Victoire de Loukachenko à la présidentielle biélorusse : 3000 arrestations et des dizaines de blessés lors de manifestations

Présidentielle en Biélorussie

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10 août 2020 à 04:16 - mise à jour 10 août 2020 à 08:18Temps de lecture5 min
Par RTBF avec Agences

Les sondages l’annonçaient largement gagnant, l’agence d’Etat vient de le confirmer : Alexandre Loukachenko, l’actuel président de Biélorussie, a largement remporté l’élection présidentielle avec 80,23% des voix. Cet allié de Moscou dirige le pays d’une main de fer, et est considéré comme autoritaire et dictatorial par de nombreux experts. Il est ainsi parfois appelé "dernier dictateur d’Europe". La Biélorussie n’a pas organisé de scrutin jugé libre depuis 1995, et les manifestations y ont été vite matées par la force.

Svetlana Tikhanovskaïa, principale candidate d’opposition, a annoncé lors d’une conférence de presse ce lundi matin qu’elle rejetait les résultats officiels des élections, se considérant comme vainqueur, et demandant à Loukachenko de "céder le pouvoir", l’homme étant président depuis 1994.

L’annonce des résultats des sondages dimanche soir, donnant Loukachenko largement vainqueur, a engendré de vives protestations dans plusieurs endroits du pays, les manifestants criant à la fraude électorale. Face à ces protestations, le président réélu a qualifié les manifestants de "moutons" téléguidés par l'étranger, et déclaré qu'il ne laisserait pas le pays "être mis en pièces".

Du côté de la communauté internationale, plusieurs pays condamnent les violences et la répression des manifestations. L'Union européenne, par la voix de la président de la Commission Ursula von der Leyen, a demandé à ce que les votes soient "comptés et publiés avec exactitude", alors que l'Allemagne émet également "sérieux doutes" sur ces résultats.

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Une ONG parle d'un mort

Un homme est mort et des dizaines d'autres personnes ont été blessées à Minsk lors de protestations dimanche soir contre les résultats de l'élection présidentielle en Biélorussie, selon l'ONG Viasna de défense des droits humains.

"Un jeune homme a subi un traumatisme crânien mortel après avoir été heurté par un véhicule" des forces de l'ordre lors de manifestations dans le centre de la capitale, a indiqué lundi l'ONG Viasna dans un communiqué, précisant que des "dizaines" de personnes blessées lors des heurts se trouvaient actuellement dans des hôpitaux de Minsk.

Au moins 110 personnes ont été interpellées dans la capitale Minsk, près de bureaux de vote ou lors d'actions de protestation, selon le bilan publié par Viasna sur la messagerie Telegram. Des arrestations ont également eu lieu dans au moins 10 autres villes du pays, d'après Viasna.

Le ministère de l'Intérieur dément tout décès, et parle de quelque 3000 manifestants antigouvernementaux arrêtés et des dizaines de personnes blessées dans la nuit de dimanche à lundi. "Au total, à travers le pays environ 3000 personnes ont été arrêtées (...) au cours de heurts, plus de 50 citoyens et 39 policiers ont été blessés, certains sont hospitalisés", a déclaré le ministère dans un communiqué, faisant état de manifestations nocturnes "non-autorisées" dans 33 villes et localités du pays.

Election de Loukachenko: la police bélarusse a dispersé par la force des foules de manifestants

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"Des marionnettistes tchèques"

Le président du Bélarus Alexandre Loukachenko a affirmé lundi que les manifestations, violemment réprimées contre sa réélection controversée la veille, étaient "téléguidées" depuis l'étranger, martelant qu'il ne laissera pas son pays être "mis en pièces".

"Nous avons enregistré des appels depuis l'étranger. Depuis la Pologne, la Grande-Bretagne, et de République tchèque, ils y avaient des appels pour téléguider, excusez l'expression, nos moutons", a-t-il déclaré, selon l'agence d'Etat Belta. "Nous ne leur permettrons pas de mettre le pays en pièces", a-t-il encore dit au sujet des manifestants.

