Who’s Next des Who a 50 ans

14 août 2021 à 03:41Temps de lecture5 min
Par Laurent Rieppi

Après le succès de son opéra-rock Tommy en 1969, The Who revient en 1971 avec un album au format plus traditionnel : "Who’s Next". Cet album qui comporte de nombreux classiques tels que "Won’t Get Fooled Again" et "Baba O’Riley" (utilisés bien plus tard dans la série "Les Experts") ou encore "Behind Blue Eyes" est l’un des plus grands succès du groupe et est souvent considéré comme son meilleur album.

Roger Daltrey en 1971
Roger Daltrey en 1971 Photo by Gijsbert Hanekroot/Redferns

L’après Tommy

Après l’énorme succès de l’opéra rock Tommy et de la tournée promo de l’album (tournée durant laquelle le groupe jouait régulièrement l’œuvre en entier, ce qu’il fera notamment à Woodstock), les Who et surtout Pete Townshend souhaitent continuer à travailler dans cette même lancée et sortir un nouvel album concept, voire un nouvel opéra-rock.

Townshend planche alors, depuis quelque temps, sur un nouvel opéra-rock baptisé Lifehouse.

Malheureusement, seul Pete Townshend semble s’y retrouver dans cette étrange histoire de science-fiction. 

La non-motivation des autres musiciens plonge Pete Townshend dans un état de profonde dépression.

Finalement, l’aspect "concept album" ou "opéra rock" est écarté au profit d’un format d’album plus traditionnel. C’est ainsi que Who’s Next voit le jour même si la plupart des titres présents sur l’album auraient en fait dû se retrouver sur le projet "Lifehouse".

Who’s Next est enregistré majoritairement au mythique Olympic Studios de Londres entre mars et mai 1971.

Pour enregistrer l’album, les Who s’associent pour la première fois au producteur Glyn Johns (cela marque le début d’une fructueuse collaboration puisque Glyn Johns produira ensuite la plupart des albums du groupe).

Glyn Johns est à cette époque déjà très populaire, notamment en tant qu’ingénieur du son pour les Rolling Stones et Led Zeppelin.

Baba O’Riley

"Baba O’Riley", la plage qui ouvre l’album, met directement l’auditeur dans l’ambiance de Who’s Next.

En effet, Pete Townshend souhaite absolument ajouter une touche "électronique" sur l’album.

A l’aide d’un synthétiseur de l’époque (certaines sources prétendent qu’il s’agit d’un ARP synthétiser mais c'est un 1968 Lowrey Berkshire Deluxe TBO-1 electric organ qui est utilisé), Pete Townshend créé cette boucle sonore si reconnaissable, signature du titre.

A noter également la présence du violoniste Dave Arbus (issu du groupe de rock progressif East of Eden) sur le morceau.

Le titre "Baba O’Riley" est une combinaison du nom de Meher Baba, gourou de Townshend à l’époque, et de Terry Riley, compositeur minimaliste américain.

Pete Townshend dans son home studio en 1969. Derrière lui figure un portrait de son gourou Meher Baba.
Pete Townshend dans son home studio en 1969. Derrière lui figure un portrait de son gourou Meher Baba. Chris Morphet/Redferns/Getty
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►►► A lire aussi : La réalisation de l’album Tommy des Who


 

Getting In Tune

Originellement intitulé "I’m In Tune", ce titre faisait partie du projet abordé d’opéra-rock "Lifehouse" et ouvre la face B de Who’s Next.

Pour enregistrer ce morceau, les Who se montrent particulièrement inspirés. La progression musicale est juste extraordinaire. Mention particulière au claviériste Nicky Hopkins qui effectue ici un travail inspiré et tout en délicatesse.

Nicky Hopkins qui, dans la fin des années 60 et le courant des années 70, est, aux côtés de Billy Preston, le claviériste de studio le plus demandé.

Beaucoup d’observateurs et de critiques décriront les paroles de ce titre comme une tentative pour Townshend de trouver le juste équilibre entre la vie de rock star et celle d'une âme en quête de spiritualité et d’une certaine sagesse, tout un programme…

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The Who en 1971 (de gauche à droite : Roger Daltrey, Pete Townshend, Keith Moon et John Entwistle.
The Who en 1971 (de gauche à droite : Roger Daltrey, Pete Townshend, Keith Moon et John Entwistle. Gijsbert Hanekroot/Redferns/Getty

►►► Lire aussi : Les 50 ans du Live at Leeds des Who


 

My Wife

Si la majorité de l’album est, comme c’est souvent le cas sur les albums des Who, signé par Pete Townshend, on retrouve sur Who’s Next un titre signé par le regretté bassiste John Entwistle.

