Belgique

Voitures électriques : plus de risques d’accidents, mais pourquoi ?

Une image d’un crash test organisé par AXA en Suisse pour communiquer autour de la sécurité des voitures électriques. La maîtrise de l’accélération apparaît comme un point clef.

© VRT – RTBF

26 août 2022 à 16:14Temps de lecture4 min
Par Sylvia Falcinelli, avec Manu Delporte

La branche suisse de l’assureur AXA a décortiqué ses données d’accidents. Un échantillon de 1285 clients a été analysé. Il en ressort que les conducteurs de voitures électriques font plus d’accidents que les autres, comme le rapportent nos confrères de Sud Presse et de la VRT. 

"Dans nos statistiques, nous avons constaté que les conducteurs de véhicules électriques provoquent 50% de collisions en plus que les voitures à moteur à combustion", explique Michael Pfäffli, responsable des accidents et de la prévention chez Axa en Suisse. "En particulier, les conducteurs de voitures électriques puissantes causent deux fois plus d’accidents qu’avec des voitures standards."

Accélération surprenante

La raison principale, c’est la réactivité de la voiture quand on appuie sur l’accélérateur. Une spécificité qui peut surprendre et à laquelle les conducteurs ne sont pas encore habitués.

"La pédale d’accélérateur est beaucoup plus sensible", explique Laurent Simon, le responsable des produits IARD (incendies, accidents, risques divers) chez AXA en Belgique. "Ces véhicules sont en moyenne plus puissants que le reste du parc automobile et en plus la propulsion électrique génère une accélération plus importante. Il faut apprendre et être conscient de cette différence de sensibilité en prenant la route. Il y a aussi un mécanisme de freinage dès qu’on lève le pied de la pédale, il faut aussi s’habituer."

"C’est dû au couple du moteur : la force avec laquelle le moteur fait tourner les roues", complète Benoit Godart de l’Institut de sécurité routière Vias. "Dans les moteurs électriques il y a un couple immédiat, donc on utilise tout de suite la pleine puissance du moteur, ce qui n’est pas le cas dans un moteur à combustion où la force s’accumule au fur et à mesure que le régime augmente."

D’après une enquête européenne récemment publiée par Vias et menée auprès des conducteurs de véhicules électriques en Belgique, deux sur trois se disaient parfois surpris par l’accélération.

Extrait de l’enquête menée par Vias

Adapter son style de conduite

Conséquence de ces différences : il faut s’adapter. "On ne conduit pas une voiture électrique comme une voiture à combustion", commente Benoit Godart. "Il faut être conscient que l’on dispose immédiatement de la pleine puissance de son moteur et donc y aller modérément quand on appuie sur la pédale d’accélérateur, sinon on peut être surpris et ça peut avoir un effet négatif sur la sécurité routière."

Pour Sabrina Parant, journaliste spécialisée en automobile et mobilité, la nécessité d’adapter son style de conduite n’est cependant pas propre à la conduite de véhicules électriques : "On aura la même problématique si vous conduisez depuis 20 ans un modèle thermique avec 80 chevaux et que du jour au lendemain, vous passez à un modèle sportif, thermique, avec 350 chevaux en propulsion. Vous devrez aussi adapter votre conduite et faire en sorte de rester maître de votre véhicule et comprendre ce qui se passe".

Ça reste le pied du conducteur qui donne l’accélération

Pour Sabrina Parant, il ne serait pas constructif de tomber dans un clivage "électrique versus thermique" car, estime-t-elle, "ce n’est pas le véhicule qui est dangereux, c’est la personne derrière le volant qui peut avoir un comportement dangereux – ça reste le pied du conducteur qui donne l’accélération". 

Et de donner ce conseil valable pour tous les automobilistes : "Quand on change de véhicule, il faut apprendre, soit par vous-mêmes, soit en faisant appel à des professionnels – des pilotes, des instructeurs. Il y a des centres de formation qui forment à ces véhicules électriques ou hybrides ainsi qu’à l’éco conduite".

Notre consœur spécialisée pointe aussi le manque de précision dans les chiffres fournis par AXA, qui rendent plus difficile leur interprétation complète : "Ici, on ne sait pas quelle est la base de référence : s’agit-il d’une comparaison de tous les véhicules, ou de véhicules de même puissance, est-ce qu’on compare également des profils identiques des conducteurs – on sait que l’âge, l’expérience, l’endroit géographique... ont un impact. Tous ces éléments, on ne les voit pas. On a des chiffres qui ne sont pas très parlants."

Une image du crash test organisé par AXA. La maîtrise du feu est plus lourde concernant les voitures électriques.
Une image du crash test organisé par AXA. La maîtrise du feu est plus lourde concernant les voitures électriques. VRT-RTBF

Les véhicules électriques, plus lourds

Il faut souligner que de façon générale, le poids de la voiture - électrique ou pas - a un impact sur la gravité des conséquences de l’accident, en particulier pour les autres usagers. Or ce poids est aujourd’hui en moyenne plus élevé du côté des électriques. "Grosso modo entre un modèle électrique et un modèle à combustion thermique, il y a systématiquement une différence de 400 à 500 kilos et ça, c’est énorme. C’est dû au poids très important des batteries", constate Benoit Godart. 

"Il faudra faire des efforts pour réduire le poids des batteries sinon on risque d’avoir des effets négatifs sur la sécurité routière qui vont se traduire par des accidents plus graves. Pour les usagers faibles, on sait que le risque d’être gravement blessé pour un piéton est 33% plus élevé quand il est heurté par une voiture de 1600 kg plutôt que 1200 kg."

Une conclusion tirée d’une étude de grande ampleur menée par Vias sur tous les accidents survenus entre 2017 et 2020 en Belgique (publiée en mai 2022). On y lit également que le risque de blessures mortelles augmente de 50% si l’usager vulnérable est heurté par une voiture dont le poids est environ 600 kg plus élevé (par une voiture de 1800 kg au lieu de 1200 par exemple).

Les chiffres actuels montrent aussi que sur nos routes, les modèles de véhicules électriques en circulation sont en général plus imposants : "Quand on regarde le top 10 des immatriculations, ce sont uniquement des gros modèles. Ça veut dire que les marques automobiles ont fait beaucoup d’efforts pour développer des moteurs assez puissants. Ces voitures sont aussi plus lourdes. Il faudra faire attention dans les années qui viennent à ne plus avoir de surenchère."

À noter que les véhicules électriques qui prennent feu sont aussi plus difficiles à gérer : il faut dix fois plus d’eau ainsi que des techniques d’évacuation plus lourdes étant donné que le risque d’incendie peut perdurer plusieurs heures après l’accident.

Un pour cent

Un chiffre pour terminer : en Belgique, l’ensemble du parc automobile compte environ 70.000 voitures full électriques (sans compter les hybrides donc). Cela représente environ 1%. Une infime minorité dont le nombre augmente tout de même rapidement : "Environ 9% des immatriculations sont des full électriques depuis le début de l’année, donc environ 17.000 voitures, en 7 mois. C’est une énorme progression". L’an dernier il y avait eu 22.000 immatriculations de full électriques sur toute l’année.

Voitures électriques : trop puissantes ?

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