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Sportives

What the foot ? (7/8) Jordanie, footballeuse, avec ou sans voile

Tous les matins, dans le camp de réfugiés syriens de Zaatari, des dizaines de fillettes foulent le terrain à l’abri des regards et de la pression de la communauté. Avec ceci de supplémentaire qu’ici, le football casse le rythme du camp et éloigne autant q
29 juin 2020 à 05:003 min
Par Valentine Van Vyve

Les classes encerclent la cour de récréation, fermée sur son dernier côté par un haut mur. Par-dessus apparaissent régulièrement les regards médusés de jeunes garçons sur la soixantaine de fillettes qui foulent un sol de bitume. Elles accourent vers la porte de fer lorsqu’apparaît Haneen Al Khateeb. La jeune femme de 23 ans porte en baluchon des filets de ballons. L’ambiance est électrique, dans cette école d’Agraba, à quelques kilomètres de la Syrie. Coordinatrice de l’association " Madrasati " (ndla " Mon École "), Haneen Al Khateeb parcourt le pays dans le but de faciliter l’accès au sport pour les filles. "C’est la première fois que je shoote dans un ballon", réagit Iman, 10 ans.
 

 « Je n’ai eu le droit à rien. Pas de sport ni de loisir. J’ai voulu donner à ma fille ce dont je n’ai pas bénéficié», se souvient Marwa, la mère de Yasmeen Shabsough. « Elle n’était pas censée jouer avec les garçons mais elle a montré qu’elle en était ca
« Je n’ai eu le droit à rien. Pas de sport ni de loisir. J’ai voulu donner à ma fille ce dont je n’ai pas bénéficié», se souvient Marwa, la mère de Yasmeen Shabsough. « Elle n’était pas censée jouer avec les garçons mais elle a montré qu’elle en était ca JOHANNA DE TESSIERES

L’espace manque et le revêtement n’est pas idéal pour une pratique correcte du football. Mais l’essentiel est ailleurs. " Les cours de sport n’existent pratiquement plus et il est totalement interdit pour les filles de le pratiquer en parascolaire. Il existe un terrain de football dans le village, mais elles ne peuvent pas se mêler aux garçons qui l’occupent", raconte Ansaf Hamedna, la directrice de l’établissement. Là comme à Amman, la capitale, "il existe des opportunités de jeu mais pas suffisamment et certainement pas dans les zones rurales, où les mentalités sont plus conservatrices ", remarque Haneen Al Khateeb. C’est pour infléchir cette tendance et faciliter l’accès au sport pour les filles que la jeune femme sillonne le pays.

 

Certaines joueuses doivent arrêter par manque de soutien familial

 Shahenaz Jebreen est un pilier de l’équipe nationale de Jordanie. Il y a peu, elle a intégré la Fédération en tant que coordinatrice des équipes jeunes. « Nous les faisons grandir », se réjouit-elle. « Voir que l’on peut réussir en jouant au foot, que l’
Shahenaz Jebreen est un pilier de l’équipe nationale de Jordanie. Il y a peu, elle a intégré la Fédération en tant que coordinatrice des équipes jeunes. « Nous les faisons grandir », se réjouit-elle. « Voir que l’on peut réussir en jouant au foot, que l’ JOHANNA DE TESSIERES

Ce genre de programme attire les fillettes vers les terrains verts, si bien qu’elles sont de plus en plus nombreuses à intégrer la quinzaine de centres de formation mis en place dans le pays par la Fédération jordanienne de football. Celle-ci espère qu’elles viendront, dans quelques années, garnir les rangs de l’équipe nationale. Si l’équipe fanion du Royaume hachémite ne pointe qu’au 58e rang mondial, "ses bons résultats ont donné une image positive du sport féminin", soulève Soleen Al Zoubi, ancienne joueuse et actuelle directrice technique des équipes nationales jeunes. "Nous avons dû nous faire notre place malgré les vents contraires ", se souvient Stéphanie Al Nader, la capitaine. De nombreuses filles ont en effet été contraintes d’arrêter par manque de soutien, logistique ou moral, de leur famille.

Le développement du football en Jordanie, dont certains dans la région saluent l’exemplarité, n’aurait probablement pas été le même si la FIFA n’était pas revenue sur sa décision d’interdire le port du voile lors des rencontres internationales. " Cela aurait été dramatique pour les joueuses portant le hijab, qui n’auraient pas transigé sur leur foi et auraient arrêté de jouer ", pense Haneen Al Khateeb. Pour sa collègue Yasmeen Shabsough, il est essentiel que les filles qu’elle entraîne " se rendent compte que ce voile ne les définit pas, qu’elles ne se résument pas à lui".

Former des leaders dans le sport qui le deviendront dans la société

 Le soir du 18 novembre 2018 , la Jordanie accueille l’équipe nationale d’Arabie Saoudite dans le cadre d’une rencontre amicale. « Si plus de femmes venaient supporter l’équipe nationale, les stades seraient beaucoup plus joyeux, commente Yasmeen. Mais la
Le soir du 18 novembre 2018 , la Jordanie accueille l’équipe nationale d’Arabie Saoudite dans le cadre d’une rencontre amicale. « Si plus de femmes venaient supporter l’équipe nationale, les stades seraient beaucoup plus joyeux, commente Yasmeen. Mais la JOHANNA DE TESSIERES

Ces pionnières pavent le chemin des générations à venir. "Les filles ont besoin de modèles qui leur montrent qu’elles peuvent réussir, pense Haneen Al Khateeb. La pratique du foot, c’est la clé de l’émancipation et de l’indépendance." Yasmeen Shabsough y voit un levier de développement personnel et sociétal. "Nous voulons former des leaders dans le sport et qui le deviendront dans leur communauté. C’est alors qu’elles changeront les choses."


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