L'échappée musicale

Vikingur Ólafsson, grand rénovateur des codes de la musique classique

© Deutsche Grammophon

03 oct. 2022 à 10:00Temps de lecture2 min
Par Xavier Flament

S’il y a bien un pianiste qui innove et sort de l’ordinaire, c’est l’Islandais Vikingur Ólafsson. Ce dernier sort ce vendredi 7 octobre un nouvel album, intitulé From Afar, chez Deutsche Grammophon. Il s’agit de son album le plus personnel et qui va encore un peu plus loin dans la redéfinition des codes du classique.

Ólafsson, le "Glenn Gould islandais"

Ólafsson a pris le temps pour y parvenir. En 2008, quand il sort de la Juilliard School, à New York, il se garde bien de rentrer dans le circuit des concours et passe plutôt ses soirées à écouter les disques de grands pianistes du passé et à peaufiner ses univers sonores sur le Steinway familial que ses parents avaient acheté avant de pouvoir se payer un appartement – c’est dire les priorités dans la famille… Quand il rencontre Alfred Brendel, en 2012, le grand pianiste lui dit qu’il faut 15 ans pour devenir célèbre du jour au lendemain. Et c’est ce qui lui est arrivé entre son premier concert public, en 2000, – il a 16 ans à l’époque –, et ce titre accrocheur du New York Times après la sortie de son disque dédié à Bach, en 2016 – "Le Glenn Gould islandais".

Comme Gould en effet, Vikingur Ólafsson a une maîtrise du toucher assez stupéfiante. Comme Gould, il considère l’enregistrement non comme le prolongement du concert, mais comme une œuvre à part entière, qu’il peut peaufiner pendant des jours pour trouver le son qu’il veut pour chaque pièce. Il y a quatre paires de micros pour la prise de son, placés à 80 cm du piano, un mètre, puis deux, puis huit, tandis qu’en studio, on corrige les quelques millisecondes d’écart entre chaque paire de micros. C’est une immersion totale dans le son ! On a l’impression à la fois d’avoir la tête dans le piano et de sentir physiquement la texture des marteaux, et en même temps d’être quelque part dans l’Harpa, la salle de concert qui domine le port de Reykjavik, où il enregistre tous ses disques.

From Afar, un album qui redéfinit les codes du classique

Pour ce nouvel album, tout a commencé ailleurs, à Budapest, l’an passé, à la demande du grand compositeur hongrois György Kurtág, 95 ans, qui avait souhaité le rencontrer. Ça aussi, ça change tout, chez Olafsson : il travaille avec des compositeurs actuels, non seulement les jeunes Islandais, mais aussi Thomas Adès, Philipp Glass, John Adams, ou même la chanteuse Björk. Ce qui l’a convaincu que les créateurs ne sont pas des saints qu’il faut adorer comme des reliques, mais que ce sont des gens vivants qui amènent l’interprète à regarder les œuvres dans la perspective du compositeur.

Ólafsson devait passer 15 minutes chez Kurtág, il est resté deux heures et s’est mis au piano qui appartenait à la femme du compositeur, enchaînant les œuvres qui l’accompagnent depuis toujours – Bach, Schumann, Brahms ou des mélodies populaires islandaises. Et c’est ce qui a donné ce nouveau disque, avec Kurtág et ses compositions lapidaires comme boussole.

Dans cet album, on retrouve deux disques qui présentent le même programme, mais l’un exécuté sur un piano de concert classique, l’autre sur un piano droit muni d’une fine bande de feutre glissée entre les marteaux et les cordes, comme les Kurtág le faisaient apparemment dans l’intimité. Le son est très surprenant, avec un côté ouaté, très "Fender Rhodes", le piano électrique utilisé par les rockeurs des années 70… Un son très propice aux confidences, aux nuances infimes, aux résonances hypnotiques et à ce temps suspendu que recherche en permanence Vikingur Ólafsson.

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