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Vos parents ne sont plus vos parents !

Emmanuel Ballet de Coquereaumont : "Un parent accompagne un enfant à grandir mais ne permet pas à un adulte de s’épanouir"
08 déc. 2020 à 07:36Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première
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Vos parents ne sont plus vos parents… Cette pensée résonne pour beaucoup d’adultes comme un coup de tonnerre. Or, l’idée très simple que vos parents n’ont plus à jouer de rôle parental peut en réalité être un véritable soulagement. Nous sommes nombreux à souffrir d’une relation parfois compliquée et un peu ambiguë avec nos parents, ou disons plutôt, nos ex-parents. Et si nous pouvions avoir avec eux une relation différente, en grandissant ? Dans Vos parents ne sont plus vos parents (Ed. Eyrolles), Marie-France et Emmanuel Ballet de Coquereaumont nous livrent les clés pour réajuster la relation avec nos parents à l’âge adulte.

Ce sujet est complètement tabou et fait d’ailleurs l’objet de peu d’études. On ne réinterroge pas cette relation enfant-parent à l’âge adulte et pourtant, en tant que psychopraticien, Emmanuel Ballet de Coquereaumont a pu observer à quel point elle est cadenassée. Nous avons tendance à nous suradapter à notre environnement familial et à conserver des comportements qui ne sont pas forcément très justes ni adaptés à l’égard de nos parents, explique-t-il. Cela se traduit par un mode de pensée, des sentiments, des comportements qui limitent l’authenticité dans ces rapports ex-parents/ex-enfants.

"On reste toute sa vie l’enfant de son parent,
mais pour autant, un parent d’adulte, ça n’existe pas."

Il y a une confusion entre la filiation et la fonction parentale. La filiation n’est évidemment pas à remettre en cause, on reste le parent de, l’enfant de. Mais elle est confondue avec la fonction parentale, qui, elle, est une fonction à durée déterminée.

"Un parent accompagne un enfant à grandir
mais ne permet pas à un adulte de s’épanouir."


Quels sont les signes d’une relation cadenassée ?

Parce qu’on a tendance à idéaliser ses parents, il n’est pas facile de s’interroger sur la relation ex-parent/ex-enfant, de pouvoir repérer les signes de ce dysfonctionnement relationnel.

A la base, la relation parent-enfant à l’âge adulte est souvent dissymétrique et hiérarchique, en faveur du parent. "Il existe sans qu’on le sache une forme de loyauté envers le parent, comme si l’on était redevable pour les soins, l’amour ou les opportunités qu’il nous a offerts. Dans cette idée de loyauté et de dette, l’ex-enfant ne remet pas en cause la relation, alors que parfois elle le fait souffrir. C’est difficile pour la plupart des adultes, dans ce cas, de se donner les moyens de transformer ce qui ne fonctionne pas."

Parmi les signes de cette relation cadenassée, il y a d’abord la difficulté à réaborder les souffrances du passé, l’injustice avec laquelle on a été traité, enfant.

Beaucoup ressentent aussi une culpabilité à évoquer le passé ou à exprimer leur ressenti, de peur d’être en faute ou de faire du mal à leurs parents.

Il y a enfin la dimension énergivore. On ressent que cette relation avec nos ex-parents nous pompe énormément d’énergie, nous fatigue considérablement, ce qui montre que quelque chose ne fonctionne pas.


Que faire pour guérir ?

En tant qu’adulte, on a cette responsabilité vis-à-vis de nos blessures, de nos carences de l’enfance, souligne Emmanuel Ballet de Coquereaumont. Un parent ne peut pas accompagner un adulte à s’épanouir. Parce que l’adulte doit apprendre à devenir son propre parent pour lui-même.

On a le droit de dire que cette relation ne va pas, pour pouvoir l’améliorer. On a le droit de s’autoriser à être un adulte face à son parent, pour obtenir un équilibre dans la relation.

"Comment répondre à ce vécu enfantin toujours présent en nous ? Comment répondre à ces besoins qui n’ont pas été entendus ? Comment légitimer des aspects de notre personnalité qui n’ont pas été suffisamment validés par nos parents ? Tout cela est un travail important et passionnant qui nous amène à nous interroger sur qui nous sommes, pour mieux assumer nos spécificités, nos caractéristiques uniques."


Etablir de nouvelles règles d’alliance

Il est toujours bon de vivre avec nos parents une phase de séparation, temporaire, recommande Emmanuel Ballet de Coquereaumont. On ne se différencie jamais mieux qu’en proposant de nouvelles alliances, en abandonnant d’anciennes croyances. Ces croyances sont souvent des mythes, comme l’image du parent à vie ou l’image du parent dont nous ne serions que le prolongement.

L’idée d’alliance est l’idée que l’on a besoin, dans la relation, d’éprouver de la joie, du bien-être, de la chaleur. D’avoir des relations soutenantes et agréables.

En tant qu’ex-enfant lorsque nos parents vieillissent, il y aura forcément des moments où ils seront plus vulnérables et auront besoin d’assistance. Le risque est de devenir le parent de son parent, ce qu’il faut absolument éviter. "Mais tout cela ne sera possible que si cette relation a appris à se réajuster, à devenir plus juste et authentique. L’ex-enfant devenu adulte sentira alors qu’il pourra apporter sa présence et son soutien, en restant intègre, sans renier ses sentiments et son ressenti. "

La transmission est essentielle et est encore trop souvent parasitée par le rôle de parent à vie. Quand on reste parent à vie, on garde cette relation dissymétrique, hiérarchique. On ne transmet pas, on donne des conseils, on projette son propre vécu, plutôt que de partager son expérience, en restant à une juste distance de son ex-enfant, qui va lui-même faire ses propres expériences.
 

Ecoutez ici Emmanuel Ballet de Coquereaumont.

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