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Belgique

Vif échange entre Georges-Louis Bouchez et Germain Mugemangango au sujet de l’indexation des salaires sur le plateau de « QR le débat »

Georges-Louis Bouchez (à gauche sur la photo), président du MR, et Germain Mugemangango, chef de groupe PTB au Parlement wallon, ont notamment débattu sur la question des salaires.

Sacha Daout et ses invités débattaient ce mercredi des similitudes qui existent entre les revenus que perçoivent les personnes au chômage et ceux que perçoit une frange des travailleurs.

Tant pour l’économiste Philippe Defeyt que pour le président du MR Georges-Louis Bouchez, il ne fait aucun doute qu’il est financièrement plus avantageux pour certains de rester au chômage plutôt que d’accepter de travailler. "Une personne qui touche le salaire minimum fixé à 1800 € et qui tombe au chômage recevra 1200 €. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que l’on propose à des personnes au chômage qui avaient un temps plein d’aller travailler à temps partiel. Mais un temps partiel vaut moins qu’un salaire à temps plein et est donc probablement plus proche d’une allocation de chômage. Il faut fluidifier le système", explique l’économiste.

"Ce n’est ni une légende, ni une nouveauté", confirme Georges-Louis Bouchez. "Comment fait-on dès lors ? L’aspect augmentation revenu avec la quotité exemptée d’impôt doit pouvoir être augmentée de 9000 à 12000 €", déclare-t-il avant d’ajouter : "Un autre problème, c’est que quand vous avez un statut, c’est 'on' ou ‘off’. Quand vous êtes allocataire social, vous avez votre allocation, le logement social, les médicaments à prix réduits si vous avez le statut BIM, le chèque énergie etc. Et dès que vous allez travailler quelques jours, vous allez perdre tout ou partie de ces avantages. Il faut donc avoir des phases de transition pendant lesquelles des personnes qui commencent une activité, même si ce n’est que quelques jours sur le mois, gardent une partie de leur statut social de base."

Ce qu’il faut surtout pour le chef de groupe PTB au Parlement wallon, Germain Mugemangango, c’est une meilleure indexation des salaires. "En Belgique, les salaires sont beaucoup trop bas et bloqués dans leur progression puisque le gouvernement fédéral a décidé de bloquer les salaires et de ne leur permettre d’augmenter que de 0,4% avec un carcan salarial", affirme-t-il. "Donc on interdit la possibilité aux organisations syndicales et aux travailleurs de négocier leurs salaires à la hausse. Par ailleurs, on constate que les bénéfices des entreprises ne sont pas bloqués. Il y a deux poids, deux mesures, les patrons doivent agir et le gouvernement aussi pour aider les personnes à faire face au coût de la vie."

"De combien est l’augmentation des salaires en France et en Allemagne sur l’année écoulée ?", questionne fermement Georges-Louis Bouchez. "7%. En Belgique, 8,6%. Cela veut dire que nos salaires ont progressé beaucoup plus fortement que dans les pays limitrophes grâce à l’indexation. Et donc si vous voulez qu’on laisse une liberté totale de négociation, nous le ferons. Mais dans ce cas, le rattrapage de pouvoir d’achat, vous devrez le négocier pas à pas dans toute une série de secteurs. Or ici, elle est offerte automatiquement et nous sommes un des seuls pays au monde à le faire."

Le revenu universel ne fait pas l’unanimité

L’un des moyens pour Georges-Louis Bouchez et Philippe Defeyt pour réduire les inégalités et permettre à tout un chacun de jouir d’un salaire suffisant est de créer un revenu de base. "Le modèle que je propose s’inscrit dans la protection sociale", assure l’économiste. "Premièrement, cela permettrait de choisir un emploi plus intéressant pour la personne et la société mais moins bien payé plutôt que d’être obligé d’aller travailler pour un emploi inutile ou ennuyeux. Deuxièmement, le revenu de base permet de financer des réductions du temps de travail, des choix de vie privée puisque vous gardez votre revenu de base. Troisièmement, c’est une aide non discriminée, non bureaucratique à toutes les initiatives marchandes et non marchandes. Les jeunes indépendants sont insuffisamment soutenus lorsqu’ils veulent lancer des activités commerciales. Quatrièmement, un revenu de base permettrait à beaucoup de jeunes de faire de bonnes études dans de meilleures conditions, et par la même occasion, d’avoir un meilleur accès au marché du travail."

"Le revenu universel ne supprime pas toutes les aides sociales. On garde par exemple tout ce qui relève des soins de santé", réaffirme le président du MR. "L’avantage du revenu universel est qu’il offre cette légère sécurité d’existence supérieure qui permet l’égalité des chances entre les individus. Par ailleurs, il y a aujourd’hui des milliers de personnes dans notre pays qui ne rentrent dans aucune des cases. L’allocation universelle permet de récupérer ces personnes en individualisant les droits. Enfin, en supprimant les pièges à l’emploi. Celui qui travaille même une journée n’est pas pénalisé et garde ses aides sociales contrairement au système actuel."

Les modèles tels que présentés n’ont cependant pas convaincu tous les invités. Ainsi, Germain Mugemangango estime que le revenu universel/de base ne répond pas suffisamment rapidement aux problèmes qui se posent aujourd’hui. "On a l’impression que le débat sur le revenu universel est lancé maintenant pour ne pas aborder les vrais débats. L’urgence, c’est de trouver des solutions concrètes par rapport à l’aide pour faire face à la facture énergétique et au coût du carburant."

Enfin pour Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la pauvreté, le revenu universel représente même "un grand danger" : "En quoi un revenu de base contribuera à réduire les inégalités ? Qui pourra accéder à travers un revenu de base à un changement de vie professionnel en fonction de son cursus scolaire et de l’environnement dans lequel il vit ? Je ne suis pas sûre non plus que le revenu de base ne contribuera pas à une forte déstructuration du travail puisqu’on se dira que les gens ont déjà une source de revenu. Je pense enfin que nous sommes malheureusement dans une société où la financiarisation et le capitalisme recyclent tout très rapidement. Je craindrais que les propriétaires n’y aillent encore plus allègrement sur les loyers dans le privé, par exemple. Quels seraient les contrôles qui permettraient de dire que les gens sont véritablement gagnants ?"

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