RTBFPasser au contenu
Rechercher

Chroniques

Vivre avec le virus ou le combattre ?

23 sept. 2020 à 06:03 - mise à jour 23 sept. 2020 à 06:03Temps de lecture3 min
Par Bertand Henne

Le Conseil national de sécurité se réunit ce matin, l’objectif est simple, reprendre en main la gestion de l’épidémie. Les chiffres sont têtus, contaminations et hospitalisations sont à la hausse, comme d’ailleurs dans la plupart des pays européens. Ces pays ont pour la plupart resserré leurs dispositifs. Israël a procédé à un confinement généralisé, l’Espagne a bouclé certains quartiers de Madrid, le Royaume uni a décidé d’un couvre-feu et d’une règle des 6 par foyers qui ressemble beaucoup à notre bulle de contact.

Chez nous, comme en France, les autorités semblent hésiter. En tout cas elles ne sortent pas les trompettes pour battre la remobilisation générale.

Nous faisons face à un phénomène de fatigue et de démobilisation de la population. Du coup, chez nous comme en France le nouveau discours qui s’installe n’est plus tellement de combattre l’épidémie mais de "vivre avec le Virus" et d’éviter autant que possible les mesures qui touchent à la vie économique et sociale. Ce nouvel équilibre s’est incarné à travers le Celeval, le groupe d’expert qui conseille le gouvernement. Moins de virologues, mais par exemple une représentante du secteur événementiel, ou un économiste de la santé, un chef d’entreprise, des hauts fonctionnaires.

"Vivre avec le virus", c’est évidemment très bien comme concept, toute la question étant de savoir si le "virus va nous laisse vivre"/ Ce n’est pas du tout, du tout certain à l’heure ou l’on parle.

Vivre avec le virus ?

Vivre avec le virus cela veut dire quoi ? L’idée est d’arriver avec un paquet de mesures simplifiées et compréhensibles. Simplifiées et surtout moins contraignantes. Par exemple, la bulle des 5 disparaîtrait pour un code couleur. Fini les limites pour les événements, on passerait à un code en fonction de la situation des lieux, la taille de la pièce, les places assises disponibles.

Le problème donc : comment rencontrer ce souci d’assouplissement alors que les chiffres remontent très vite et qu’il existe aussi un souci de remobilisation ?

Il n’est pas certain que ce soit possible, tant cela dépend du constat de base quant à la dangerosité actuelle de l’épidémie. Depuis un mois un débat très rude oppose par exemple Lieven Annemans, membre du Celeval, économiste de la santé, qui estime qu’aujourd’hui les mesures sont disproportionnées et inutilement anxiogènes et Marc Van Ranst, virologue qui estime, lui, que l’évolution des chiffres est inquiétante et nécessite une réponse.

Décision politique

Comme le disait le philosophe Allemand Jurgen Habermas : "La scène où se déroule une action politique plongée dans l’incertitude aura rarement été éclairée d’une lumière aussi crue". Il a dit ça au début de l’épidémie. On ne se doutait pas que l’incertitude serait encore aussi grande 6 mois plus tard. L’exercice de la décision publique relève de la gestion des risques. Si on met tout en œuvre pour diminuer le risque d’infection, ont fait grandir le risque de détérioration du climat social et économique.

Mais dans cette nécessaire et complexe équation Jurgen Habermas mettait en garde contre la tentation utilitariste : doit-on être prêt à risquer une 'saturation' du système de santé, et donc des taux de mortalité plus élevés, pour redonner de l’essor à l’économie et atténuer ainsi le désastre social d’une crise économique ? Il y a 6 mois il était évident pour lui, que "les droits fondamentaux interdisaient aux institutions étatiques toute décision qui s’accommode de la mort de personnes physiques", il fallait donc mettre en œuvre une politique pour combattre le virus.

C’était il y a 6 mois, à l’époque l’évidence d’Habermas s’imposait presque partout en Europe et en Belgique, les Etats ne pouvaient pas laisser mourir des gens par calcul utilitariste. Il fallait tout mettre en place pour sauver un maximum de vies. Ce n’était pas le cas aux Etats Unis ou au Brésil ou on a choisi de "vivre avec le virus". Le Royaume Uni et la Suède ont hésité, leur cas est plus complexe.

Ça, c’était il y a 6 mois. Le choix entre une logique utilitariste et une logique des Droits fondamentaux posée par Habermas est en réalité toujours le même aujourd’hui. Il n’est pas certain par contre que la réponse soit la même.

Articles recommandés pour vous