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Vivons cachés : un Métavers, pour quoi faire?!

Vivons cachés

Le metavers

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07 févr. 2022 à 09:56 - mise à jour 08 févr. 2022 à 15:00Temps de lecture7 min
Par Régis De Rath avec Maurizio Sadutto

Dans le film de démo qu'il consacre à son projet de Métavers, Marc Zuckerberg nous livre durant près d'une heure et quart l'étendue de son projet :

"Imaginez, vous mettez votre casque de réalité virtuelle et vous vous retrouvez instantanément chez vous. Il y a votre environnement habituel, recréé virtuellement. Il y a aussi des éléments qui ne sont possibles que dans le monde virtuel. Et puis, il y a une vue magnifique sur ce que vous avez toujours trouvé de plus beau au monde !"

Soudain, un message arrive sur sa montre :

- Hé ! Tu nous rejoins ? souffle une voix féminine.

- Oui il faut que je me trouve quelque chose à mettre!, répond Mark Zukerberg en faisant défiler les tenues dans une garde-robe virtuelle.

"Ça c’est cool !", dit-il en choisissant la tenue, sweat-shirt-jeans qu'on lui connait le plus souvent.

Et le voilà téléporté dans une "spaceroom", une salle de réunion dans l’espace. Il y retrouve ses amis, enfin… les avatars de ses amis. L’un des intervenants flotte dans la pièce. L’autre a pris la forme et l’allure d’un robot. 

Mark Zuckerberg nous livre la description de ces ambitions folles : "Ceci est un aperçu de ce que nous mettons en place pour mener une vie sociale dans le Métavers. Le plus important c’est l’impression d’y être. Vous aurez vraiment la sensation d’être présent avec d’autres. Vous saisirez l’expression de leur visage, vous verrez les mouvements de leur corps.

Ensuite, il y aura les avatars c’est-à-dire la façon dont nous serons représentés dans le Métavers"

Une expérience immersive dans un univers où tout sera possible : jouer, visiter, apprendre, créer, acheter, tel est la promesse du Métavers. Un monde fictif sans aucune limite, accessible à l’aide d’un casque de réalité virtuelle.

"Quand vous êtes avec le casque vous êtes plongés dans cette réalité", commente Hugues Bersini, le directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de l’ULB. Il a testé les dernières générations de casques 3D. "On peut imaginer toutes les réalités! Des réalités qui sont proches de l’existence, des réalités qui ont existé, des réalités en devenir. On peut voler, on peut se retrouver dans un océan et nager ensemble dans cet océan. C’est assez extraordinaire, vous êtes vraiment plongés dans des univers, vous avez vraiment l’impression d’y être".

Pour Mark Zuckerberg, l’avenir… c’est donc la téléportation !

"Se téléporter dans le Métavers sera comme cliquer sur le lien d'une page web. On prendra aussi l’habitude d’être des hologrammes à l’avenir. Vous pourrez aussi prendre vos affaires et vous projeter dans le monde réel par le biais de votre hologramme grâce à la réalité augmentée"

L’utilisateur du casque de réalité virtuelle oculus de Meta, accède déjà à Horizon Home. Marc Zuckerberg est déjà un cran plus loin : "Bientôt, nous introduirons une version " réseau social " de HOME.  Vous pourrez y convier les avatars de vos amis. Passer un moment ensemble, regarder des vidéos, vous projeter dans des applications ensemble".

La prochaine étape sera ni plus ni moins de projeter l’internaute dans Horizon world : "Vous pourrez y inventer des mondes et partir à leur découverte avec des amis". Et c’est déjà très concret, comme le précise le patron de Meta, "On a commencé à bosser sur la version d’essai d’HORIZON WORLD l’année dernière. On ajoute des participants et des nouveaux mondes chaque jour. On vient aussi de lancer HORIZON WORK SPACE au début de cette année pour les collaborations professionnelles".