Ce titre, c’est "My Wife", un morceau que le groupe enregistre au studio Olympic de Londres dans le courant du mois de mai 1971.

Entwistle puise l’inspiration pour écrire ce morceau à la suite d'une dispute avec sa femme. Juste après la scène de ménage, pour se remettre les idées en place, le bassiste va promener ses chiens dans la forêt voisine et commencer à imaginer le texte d’un nouveau morceau pour les Who. La femme de John Enwiste prend ce morceau avec une certaine philosophie et propose même à son mari d’apparaître sur scène lors de quelques concerts "armée" d’un rouleau à tarte… Cela ne se fera pas finalement mais l’idée était assez amusante.

A noter également que John Entwiste – étonnamment – ne sera pas du tout satisfait du travail effectué par Glyn Johns sur le son de l’album. Entwistle le réenregistrera en 1973 avec son propre groupe sur son album solo Rigor Mortis Sets In.

John Entwistle en 1971
John Entwistle en 1971 Michael Putland/Getty Images
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Une pochette énigmatique

Quelques mots sur la pochette de l’album Who’s Next, une de plus célèbre de l’histoire du rock. Elle représente Pete Townshend, Roger Daltrey, John Entwistle et Keith Moon posant près d’un grand bloc de pierre sur un terrain désertique, sous un ciel nuageux et bleuté.

D’après les dires de John Entwistle et de Keith Moon, elle est inspirée du classique du cinéma "2001 : l’Odyssée de l’Espace" de Stanley Kubrick.

Le groupe avait aperçu ce paysage particulier et énigmatique en revenant d’un concert en 1971 et a absolument voulu être photographié dans ce cadre puisqu’il trouvait qu’il ressemblait à un paysage extraterrestre du film.

Behind Blue Eyes

Behind Blue Eyes est un des titres majeurs de l’album.

Pete Townshend l’écrit suite à un concert que les Who donnent le 9 juin 1970 à Denver dans le Colorado. Ce soir-là, Pete Townshend est tenté par une groupie mais résiste. Il rentre alors dans sa chambre d’hôtel et commence à écrire un texte, une sorte de prière qui commence ainsi "If my fist clenches, crack it open…" que l’on retrouvera par la suite dans les paroles du morceau.

Pete Townshend en 1971 sur scène à New York
Pete Townshend en 1971 sur scène à New York Jeffrey Mayer/WireImage/Getty
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Won’t Get Fooled Again

Who’s Next sort le 14 août 1971 aux Etats-Unis et se place à la 4e place du Billboard albums.

Quelques jours plus tard, l’album sort en Angleterre le 28 août 1971, et se classe à la 1re place des charts britanniques.

"Won’t Get Fooled Again" est l’un des grands classiques des Who présent sur cet album, c’est d’ailleurs le titre qui referme l’album.

Tout comme "Baba O’Riley", le morceau se repose sur une séquence de synthétiser enregistrée par Pete Townshend.

"Won’t Get Fooled Again" parle, de façon très cynique et pessimiste, des différentes révolutions manquées des 60’s. Il évoque le fait qu’on peut faire très peu de choses pour véritablement changer le monde. D’après le texte, après une révolution même si un nouveau pouvoir est mis en place et qu’il est basé sur de bons principes, il finit de toute façon par être corrompu.

Les paroles nous invitent alors à nous changer nous-même plutôt que de vouloir changer le monde.

"Won’t Get Fooled Again", tout comme “Baba O’Riley”, seront utilisés ensuite en tant que générique pour la célèbre série TV américaine "Les Experts". "Won’t Get Fooled Again" est ainsi le générique des Experts Miami alors que "Baba O’Riley" est celui des Experts Manhattan.

"Won’t Get Fooled Again" est également un des grands favoris live des Who.

On se rappellera notamment d’une version mémorable jouée par le groupe lors du concert de charité Live 8 le 2 juillet 2005 à Hyde Park à Londres devant plus de 200.000 spectateurs. Une très belle version même si le groupe est alors réduit au duo Daltrey/Townshend (Keith Moon nous ayant quittés il y a bien longtemps en 1978 et John Entwistle en 2002).

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