Virginie Despentes : "Je ne m'habitue pas à l'idée qu'écrire prend du temps"

Virginie Despentes : "Je ne m'habitue pas à l'idée qu'écrire prend du temps"

© Tous droits réservés

26 juin 2017 à 11:30 - mise à jour 26 juin 2017 à 11:30Temps de lecture2 min
Par Margot Dubuisson

Virginie Despentes trempe sa plume dans les blessures, les cicatrices et les laboratoires à espoir de nos temps présents. Attentats, crise multiple et nouvelles tentatives de vivre ensemble : l’écrivaine sonde notre époque.

Le troisième et dernier tome de la fresque romanesque Vernon Subutex est en librairie depuis un mois. Virginie Despentes y raconte l’histoire d’un ancien disquaire qui a connu la galère et les nombreuses péripéties de la vie, liées notamment à la récente actualité. S’il était prévu qu’elle l’écrive en quelques mois, l’écrivaine aura fait attendre son lectorat près de 2 ans. " Ça arrive souvent, j’imagine que j’écris rapidement, puis dans les faits, ça n’est pas le cas ", nous explique-t-elle. " Je n’ai pas eu de blocage, mais les événements comme les attentats du 13 novembre, et de façon générale, les attentats successifs, sont des moments de blocage. Ça parait absurde d’écrire après ça ".

Un moment de désarroi

Pour Virginie Despentes, beaucoup d’écrivains ont été dans le cas, et l’ont vécu comme un moment de désarroi. " On se demande à quoi ça sert de faire ce qu’on fait, il y a un moment de flottement. Puis, au-delà de ça, j’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire, mais écrire est long. Et c’est quelque chose que j’oublie très régulièrement. Je me dis souvent qu’écrire, c’est s’asseoir et écrire 15 à 20 pages par jour, mais en fait, ça ne se passe pas comme ça. Ça fait 20 ans que je le fais, et ça fait 20 ans que je ne m’habitue pas à cette idée qu’écrire prend du temps. "

" J’ai pas remis de talons depuis le 13 " est une phrase qui sort de la bouche d’un des personnages de ce dernier tome. Une façon particulière, pour l’écrivaine, d’aborder les attentats parisiens. " Le personnage en question, une petite femme très féminine, part à un concert de Madonna, 15 jours après les attentats. Elle a toujours marché sur des talons. Juste après les attentats, on a à l’esprit des choses qu’on n’a pas d’habitude, comme par exemple le fait qu’on voudrait pouvoir courir. Avec des talons, il faut vraiment être doué. Même Tina Turner court moins bien en talons qu’en baskets. A Paris, dans les semaines qui ont suivi, tout le monde avait en tête que ça pouvait recommencer à n’importe quel moment ; c’est ça que la phrase veut dire en réalité. On ne pouvait plus marcher sur des trottoirs sans penser qu’on pouvait être des cibles."

 

 

Virginie Despentes : "Je ne m'habitue pas à l'idée qu'écrire prend du temps"

La suite de l'interview de Virginie Despentes, dans "Dans quel monde on vit", avec Pascal Claude.

Sur le même sujet

Virginie Despentes créée une maison d’édition dédiée à la culture queer et au féminisme

Littérature

Articles recommandés pour vous