Sous couverture

Virginie Despentes : tout sauf une connasse !

Virginie Despentes dans "Sous Couverture" en compagnie de Thierry Bellefroid et Lucile Poulain

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Pour entamer cette quatrième saison, Thierry Bellefroid et Lucile Poulain accueille Virginie Despentes devenue une figure incontournable de la scène littéraire française. Son dernier roman Cher connard s'impose d'ores et déjà comme l'évènement de la rentrée littéraire. En pleine tournée promotionnelle, elle a trouvé le temps de venir présenter son dernier livre dans Sous Couverture ce dimanche 11 septembre à 23h10 sur La Trois !

"Cher connard" de Virginie Despentes paru chez Grasset

A moins que vous ne viviez sur une autre planète, difficile d'être passé à côté de Cher connard, le dernier livre de Virginie Despentes sorti mi-août ! Un titre qui claque et qui semble présager que ceux qui vont se prendre une claque, ce sont les hommes qui n'ont pas encore pris la mesure du mouvement #MeeToo. Eh bien pas du tout ! Près de 30 ans après Baise-moi et cinq après sa trilogie à succès Vernon Subutex, l'autrice revient avec un roman épistolaire qui prône le dialogue et chérit la nuance.

D'un côté, Rebecca, une actrice de 50 ans qui a basé sa carrière sur sa beauté et dont l'individualisme n'a d'égal que son non-conformisme. Elle sent que le vent est en train de tourner à la fois dans sa carrière et dans ses rapports masculins.

De l'autre, Oscar, un écrivain autrefois prometteur  qui se retrouve malmené sur les réseaux sociaux car il est accusé d'avoir harcelé son ancienne attachée de presse dix ans plus tôt. Ce qui ne l'empêche pas de faire des réflexions peu aimables sur l'actrice vieillissante auxquelles l'actrice répond en l'envoyant dans les cordes dans un message commençant par "Cher connard"... Très vite, la prise de bec se transforme en dialogue où tous les sujets sont abordés :  la tyrannie des réseaux sociaux, #MeToo, les addictions, le féminisme,  les diktats du jeunisme, le covid, les transfuges de classe.

Un parcours chahuté

Virginie Despentes nait à Nancy en 1969 dans une famille de postiers aux idées très engagées. Sa mère milite au planning familial et lui met dans les mains très jeune, Simone de Beauvoir et Gloria Steinen. Mais l'adolescente est difficile et ses parents sont forcés de la placer en institut psychiatrique. A 17 ans, elle quitte l'école mais passe quand même son bac en candidate libre.

17 ans, c'est aussi l'âge où elle se fait violer en revenant en stop d'un voyage à Londres. Après avoir été dans le déni pendant des années, elle reconnaitra vingt ans plus tard que ce viol a été "fondateur, de ce que je suis en tant qu'écrivain, en tant que femme qui n'en est plus tout à fait une. C'est à la fois ce qui me défigure et me constitue."

A 18 ans, direction Lyon où elle s'inscrit dans une école de cinéma. Elle enchaine les petits boulots : disquaire, vendeuse, pigiste dans des magazines de rock. Elle se prostitue à l'occasion via le Minitel rose pour se renflouer. Ajoutez y une bonne dose d'alcool et de drogue et vous comprendrez mieux pourquoi la violence et le sexe sont en filigranes dans toute son œuvre.

Elle touche par la sincérité de ses combats

"King-Kong théorie" de Virginie Despentes

Avec son premier roman Baise-moi, elle choque par sa révolte, sa colère, son coté trash. Elle fréquente principalement les milieux post-punk et underground et fait figure d'ovni.

Elle sort plusieurs romans dont Les jolies choses avec un succès grandissant. Mais le livre qui va vraiment changer sa relation avec son lectorat, c'est son essai autobiographique, King-Kong Théorie en 2006 où elle parle de sa vie, de son viol, de ses galères et de sa reconstruction. Elle touche par sa sincérité et incarne désormais une figure de  résistance à la violence du patriarcat et à l'oppression des femmes.

Des chroniques incendiaires

Trente ans après son premier roman, l'ancienne punkette s'est nettement assagie même si certaines de ses chroniques au lance-flammes peuvent laisser penser le contraire. Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, elle écrit sous le choc ces quelques lignes où elle dit que dans un premier temps, elle a aimé tout le monde :

tous les journalistes, les dessinateurs, les crétins qui n'étaient pas Charlie. J'ai été Charlie, le balayeur et le flic à l'entrée. Et j'ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes.

Avec ces quelques lignes sorties de leur contexte, on l'a accusée de "soutenir" les frères Kouachi alors que sa chronique dénonçait la masculinité mortifère. Ces quelques mots, on les lui ressort invariablement pour la discréditer notamment après une autre sortie célèbre "On se lève et on se casse", écrite le lendemain de la Cérémonie des Césars où Polanski reçut celui de Meilleur réalisateur en 2020.

Pourtant, Virginie Despentes aime la nuance mais comme elle le dit très judicieusement dans Télérama :

Je n'ai pas le même ton quand j'écris des articles ou un essai et quand j'écris un roman. La fiction n'est pas un endroit où l'on est en train de militer. Comme lectrice, j'aime être mise en difficulté, déstabilisée. Le roman est cet espace génial où l'on peut dire "j'en sais rien", et c'est ce qui m'arrive en tant qu'auteure de ce livre, c'est un moment où j'en sais rien.

L'oreille absolue

Cet aveu de doute est à nouveau, la preuve de la sincérité de l'autrice. Son ancien compagnon Paul B. Preciado disait qu'elle avait "l'oreille absolue" tant sa qualité d'écoute est remarquable. Et c'est vrai qu'elle n'a pas son pareil pour sentir une époque, croquer ses personnages. Elle a toujours ses colères, ses convictions mais elle les confronte à celles des autres. Elle donne la parole à d'autres classes sociales, à d'autres points de vue, elle a de la tendresse pour les ambivalences de chacun et cherche les points de convergence chez ceux que tout semble opposer. Cher connard n'est rien d'autre que le parcours de deux extrêmes qui, à travers leur dialogue épistolaire, apprennent à devenir moins "connards".

Pour revoir l'émission du dimanche 11 septembre dans Sous Couverture avec cette figure incontournable de la littérature française contemporaine, c'est juste ici en dessous  !

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