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"Vouloir sortir de l’e-commerce, c’est comme si vous vouliez arrêter Netlfix en Belgique pour rouvrir des Vidéoclub"

08 févr. 2022 à 13:34Temps de lecture3 min
Par Cedric Donck, administrateur d’eTAIL Agency

Titre original : "Vouloir sortir de l’e-commerce, c’est comme si vous vouliez arrêter Netlfix en Belgique pour rouvrir des Vidéoclub, cela n’a aucun sens et démontre une méconnaissance profonde de la réalité".

 

1. Pourquoi cette sortie est-elle à contre-courant de la réalité ?

La pandémie et la crise du coronavirus ont totalement changé le rapport des Belges à l’e-commerce. Il y a aujourd’hui de nouveaux modes de consommation qui ont été renforcés depuis 2 ans. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait et une réalité avec laquelle nous devons vivre.

Vouloir sortir de l’e commerce, c’est comme si vous vouliez arrêter Netlfix en Belgique pour rouvrir des Vidéoclub, ça n’a aucun sens. 61% de la population wallonne a acheté des produits ou services en 2019. En 2020, ça a encore augmenté. Et également en 2021.

D’ici 2-3 ans, tout ce que vous pouvez imaginer acheter de manière physique, vous pourrez l’acheter online et vous le faire livrer en quelques heures. Qu’il s’agisse de médicaments sur ordonnance, d’une voiture conduite par intelligence artificielle ou la visite d’un musée avec des lunettes de réalité virtuelle ; la technologie, le cadre législatif et les habitudes de consommation vont encore énormément évoluer.

Par ailleurs, il est hypocrite de compter sur l’e-commerce lorsque toute la planète est à l’arrêt… et de le condamner lorsqu’un critère social est sorti d’un contexte global.

La réalité, c’est aussi que si le marché belge de l’e commerce se met à l’arrêt, ce sont les Français et les Hollandais qui vont en profiter.

Je m’interroge aussi sur l’hypocrisie qui veut qu’on accueille les data centers à bras ouvert en Wallonie tout en décriant l’impact environnemental de l’e-commerce. La législation concernant le travail de nuit dans l’e-commerce n’a aucun sens en Belgique puisque les grands centres de dispatching se trouvent dans le nord de la France et le sud de la Hollande. Ce serait un handicap supplémentaire pour b-post qui fait 50% des livraisons et cela donnerait les coudées franches à Post-nl.

De plus, Liège est le centre de dispatching européen d’Alibaba. Si la législation sur le travail de nuit se confirme, il y a un vrai risque que ce centre logistique soit déplacé vers l’Allemagne ou la Hollande.

2. Ce ne sont pas les multinationales qui sont derrière l’e-commerce

Quand on parle d’e-commerce, on imagine souvent Google, Amazon ou encore Apple. L’e-commerce dans notre pays est une réalité également. Les chiffres montrent une croissance de 7,5% du marché belge du commerce électronique en 2020 par rapport à 2019. Le marché pèse plus de 8,8 milliards d’euros. En 2020, plus de 20.000 nouveaux webshops ont été créés, ce qui porte le total de 48.000 sites de vente en ligne dans notre pays. Ce sont des sites belges qui font vivre des milliers de collaborateurs belges et qui payent leurs impôts en Belgique. De très nombreux petits commerces " physiques " vivent aussi de l’e-commerce. C’est complémentaire, ce n’est pas à opposer. Aujourd’hui, votre restaurant préféré est peut-être aussi sur internet et offre la possibilité de se faire livrer ou de réserver en ligne. Et tant mieux.

Légiférer sur l’e-commerce c’est construire un handicap concurrentiel pour les acteurs belges. La balance commerciale de la Belgique est positive (notre économie est tournée vers l’exportation), mais pas en matière de commerce en ligne où les Belges achètent massivement à l’étranger. Au lieu de dénoncer l’e-commerce, il serait intéressant de se pencher sur ce qui peut être fait pour que la Belgique soit en avance sur d’autres pays. Comment pouvons-nous créer plus d’emplois, comment pouvons-nous briguer la première place ? Comment créer de nouveaux métiers ? Voilà les questions auxquelles répondre aujourd’hui.

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