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Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence

Vincent Kompany arrête sa carrière de footballeur.

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17 août 2020 à 11:57 - mise à jour 17 août 2020 à 11:57Temps de lecture6 min
Par Lancelot Meulewaeter

Vincent Kompany n’est plus un joueur de football. Le ket d’Anderlecht devenu meilleur défenseur étranger de l’histoire de la Premier League tire sa révérence pour devenir entraîneur de son club de cœur. Malgré ses blessures, sa riche carrière et son aura sur comme en dehors des terrains de football en font l’un des personnages les plus importants de l’histoire du football belge.


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A l'ombre de Saint-Guidon

Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence
Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence ETIENNE ANSOTTE - YVES BOUCAU - BELGAIMAGE

Il y a peu de joueurs dont on peut se remémorer avec précision de la première fois qu’on l’a vu sur un terrain. Un joueur dont la classe vous marque, vous interpelle. Ce sentiment, tous les suiveurs du football belge, même hostiles au Sporting d’Anderlecht, l’ont vécu. C’était avec Vincent Kompany. Un garçon de 17 ans, tout juste passé pro et propulsé titulaire lors d’un tour préliminaire de Ligue des champions au Rapid Bucarest pour son premier match, le 30 juillet 2003. Une classe irradiante, une facilité technique inouïe "pour un défenseur", une polyvalence utile à son coach Hugo Broos. Il ne faut pas énormément de matchs pour comprendre que la Belgique tient le futur patron de son équipe nationale. Car outre les jambes, il y a la tête. Et c’est évidemment Roger Vanden Stock qui en dresse le meilleur portrait. "C’est notre Tiger Woods. Il est parfait bilingue, il est beau", il est bruxellois et sûr de lui… Un trait de caractère qui le suivra tout au long de sa carrière, pour accomplir ses rêves les plus grands.

Le premier de ses rêves, c’est de briller avec Anderlecht. Chose faite puisque pour sa première saison, Anderlecht remporte le titre loin devant les rivaux que sont Bruges et le Standard. Cette année 2004, il remporte également le Soulier d’or à l’âge de 18 ans et 9 mois, devenant ainsi le deuxième plus jeune joueur sacré derrière une idole anderlechtoise, Paul Van Himst. Le temps de remporter un deuxième titre de champion de Belgique (en 2006 sous les ordres de Frank Vercauteren…), Vincent fait ses valises et s’apprête à découvrir l’Europe.

Soulier d'Or 2004 : Vincent Kompany

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Les plus grands ont fait un passage à Hambourg

Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence
Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence Maurizio Gambarini - BELGAIMAGE

Vinceke pose ses valises à Hambourg en 2006 contre la somme de 12,5 millions d’euros. Ses coéquipiers s’appellent Rafael Van Der Vaart, Nigel De Jong ou Jerôme Boateng et le tout ressemble à une joyeuse bande. Même si les résultats suivent (7e place puis 4e la saison suivante), Kompany connaît deux déconvenues terribles : il doit faire face au décès de sa maman Joseline, qui a perdu son combat contre la maladie et le club hambourgeois fait finalement peu de cas du deuil qui est le sien. Obligé de revenir disputer un match important face à Schalke 04 une semaine après ce tragique événement "parce que le transfert a coûté cher", Kompany grince des dents. Dans la foulée, l’épisode des Jeux Olympiques viendra mettre fin à l’idylle allemande. Kompany, qui rêvait d’une médaille olympique aux JO de Pékin 2008, est rappelé par son club après le deuxième match de poules disputé en Chine. Cet incident précipitera son départ vers un club qui s’apprête à dynamiter le paysage footballistique anglais, et dans lequel il va devenir une légende.

La naissance de Vince The Prince

Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence
Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence GLYN KIRK - AFP

Quand Vincent Kompany arrive à Manchester City, il découvre un club tapi dans l’ombre du voisin United, une équipe qualifiée de "noisy neighbor" par les supporters des Red Devils. City est à l’époque le club populaire, un peu crade et dont on se moque. Le dernier titre de champion d’Angleterre date de 1968 et le Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan décide qu’il est temps d’en changer. Quelques mois après l’arrivée de Kompany, il injecte des millions (des milliards ?) de pétro-dollars dans le club, qui va en quelques années devenir une référence mondiale. Les joueurs vont et viennent, le Cheikh n’ayant parfois cure de gaspiller l’argent, mais un seul reste : Kompany. Durant onze années, il a arboré les couleurs du club, pour glaner au passage 4 titres de champions d’Angleterre.

Kompany a tout gagné en Angleterre avec Manchester City. Kompany a tout combattu : le Manchester United tout-puissant de Sir Alex Ferguson, le Chelsea de Mourinho, le redressement de Liverpool. Et il les aura vaincus, souvent.

Il deviendra l’idole des Skyblues, héritant d’un surnom qui se passe de longues explications : Vince The Prince.

Seule ombre au tableau, non des moindres, les blessures du capitaine. Déjà naissants à Hambourg, ses problèmes physiques deviennent récurrents à Manchester City. Les sorties prématurées, à la suite d’un petit coup d’œil vers le banc, sont courantes. Ses saisons sont raccourcies. Au fil du temps, ses entraîneurs ne peuvent plus tout bâtir autour de lui.

