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Vivons cachés : faut-il se méfier des smartphones chinois ?

Vivons cachés

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Ce sont des marques de renommée internationale : Xiaomi, Huawei, Oppo, One plus. Tous fabricants de smartphones chinois.

Leurs appareils sont soupçonnés d’espionnage par les services de renseignements en Belgique, comme ailleurs dans le monde. La Sûreté de l’Etat appelle à la prudence dans leur utilisation.

Eux, ils ont une autre vision. L’Etat a accès à tout.

"Nos lois ne sont pas les lois chinoises"

Axel Legay, professeur à l’école polytechnique de l’UCLouvain et spécialiste en cyber sécurité avertit : "Il y a quelque chose de fondamental d’abord que le citoyen doit comprendre, même si c’est brutal : c’est que nos lois ne sont pas des lois chinoises. Nous, on a le RGPD, le Règlement Général de Protection des Données, ça nous protège. Eux, ils ont une autre vision. L’Etat a accès à tout. Et si vous êtes un mauvais citoyen, et bien, quand vous entrez dans la ville, votre nom est sur un panneau et on sait que vous êtes un brigand."

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La loi chinoise impose d’ailleurs à ses industriels de collaborer avec les services de renseignements de l’Etat : "Et donc, les téléphones chinois, l’Etat doit pouvoir y accéder quand il le veut ! Pour nous, Européens, c’est dégueulasse, c’est honteux… Mais en Chine, c’est tout à fait légal et les citoyens trouvent même que… Pourquoi pas ?", insiste Axel Legay.

Des logiciels qui livrent tout aux autorités chinoises

Ainsi, le web browser des téléphones chinois, le logiciel qui permet de naviguer sur internet, va non seulement bloquer les recherches soumises à la censure mais aussi, systématiquement, transmettre aux autorités tout ce que l’utilisateur fait sur le web.

"Ce qui se cache derrière, c’est ce qu’on appelle une 'back door' (NDLR : une porte dérobée). En fait, quand vous allumez le web browser, il se connecte à un serveur, vous ne le voyez pas. Et il est très clair que des marques de smartphone ont des web browsers avec des portes dérobées pour permettre à l’Etat chinois de siphonner des données."

Quant aux firmwares, les logiciels embarqués qui font fonctionner les smartphones, ils font eux aussi l’objet de suspicion :

"C’est le logiciel qui permet de gérer le matériel : ressources, coordination des processeurs, démarrage du téléphone… Ces logiciels, vous ne les voyez pas, vous n’y avez pas accès. Il est très difficile de comprendre ce qu’ils font. Et même si actuellement on n’a pas de preuves qu’ils transmettent des infos, on n’a pas de preuves non plus qu’ils n’en transmettent pas. Et donc, là, il y a quand même un gros risque. On est face à un Etat que cela ne gêne pas."

Suivre des dissidents ou espionner des politiques européens

Mais que pourrait faire le régime chinois des milliards de données siphonnées par le biais des portables ?

"Cette masse de données, elle vaut son pesant d’or ! Des données, ça se vend. Votre comportement, votre façon d’être, la façon dont vous vous comportez le soir chez vous… Commercialement, c’est super intéressant ; si j’en ai des millions comme vous, je sais à peu près comment je dois orienter le marketing de mes futurs produits. La Chine crée beaucoup de produits et a besoin d'en faire un business. Dans d'autres cas, parfois, c'est aussi l’occasion de suivre certains dissidents ou d’espionner certains politiques européens."

Même si ce n’est pas chinois, votre téléphone portable est un espion.

Alors les smartphones chinois sont-ils des espions que l’on porte sur nous en permanence ?

"De prime abord, même si ce n’est pas chinois, votre téléphone portable est un espion. Sachez que votre GSM collecte énormément d’informations sur vous. Ça reste un espion et vous aurez toujours des applications un peu dissidentes que vous aurez envie d’installer, et un jour vous vous ferez prendre. Un téléphone est un espion, donc moi je conseille toujours, pour des informations très sensibles, ne le prenez pas ! On ne sait jamais avec le matériel. Avec la Chine, on ne discute pas."

Des applications suspectes

Mais alors que dire des applications chinoises que l’on télécharge sur nos téléphones portables : WeChat, le Whatsapp chinois, ou TikTok qui dépassent toutes deux le milliard et demi d’abonnés dans le monde ?

Honnêtement, pour nos enfants, TikTok n’est pas sain

"Pour moi, l'existence de TikTok est un risque. Honnêtement, pour nos enfants, TikTok n’est pas sain. Moi je me méfie de ces réseaux sociaux qui se retrouvent dans la vie la plus intime de nos adolescents, dans leur chambre le soir… Ces réseaux sont une porte ouverte à l’espionnage. Et un risque."

Devant ce siphonnage potentiel de nos données personnelles depuis nos smartphones, Axel Legay, spécialiste en cybersécurité, nous invite à une prudence de tous les instants : "Je ne sais pas, vous avez une photo de vous tout nu, avec un bouton de fièvre sur le ventre, vous avez voulu photographier ça pour le montrer à votre médecin, vous l’avez laissé sur votre téléphone. La photo peut très bien se retrouver en Chine."

"J’ai pris cet exemple à dessein pour ne pas prendre un exemple sexuel. Sachez que certains patrons d’entreprise vous trouveront cinglé que vous preniez en photo cette partie de votre corps et que vous laissiez ça sur votre téléphone. Et s’ils le savent, ils ne vous engageront pas."

Votre smartphone, votre meilleur ennemi

Compagnon de chaque instant de votre vie, le téléphone portable pourrait devenir votre meilleur ennemi.

On doit toujours partir du postulat que ce matériel peut tomber entre de mauvaises mains.

"Le téléphone portable, c’est un ordinateur avec de multiples points de communication. Micro, caméra, appareil photo, de multiples applications qui la plupart du temps ne sont pas sécurisées. Donc ça reste un ennemi, bien sûr. Moi je vous incite à ne pas faire de vidéo, de photos compromettantes, n’allez pas transmettre par Whatsapp ou autre des choses personnelles. On doit toujours partir du postulat que ce matériel peut tomber entre de mauvaises mains parce qu’il est volé ou parce que quelqu’un pénètre dessus ou encore parce que le matériel communique. N'allez donc pas lui donner vos informations les plus intimes, c’est extrêmement dangereux ! Votre téléphone a une mémoire infinie. Il garde tout, il n’oublie rien. C’est formidable quand on met la main dessus ! Donc si vous lui donnez tous vos secrets, il y a un risque."

Bien meilleur marché que des modèles concurrents, les téléphones chinois ont trouvé acquéreur sur le marché international.

La technologie qu’ils renferment permet potentiellement l’espionnage systématique de l’utilisateur. L’Europe aura beau réglementer, elle restera bien incapable de contrôler le fonctionnement et les intrusions dans la vie privée d’appareils qui ne sont pas fabriqués sur son territoire.

Les algorithmes cadenassent nos choix. Les data brokers siphonnent en permanence nos identités numériques. Les cookies nous imposent de troquer nos anonymats pour une publicité mieux ciblée. Les logiciels espions nous observent. Dans 10 ans, les géants du web, les GAFAM, auront probablement collecté à propos de chacun d’entre nous plus de 70.000 points d’information. Sans que nous en ayons forcément conscience… Pour l’instant nous laissons faire, jusque quand ? Une série sur les derniers échos du concept de vie privée réalisée par Régis De Rath, à écouter sur Auvio.

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