Selon lui, "des marionnettistes en Tchéquie" ont ordonné à l'opposition de "faire sortir les gens dans la rue et de demander des négociations pour un transfert du pouvoir".

"Falsification" des élections

Alexandre, un manifestant de 35 ans qui a participé à des heurts avec la police, a dit à l’AFP avoir protesté contre la "falsification totale" des élections. "C’est un crime et une humiliation du peuple", a-t-il ajouté.

Des rassemblements d’opposition, théâtre par endroit d’interventions policières musclées, ont aussi eu lieu, selon des médias locaux, dans des villes de province dont Brest, Pinsk, Gomel et Grodno.

Un journaliste de l’AFP a entendu l’explosion de grenades assourdissantes près du monument Stella de la capitale et vu les forces de l’ordre, équipées de boucliers, se diriger vers des manifestants.

Un photographe de l’AFP a vu des manifestants conspuer des policiers, quand d’autres brandissaient des drapeaux symbolisant l’opposition devant des cordons des forces de l’ordre barrant des axes de Minsk.

Ales Bialiatski, à la tête de l’ONG de défense des droits humains Viasna, a dénoncé auprès de l’AFP une utilisation "disproportionnée" de la force par la police.

En posant son bulletin dans l’urne plus tôt dimanche, Alexandre Loukachenko avait promis qu’il n’y aurait ni "perte de contrôle" ni "chaos" dans le pays.

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Une campagne électorale inédite

La campagne électorale avait été marquée par une mobilisation sans précédent en faveur d’une nouvelle venue en politique, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, professeur d’anglais de formation, qui a su attirer les foules.

Elle a estimé dimanche soir que "la majorité" de ses concitoyens la soutenait, alors que le sondage officiel réalisé à la sortie des bureaux de vote lui accordait 6,8% des voix, contre 79,7% à Alexandre Loukachenko.

La journée de vote avait été marquée par une atmosphère tendue et des queues géantes aux bureaux de vote, qualifiées par la Commission électorale de "sabotage" de la présidentielle et de "provocation" organisée par l’opposition.

Mme Tikhanovskaïa avait aussi recommandé à ses partisans de porter des bracelets blancs et de prendre en photo leur bulletin pour permettre un comptage indépendant. "Je considère que nous avons déjà gagné car nous avons vaincu notre peur", a dit Mme Tikhanovskaïa, qui avait dénoncé ces derniers jours des "fraudes éhontées" orchestrées par le pouvoir, en l’absence d’observateurs nationaux et internationaux indépendants.

Des résultats officiels étaient attendus dans la nuit de dimanche à lundi. La participation s’est établie à 84,5%, selon les chiffres officiels.

Répression de plus en plus forte

Le pouvoir avait redoublé d’efforts en fin de campagne pour enrayer l’essor de Svetlana Tikhanovskaïa. La cheffe de son QG de campagne, Maria Moroz, avait été arrêtée samedi comme neuf autres collaborateurs.

Dans ce contexte, beaucoup craignent que la répression ne s’accentue.

"Connaissant la nature impitoyable de Loukachenko, quiconque s’intéresse au Bélarus s’inquiétera pour le peuple biélorusse dans les prochains jours", affirme à l’AFP Nigel Gould-Davies, analyste à l’International Institute for Strategic Studies (IISS) et ancien ambassadeur britannique à Minsk.

Avant l’émergence de Mme Tikhanovskaïa, les principaux rivaux de M. Loukachenko avaient été écartés : deux sont incarcérés, un troisième est en exil. Les trois autres candidats autorisés n’ont pas mobilisé.

La montée en puissance de Mme Tikhanovskaïa s’est faite sur fond de difficultés économiques croissantes, aggravées par des tensions avec la Russie, accusée de chercher à vassaliser le Bélarus, et de la réponse controversée d’Alexandre Loukachenko à l’épidémie de coronavirus, qu’il a qualifiée de "psychose".


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