De nombreuses questions éthiques

Axel Legay est professeur à l’école polytechnique de l’UCLouvain et il n’est pas forcément rassuré par ce que nous réserve le Métavers : "Pour aller dans cette réalité virtuelle, il va falloir vous équiper de casques, il va falloir vous équiper de capteurs sensoriels, nos amis venus de Chine aiment bien ça. Dans ces capteurs, dans ces casques, ils adorent mettre des petites puces qui permettent de collecter des informations sur vous. Donc vous pouvez très bien vous trouver dans un Metavers dont la collecte des données vous semble sécurisée, mais en fait en utilisant un matériel qui lui ne l’est pas!"

La technologie en tout cas progresse à grands pas…

Dans le Métavers, l’hologramme de votre meilleur ami vous rejoint au concert. Vous dansez ensemble. Vous pouvez même y décrocher des passes pour l’afterparty. Dans le décor de cette "after", des accessoires que vous pourrez acheter pour votre avatar, histoire de ne pas passer pour un ringard…

Et Marc Zuckerberg compte encore décliner le concept :

"On construit aussi "HORIZON MARKET SPACE" où les créateurs pourront vendre leur objet en 3D.  Et pour être sûr que l’on puisse développer un écosystème solide dans le Métavers, des centaines de milliers de développeurs bossent sur les concepts qui seront nécessaires pour les rendre vivants".

"La vraie question éthique elle commence avec la question : Un Métavers, pour quoi faire ?", alerte Mark Huyandi. Il est professeur de philosophie à l’UCLouvain : "Qu’est-ce que veut ce projet du Métavers ? C’est de nous plonger dans le numérique pour accroître notre dépendance, étant entendu que c’est la prochaine manière de gagner beaucoup, beaucoup d’argent. Déjà actuellement, l’industrie de la mode a investi des milliards ! De la mode ! Pour habiller les avatars… Il s’agit d’observer nos comportements pour pouvoir les influencer, et donc la question éthique, c’est : Est-ce que nous les laisserons faire ?".

Des addictions à craindre dans un monde totalement fantasmé

Bientôt nous enfilerons des combinaisons sensorielles afin de ressentir ou amplifier toutes les sensations corporelles du monde réel.

"Bien que seul dans votre chambre, vous allez pouvoir partager des expériences communes dans une réalité complètement fantasmée", explique Hugues Bersini, le directeur du laboratoire d’intelligence artificielle à l’ULB.

"C’est sûr qu’il va y avoir un côté addictif, parce que ça va être extraordinairement prenant, ça va être une drogue, cette histoire-là. On verra ce que ça commet sur la psychologie des individus".

Angela Chang est la directrice de recherche des casques de réalité virtuelle chez Meta, elle détaille les prochaines étapes : "L’année prochaine nous lancerons un nouveau produit qui va encore repousser les limites de la réalité virtuelle. Son nom de code est "PROJET CAMBRIA". Votre avatar pourra avoir des contacts visuels hyper naturels et transmettre exactement vos expressions en temps réel".

Dans le film de présentation de Meta par Marc Zuckerberg, les avatars en réalité augmentée ont déjà atteint un réalisme tout à fait bluffant.

Axel Legay est professeur à l’école polytechnique de l’UCLouvain, spécialiste en cyber sécurité, il est très inquiet : "Avec les avatars, on va pouvoir collecter des données de type biométrique, qui sont en fait les données les plus protégées par les règlements, les données les plus personnelles. Sachez qu’en 20 minutes d’utilisation d’un avatar, vous stockez à peu près 20 millions de mouvements. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’avec ces 20 millions de mouvements, vous avez l’empreinte génétique unique d’un citoyen!"

Quelles seront les frontières entre les mondes réel et virtuel dans quelques années ? Le Métavers pose nombre de questions éthiques et philosophiques, tant les risques sont élevés de créer des univers totalement fantasmés et de s’y enfermer.

Les algorithmes cadenassent nos choix. Les data brokers siphonnent en permanence nos identités numériques. Les cookies nous imposent de troquer nos anonymats pour une publicité mieux ciblée. Les logiciels espions nous observent. Dans 10 ans, les géants du web, les GAFAM, auront probablement collecté à propos de chacun d’entre nous plus de 70.000 points d’information. Sans que nous en ayons forcément conscience… Pour l’instant nous laissons faire, jusque quand ? Une série sur les derniers échos du concept de vie privée réalisée par Régis De Rath, à écouter sur Auvio.

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