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Vincent est décédé d’hypothermie dans les rues de Namur, que faire quand toute aide est refusée ?

Vincent ne bougeait plus depuis plus d’un an
12 janv. 2022 à 16:50Temps de lecture3 min
Par Anaïs Stas

Depuis plus d’un an, Vincent ne quittait plus sa vieille couverture. Il survivait depuis huit années en rue. Il était désabusé, résigné. Il nous avait confié "vouloir mourir tranquillement". Après plusieurs mauvaises expériences à l’abri de nuit, il refusait de s’y rendre, et refusait toute aide en général. D’après l’autopsie, Vincent, ancien menuisier ébéniste serait mort de froid dans la nuit de lundi à mardi.

Pour les équipes de terrain, les travailleurs sociaux qui le connaissaient de longue date c’est le choc. Pour Olivier Hissette, coordinateur adjoint du Relais Social Urbain Namurois "C’est un échec. Une personne qui meurt en rue c’est très difficile pour nous. On doit toujours remettre le travail sur le métier parce qu’on n’arrive pas à convaincre certaines personnes de sortir de la rue et c’est ça qui est très difficile aussi".

Quelques heures avant le décès de Vincent, les travailleurs sociaux étaient passés le voir et lui ont proposé de rejoindre l’abri de nuit, ce qu’il a, comme à son habitude, refusé. Le désœuvrement absolu dans lequel était plongé Vincent nous avait interpellés il y a un an. A l’époque, nous avions posé la question de la responsabilité des autorités locales. Le président du CPAS, Philippe Noël nous avait alors répondu qu’on ne contraint pas une personne à accepter l’aide sociale. Une position sur laquelle il reste aujourd’hui "c’est un choix que nous posons, nous respectons la liberté individuelle. Nos travailleurs passent régulièrement, proposent l’abri de nuit. S’il y a refus, on propose couverture et boissons chaudes".

Doit-on contraindre ?

Dans certains cas, quand la personne se met en danger, ne faut-il pas la contraindre pour la protéger ? "Cette forme de contrainte, elle existe. Elle dépend du procureur du Roi. C’est une sorte de mise sous tutelle. En l’occurrence, dans ce cas, la personne était en pleine possession de ses facultés intellectuelles, elle usait de son libre arbitre. Mais dans des pathologies beaucoup plus lourdes, il peut y avoir une mise sous tutelle" détaille Philippe Noël, "mais c’est au cas par cas, cela dépend de la personne".

Interventions policières en 2018

"On ne contraint pas" c’est donc la position de la ville. Pourtant, en 2018, lors d’une vague de grand froid, le bourgmestre de Namur a pris un arrêté de police pour contraindre toutes les personnes à la rue à être mises à l’abri. Si besoin, la police intervenait. Une décision posée lors "d’un froid morbide" et qui va à l’encontre des libertés individuelles. A l’époque, Stéphanie Scailquin, échevine de la cohésion sociale nous annonçait "Nous préférons prendre un risque juridique plutôt qu’un risque de voir des personnes rester en rue pendant les nuits très froides qui s’annoncent dans les prochains jours".

La mesure a fait débat. La protection de la vie était priorisée sur le respect de la liberté des individus. Au Relais Social Urbain Namurois, quand on évoque cette mesure, on rappelle également qu’elle a eu des répercussions négatives, comme le précise Olivier Hissette. "Un des éléments c’est la confiance. Quand une décision qui part d’une bonne intention – qui est de préserver la santé et la vie de certaines personnes – rond cette confiance, des inquiétudes naissent. On avait des personnes qu’on avait l’habitude de voir dans un squat. Elles ont eu peur et sont parties dans d’autres secteurs où on arrivait plus à les suivre. C’est aussi un risque sur lequel on doit s’adapter".

Quelle solution ?

Impossible d’apporter une réponse tranchée sur une attitude, une responsabilité. La problématique est complexe à l’image de la psyché humaine. Elle requière de la nuance.

Une piste peut toutefois être entrevue, une solution structurelle plutôt que la solution d’urgence qu’est l’abri collectif de nuit. "Du logement, du logement classique" martèle Olivier Hissette du RSUN. "On nous donne des moyens financiers mais on doit trouver de nouveaux propriétaires solidaires. Il y a une pression immobilière très forte à Namur. Qu’on nous laisse la possibilité d’accompagner en logement des personnes qui n’ont a priori pas le profil de locataires pour des propriétaires privés, des personnes depuis plusieurs années à la rue avec des assuétudes. Il y a des réussites. Avec le housing first, on atteint 80 à 90% de personnes qu’on arrive à maintenir en domicile. Ce qui nous manque pour l’instant ce sont des réponses structurelles en matière de logement".

Si les "y’a qu’à", "suffit de" n’ont pas leur place ici. Ce drame humain peut, peut-être susciter une réflexion, un débat sur la place que notre société laisse aux individus, et singulièrement aux plus précaires.

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