Y a-t-il vraiment par semaine 60 enfants de moins de 5 ans admis pour Covid-19 à l'hôpital ?

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10 sept. 2021 à 14:04 - mise à jour 13 sept. 2021 à 08:42Temps de lecture4 min
Par X.L.

C’est une inquiétude légitime, qui est nourrie par la rentrée scolaire, par les informations nous venant des Etats-Unis, mais aussi, depuis quelques jours, par les graphiques de Sciensano : avec le variant Delta, et la résurgence du coronavirus, nos enfants sont-ils désormais plus gravement atteints par le Covid-19 ?

Le graphique belge qui fait peur

© Sciensano

C’est un des graphiques qui apparaît dans le tableau de données Covid-19 mis à jour quotidiennement par Sciensano : il montre la proportion par groupe d’âges des admissions par semaine. Les dernières données affichées montrent un taux inquiétant pour une tranche d’âge pourtant courte, celle des 0 à 5 ans, qui représenteraient 14,3% des hospitalisations.

Non seulement il s’agit d’une proportion jamais atteinte depuis le début de l’épidémie, mais en plus, ce serait un taux énorme par rapport à ce que représente cette tranche d’âge par rapport à la population globale.

Harry Spoelstra, chirurgien flamand, en conclut qu'en appliquant ce pourcentage aux admissions de la semaine concernée, il a dû y avoir 60 enfants de moins de 5 ans et 10 de 6 à 19 ans admis à l'hôpital pour Covd-19 cette semaine-là. 

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Alors, faut-il s’en inquiéter ? La réponse est non, voici pourquoi :

Des données très incomplètes

Il faut un peu fouiller, mais Sciensano précise dans son rapport de "surveillance clinique" la façon dont ces données sont collectées. C’est-à-dire via des questionnaires en ligne, remplis par les hôpitaux, MAIS PAS TOUS, et avec retard. Il ne s’agit donc pas des mêmes données sur base desquelles on communique chaque jour les admissions quotidiennes : ces données "de surveillance clinique", lancées en 2020, qui comprennent notamment l’âge, la résidence, les co-morbidités et depuis peu le statut vaccinal du patient ne sont envoyées que par la suite. Et pas partout.

Et la mise en garde, sur ce rapport, est très claire : "Il convient d’être prudent dans l’interprétation des tendances des semaines les plus récentes", et ce non seulement à cause des retards mais aussi de la taille de l’échantillon.

Dans le graphique qui rapporte la taille de l’échantillon, on peut ainsi voir que le nombre de questionnaires envisagés pour la semaine du 23 août, c’est… 41 questionnaires.

Si on reprend notre graphique et ses pourcentages, ça colle : tous les chiffres sont des multiples de 2,4%. Et 2,4%, c’est un cas sur 41. 14,3%, c’est donc en réalité… 6 cas sur 41.

Oui mais 6, c’est beaucoup quand même ?

On pourrait se dire que 6 enfants gravement atteints du Covid, ça reste beaucoup. Sauf qu’à nouveau, il faut regarder ce que désignent les données.

On apprend ainsi que les formulaires reçus concernent tous les patients à l’hôpital AVEC le Covid, et pas seulement ceux admis pour Covid. Un screening systématique a en effet été mis en place pour tester les patients entrants, et si ceux-ci révèlent un testing positif, le patient est alors repris dans la base de données "Patients avec Covid". Cela veut dire qu’un enfant admis pour une courte surveillance, un bras cassé ou une rougeole fulgurante, peut être détecté positif et apparaître dans ces données.

Un rapide coup d’oeil confirme d’ailleurs que la durée des séjours des patients de moins de 5 ans avec Covid est extrêmement courte.

Pourquoi plus d’enfants ?

On pourrait toutefois objecter que c’est le cas aussi pour les autres catégories d’âge, et que ça n’explique pas la proportion importante. Ce serait oublier que cette tranche des 0-5 ans est la seule pour laquelle il y a 0% de vacciné : c’est donc logique, dans un screening systématique, d’y détecter plus de cas de Covid.

Les taux de positivité démontrent d’ailleurs que si seuls 3,2% des plus de 65 ans testés s’avèrent positifs, 12,6% des 0 à 9 ans le sont ! Avec un variant très contagieux, et une très grosse majorité de la population adulte vaccinée, il est logique que ce soit chez les tout jeunes que le virus circule le plus.

 

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Pas d’information alarmante dans les hôpitaux

Les pédiatres belges sont très attentifs aux effets du variant delta combinés à la rentrée et au relâchement des mesures. Des observations venant des Etats-Unis notamment montraient en effet dans des états très touchés une hausse importante de Covid problématiques chez les jeunes enfants.

Il faut cependant observer une différence importante, c’est que cela s’est surtout marqué dans les états les moins vaccinés et où l’incidence était très importante : si le nombre d’infections est très important, alors, il est possible qu’un pourcentage même faible représente un nombre de malades significatifs.

Et les observations sur le terrain le confirment : "Les contacts avec les deux plus importants hôpitaux pédiatriques ne montrent pas de hausse pour le moment" a confirmé le porte-parole interfédéral Yves Laethem ce matin lors d’un point presse.

Nos coups de sonde dans les hôpitaux belges vont en ce sens aussi.

Et Dimitri Van der Linden, médecin aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, spécialisé en infectiologie pédiatrique, le confirmait sur les antennes de la RTBF à la rentrée : "Dans nos hôpitaux, on voit très peu de cas de Covid pour linstant. Quand on voit lensemble depuis le début de la pandémie, le nombre dhospitalisations en pédiatrie représente 1 à 2% de lensemble des hospitalisations".

Des nourrissons en observation

Les enfants ne représentent que 2% des admissions hospitalières des patients du Covid-19, a confirmé samedi le virologue Steven Van Gucht dans le Het Nieuwsblad et Gazet van Antwerpen. Et ce alors qu'ils constituent plus de 20% de la population, a souligné le virologue.

Mais il est vrai qu'un peu plus de 40% des enfants hospitalisés avaient moins de trois mois. "C'est principalement parce que les nourrissons qui font de la fièvre sont allés à l'hôpital pour être observés. Souvent, ceux-ci rentraient chez eux après seulement un ou deux jours."

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