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Ygaëlle Dupriez : de la laine et des objets traçables, éthiques et durables en Gaume

Ygaëlle Dupriez est une femme pétillante, à l’écoute de ses intuitions et très créative quand il s’agit de développer des projets transformateurs pour le monde qui l’entoure. Passionnée par la laine depuis son enfance, elle a décidé, il y a quelques années, de se lancer dans une aventure un peu folle : celle de confectionner des produits en laine locale ! Aujourd’hui, elle a ouvert sa propre boutique, dans le tout petit village de Lahage, en Gaume. En plus de ses confections à base de laine, elle y propose de nombreux objets du quotidien. Ici, tout est traçable, éthique, durable et en plus super beau !

Ygaëlle aime la laine ! Sa douceur, son gonflant, sa chaleur, son odeur, etc. C’est une véritable passion qu’elle se découvre à l’âge de 12 ans. "Ah, ça c’est grâce à Suzy ! La maman d’une de mes copines d’école. Elle filait la laine au rouet. J’ai tout de suite été subjuguée par cette activité qui me semblait à la fois productive et méditative." Adolescente, elle passe des heures et des heures à filer la laine au rouet. Et jamais elle ne s’en séparera. "J’ai toujours eu un rouet dans mon salon. Parfois, je n’y touchais pas pendant de longs mois voire années, mais ça m’a toujours accompagné."

Brandi Thompson / EyeEm

Après avoir travaillé et vécu de longues années entre le Brabant-Wallon et le Hainaut, Ygaëlle s’installe, en 2008, dans une ancienne ferme à Lahage en Gaume. "Je voulais travailler avec mon cœur, ma tête et mes mains. Développer des projets qui aient du sens, là où ils s’inscrivent." Deux années plus tard, de nombreux projets émergent, dont l’ASBL Filière laines, une association de sensibilisation, de promotion et de formation à la laine, ses produits et ses métiers. "Je suis à l’initiative de cette association. Son objectif est de revaloriser la laine de mouton, principalement en Belgique, et d’encourager l’activité autour de la transformation de la laine, en valorisant le savoir-faire local. Car aujourd’hui, malheureusement, la laine de mouton produite en Belgique est en grande majorité exportée vers l’Asie." Elle en sera la coordinatrice jusqu’à la fin 2019.

Bien à sa place et bien entourée en Gaume, Ygaëlle est aussi à l’initiative de la monnaie locale : l’Épi lorrain, d’une épicerie coopérative ou encore d’un service d’échange local (SEL). "J’ai besoin de me sentir utile, de faire ma part. Pour moi, ces projets sont des actes politiques."

Des produits en laine locale et circuit court

Débordante d’énergie, Ygaëlle décide en 2013 de confectionner, elle-même, des produits à base de laine. "Je voulais prouver qu’on pouvait faire de chouettes choses localement ! Je voulais aussi me confronter à la réalité du terrain. De la production à la commercialisation en passant par la transformation. Et ainsi, avoir davantage de légitimité dans ce que je communiquais à travers l’ASBL."

Elle lance alors La laine des coccinelles. "J’ai commencé tout petitement. Au début, je ne vendais que des fils à tricoter. Ensuite, j’ai augmenté mon offre avec des sacs, des chaussettes, des gants, des carpettes de bain, des pulls, etc. Chaque année, j’étoffe mon offre." Ses produits sont fabriqués à partir de laine de moutons élevés à Lahage (50%) et en Lorraine (50%). "La laine est achetée au moins trois à quatre fois le prix du marché, pour tenter une filière plus équitable avec les éleveurs." Tout le processus de transformation est relocalisé en Belgique, en France ou en Allemagne. "Je choisis toujours les entreprises les plus proches. Ce n’est pas toujours facile de les dénicher tant le secteur textile est sinistré ou délocalisé. Alors qu’historiquement, les villes comme Courtrai ou Verviers grouillaient d’entreprises textiles."

Dans un premier temps, elle commercialise ses réalisations sur des marchés artisanaux ou salons. Rapidement, quelques boutiques de fils à tricoter et de producteurs locaux proposent une sélection de ses produits à base de laine. Elle développe aussi sa propre boutique en ligne et exécute des commandes pour des professionnels. "J’ai vendu des tissus, des feutres ou encore des fils à certaines marques qui s’inscrivent dans la mouvance de ‘slow fashion’et de ‘slow design’."

Un pari un peu fou, mais épanouissant !

Lassée par le greenwashing croissant de nombreuses entreprises, Ygaëlle décide d’ouvrir sa propre boutique d’objets éthiques et durables ainsi qu’un espace atelier pour créer, vivre et partager : Coccinelles et Compagnie. Son but est d’y proposer une véritable alternative et de conscientiser toujours plus de personnes aux dérives consuméristes. "Il y a tellement de gens qui veulent bien faire pour l’humain et la planète qu’en fait, ils vont croire le moindre argument que l’industrie affirme, sans réfléchir. Parfois, on a tendance à perdre notre esprit critique." Alors que chaque geste, chaque décision que l’on prend a un impact.

En 2021, après avoir enfin rénové les étables de sa ferme, Ygaëlle concrétise ce projet qui a eu le temps de bien mûrir dans sa tête. "J’y ai ouvert mon propre magasin d’objets du quotidien. Il y a de la vaisselle, des jeux pour enfants, des vêtements, des bijoux, du petit mobilier, etc." Et bien évidemment, comme pour La laine des coccinelles, chaque objet est entièrement traçable, jusqu’à l’origine de la matière première. "Je crois sincèrement que ce concept-là est unique ! Souvent, la fabrication a beau être locale, il existe toujours une boîte noire sur la provenance des matières premières et sur la façon dont elles sont extraites. Pour moi, à partir du moment où cette boîte noire existe, ça signifie que le produit final participe à l’exploitation d’autres êtres humains et de la planète." En boutique, elle prend le temps d’expliquer, à chaque client, les histoires humaines qui se cachent derrière les différents objets qu’elle propose. "L’information est primordiale. Il n’y a qu’en faisant ses choix en connaissance de cause, qu’on exerce notre liberté, notre humanité."

À côté de la boutique, Ygaëlle a créé un espace convivial pouvant accueillir ateliers et formations pour imaginer, fabriquer, découvrir, partager. "Dans la joie et la bienveillance, j’organise des formations en recyclage textile, arts graphiques, Reiki, comptines pour enfants, etc. Il y a une grande variété de thématiques. L’idée est vraiment de partager des moments de vie et des savoir-faire."

Garder espoir

Indépendante à titre principal depuis l’ouverture de sa propre boutique et de son atelier, Ygaëlle est confrontée à une réalité économique plutôt compliquée. "Je sais que ce que je fais est important, utile et je suis valorisée par rapport à ça donc ça m’aide psychologiquement. Mais, je dois objectivement lutter contre certaines angoisses. Est-ce que je n’ai pas fait la plus grosse connerie de ma vie ? J’étais coordinatrice de l’association Filière laines. J’avais un salaire fixe. Est-ce que vraiment je devais me lancer dans ce nouveau projet ?" Car, même si les clients qui franchissent la porte de la boutique ou qui s’inscrivent aux ateliers sont toujours enchantés, Ygaëlle doit faire face à une conjoncture économique difficile. "Les ventes ne sont pas à la hauteur de mes espérances. Et, il y a encore trop peu de monde à certains ateliers, que je suis donc obligée d’annuler. Mais je tiens bon, grâce aux nombreuses appréciations positives !"

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