Et pourtant, il se bat, reste positif, communique positif et transmet le positif. Chaque fois qu’il est de retour sur le terrain, il preste à un haut niveau. Certains joueurs ont besoin d’engranger les minutes avant de se sentir à fond, Kompany ne sait faire qu’être à fond. Comme ce soir où il offre à Manchester City un quatrième titre d’une frappe rageuse qu’il s’en va célébrer avec les supporters dans une joie sincère et communicative.

A Manchester, qui sait s’il aura droit à sa statue quelque part dans la ville ? Engagé dans la lutte contre le sans-abrisme via l’association Tackle4MCR, diplômé de la Business School de Manchester, lui et cette ville se sont tout donnés. Sauf peut-être une Ligue des champions, son grand regret, plafond de verre impossible à briser, même depuis son départ.

Capitaine et incarnation de la génération dorée

Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence
Vincent Kompany, emblème immense du football belge, tire sa révérence DIRK WAEM - BELGA

Chez les Diables, Kompany fait immédiatement l’unanimité. Dès ses débuts à l’âge de 17 ans lors d’un amical contre la France au Stade Roi Baudoin en février 2004, Kompany affiche son leadership. Atterri dans le creux de la Belgique du football -post Mondial 2002-, Vince fait partie des optimistes qui espèrent pouvoir accrocher un tournoi avant la fin de la décennie. Mais les changements d’entraîneur, le manque cruel de leaders et certaines querelles intestines ne vont pas faciliter son objectif. Sur le terrain, Kompany est trimbalé au back droit, dans l’axe central, au milieu de terrain voire en numéro 10. Tantôt intermittent à cause des blessures qui lui pendent au nez, tantôt leader d’une génération qui devra éclore, Kompany devient l’espoir d’une nation. Espoir qui se concrétise quand, autour de lui, viennent se greffer des Vertonghen, Fellaini, Witsel avec lesquels il partira chercher une quatrième place au tournoi olympique de Pékin.

Kompany connaît finalement son premier grand tournoi au Brésil, première consécration pour une sélection nationale qui est passé par les tréfonds du classement FIFA. La Belgique sera barrée par l’Argentine, sur un but de Higuain consécutif à une lointaine perte de balle de Kompany. Beaucoup lui passeront cette sortie de balle hardie, d’autres pas.

Il ne disputera jamais l’Euro puisque, blessé en 2016 lors de l’édition française, il avait dû faire l’impasse. Son chant du cygne interviendra donc deux ans plus tard. En Russie, il manque la phase de poule sur blessure, revient pour le Japon, est éblouissant face au Brésil et ira chercher, comme ses 22 compatriotes, la meilleure performance belge de l’histoire en Coupe du monde. Son brassard de capitaine cédé à Eden Hazard, Kompany n’en reste pas moins d’une importance capitale dans le vestiaire.

Vincent Kompany dévoile ses anecdotes du Mondial en Russie

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Retour aux sources, entre espoir et désillusion

L’annonce du retour du Prince au Parc s’est faite dans un vacarme ahurissant. A l’époque, Anderlecht dispute un match primordial à La Gantoise. En cas de succès, les Mauves accrocheront l’Europe de justesse, sinon, ils mettraient fin à une série de 56 années consécutives en Europe. Le timing de l’annonce, au matin de cette rencontre pose question. Déboussolés, le staff et les joueurs ne parviennent à rien à la Ghelamco Arena. Marc Coucke a réussi son coup : il a noyé le pire affront du club depuis un demi-siècle par une annonce. Et quelle annonce : Kompany revient. Pas seulement en tant que joueur non, mais en tant que directeur sportif, "inspirateur" et entraîneur. Des casquettes multiples pour un homme qui croit pouvoir tout assumer. Sûr de lui pour les uns, pratiquement mégalomane pour les autres. Les résultats sportifs lui prouvent que tenir toutes ses attributions est intenable. Son pantin Simon Davies saute rapidement, Frank Vercauteren est appelé à la rescousse, des chambardements interviennent dans le Board. Michael Verschueren, totalement dépassé, se fait tout petit, Coucke s’efface. Peu sont ceux qui comprennent encore le fonctionnement de la maison mauve. Après une saison dont on ne saura jamais si les Mauves auraient disputé les PO1 ou PO2 – la faute au COVID, Anderlecht pouvait se lancer dans cette saison avec une base stable. Frank Vercauteren devait assurer comme T1 pendant que le numéro 4 jouait au football. Il n’en est finalement rien. Le retour de Kompany-joueur s’est fait dans un chaos intégral. Le règne de Kompany-entraîneur commence par une certitude : il fera confiance au "process", à la jeunesse bruxelloise qu’il veut faire éclore. Son dernier but, il l’aura marqué face à Eupen. Ce soir-là, Kompany s’était amusé de voir son équipe dérouler (6-1) alors que le public retrouvait goût aux victoires-champagne. Dans un sourire, il avait cédé sa place à Marco Kana, que certains voient comme son successeur. Kompany ne savait pas que c’était son dernier fait d’armes, mais il ne doit pas lui déplaire.

Anderlecht - Eupen : 23 février 2020 (6-1)

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