.

Pas de politique de la chaise vide, pas de blocage des subsides

"Aucune solution pérenne future ne peut se faire avec Muriel Targnion" martèle d'une part Pierre Demolin, "il n'est plus possible pour nous de travailler avec elle". C'est la position adoptée ce lundi soir par le comité de l'USC de Verviers. Mais le nouveau président doit aussi tenir compte de la réalité. La bourgmestre, aujourd'hui, c'est Muriel Targnion. "J'ai entendu dire que le PS allait bloquer tous les subsides à la Région Wallonne. Je veux m'inscrire en faux. Ce serait une faute politique majeure. Nous ne ferons jamais ça. 

Nous n'avons pas non plus l'intention de pratiquer la politique de la chaise vide au collège. Nous allons jouer le jeu, mais évidemment sur des projets qui nous conviennent." Ceci ressemble à une ville gérée par des majorités négociées au cas par cas. Pierre Demolin veut calmer les esprits : "je veux que ce soit la fin de la crise, qu'on se pose et qu'on réfléchisse". 

A-t-elle gagné ?

Voilà qui peut ressembler à une courbe rentrante de la part du PS. Mais Pierre Demolin reste méfiant. Il ne veut surtout pas laisser croire à Muriel Targnion qu'elle a gagné la partie. "S'il y a une nouvelle guerre, c'est Muriel Targnion qui la rallumera. Je ne suis pas sûr qu'elle ait posé les armes. Elle vient d'ailleurs de priver les échevins socialistes de leurs compétences stratégiques." (Alexandre Loffet, échevin ex-socialiste et partisan de Muriel Targnion a effectivement récupéré le développement économique dont s'occupait Antoine Lukoki avant l'été. Freddy Breuwer hérite d'anciennes compétences d'Hasan Aydin.)

Une situation figée avec elle-même comme bourgmestre, c'est ce qu'espérait Muriel Targnion. Son intérêt maintenant, c'est de la maintenir telle quelle. C'est aussi l'intérêt de ses partenaires MR et Nouveau Verviers : aucun de ces deux-là n'améliorerait son image auprès de ses électeurs en perpétuant une guerre politique. 

L'intérêt du PS est moins aisé à décrypter. Les socialistes n'ont pas non plus avantage à apparaître comme revanchards, mais laisser gérer la ville "en affaires courantes" par une bourgmestre exclue ne fait pas leur bonheur. Aucun socialiste ne le formulera de cette manière, mais il est aussi permis de penser que les hésitations des libéraux et du Nouveau Verviers font de même les affaires du PS. Il peut ainsi arrêter une bataille qui dégrade son image et le faire sans donner l'impression d'abandonner le terrain à Muriel Targnion.*

Perpétuer le statu quo, "il n'en est pas question" assure le député PS Malik Ben Achour : "nous souhaitons la mise en place d'une majorité stable qui permettra définitivement de sortir de la crise. Cette majorité stable sera nécessairement sans Muriel Targnion." Et il compte bien y arriver dès que MR et Nouveau Verviers seront rassurés quant à la légalité d'une motion corrigée. Si ces deux partis voulaient gagner du temps et faire durer la situation présente, "en affaires courantes, avec Muriel Targnion à la tête de la ville sans majorité stable, ce serait un petit jeu politique qui consisterait à prolonger la crise". 

En apparence, la balle semble être dans le camp du MR et du Nouveau Verviers. Or pour l'instant, l'un comme l'autre ne se montrent ni pressés ni enthousiastes à l'idée d'un nouveau tour de carrousel. Que le statu quo perdure ou perdure un certain temps est possible.

Combien de temps cela peut-il durer ? 

Pour corriger la motion tout de suite et la réintroduire au premier conseil communal, c'est trop tard. Attendre l'avis juridique des avocats semble le délai le plus raisonnable. S'agira-t-il de jours, de semaines ou de mois ? Il est impossible d'en préjuger. Que dira cet avis ? Le juriste qui s'en chargera osera-t-il écrire, a la lumière des faits récents, qu'il n'y a aucun danger à réintroduire une motion de méfiance avant un an, soit le délai prévu par le code de la démocratie locale ? Et s'il faut un an avant d'essayer de redébarquer la bourgmestre, sera-t-il plus facile alors de trouver une majorité anti-Targnion ? Enfin, les partis politiques seront-ils prêts à prendre le risque de rallumer la guerre ? 

En journalisme, encore plus à Verviers qu'ailleurs, se risquer à prédire l'avenir est dangereux : c'est le meilleur moyen de se voir démentir par les faits. Convenons donc que l'hypothèse de voir Muriel Targnion prolonger son mayorat plusieurs mois, un an, voire jusqu'aux prochaines élections, n'est qu'un futur possible parmi d'autres. Il faudra laisser parler le réel. Les prochaines actions du collège montreront si les affaires courantes sont synonymes d'armistice ou de guerilla.

*Paragraphe complété le 14/10 à 09h43

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