Politique

Zakia Khattabi à Jeudi en Prime : "Nous n’étions pas préparés, nous n’avons pas assez investi dans la transition (écologique)"

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20 oct. 2022 à 20:48 - mise à jour 20 oct. 2022 à 21:12Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

Zakia Khattabi (Ecolo), ministre fédérale du Climat, était l’invitée de l’émission Jeudi en Prime, sur la Une. Dans quelques semaines, elle se rendra à Charm el-Cheikh, en Egypte, où se tiendra, du 7 au 18 novembre, la COP 27, la Conférence sur les changements climatiques, une conférence internationale de l’Organisation des Nations unies.

Soupe tomate sur un Van Gogh, actions contre Total : condamner ou pas ?

Dans l’actualité ces derniers jours, il y a plusieurs actions menées par des militants et militantes qui réclament la cessation des projets pétroliers. Des activistes ont aspergé les Tournesols de Van Gogh de soupe tomate. D’autres ont mené des actions contre les intérêts de Total à Feluy et Wandre.

Faut-il condamner ces actes ? A propos de l’action contre le Van Gogh, "c’est un geste qui s’inscrit dans un mode d’action, une tradition de désobéissance civile. Ce n’est pas un mode d’action violent", répond Zakia Khattabi qui rappelle que les activistes "ont choisi de manière délibérée une œuvre protégée" (ndlr : par une vitre). Cette action, "je ne la condamne pas comme ça a été fait", explique Zakia Khattabi qui dit aussi avoir "parfois trouvé que les condamnations étaient plus violentes que l’action elle-même". Même chose pour les actions chez Total en Belgique, "je n’ai pas à me prononcer, est-ce que j’approuve ou je n’approuve pas", réponde Zakia Khattabi qui "prend acte d’un mode d’action qui n’est pas violent". "Ce qu’ils dénoncent, l’action de Total est sans doute plus violente pour nous collectivement que les actions qu’ils posent", ajoute-t-elle.

Pour les actions contre le Van Gogh et celles contre Total, la ministre du Climat se dit interpellée. "Poser des actes qui vont aussi loin et qui les met eux-mêmes en difficulté parce qu’ils sont passibles de poursuites dit quelque chose sur leur sentiment d’urgence et sur le fait qu’ils dénoncent l’inaction politique", explique-t-elle. Et à propos de cette (in) action politique, "j’ai une conscience assez aiguë des enjeux pour ne pas penser qu’on en fasse assez", estime la ministre Khattabi. "Je compte sur les mouvements comme ceux de dimanche, sur la marche etc, pour qu’ils continuent à ennuyer et à mettre le focus sur l’ambition des différents gouvernements, en ce compris du mien", continue-t-elle.

La ministre prône "un vrai changement structurel"

Que penser des actions individuelles en faveur du climat ? "Comme ministre du Climat, je ne suis pas intéressée par les actes individuels", explique Zakia Khattabi. "Je ne regarde pas dans votre assiette si vous mangez bien du quinoa", répond-elle. Ce qui l’intéresse, "c’est de placer les fondations pour un changement structurel et donc de placer un cadre qui fasse qu’après vous puissiez poser des choix individuels qui ne changent pas votre qualité de vie", précise-t-elle. Pour cela, elle dit travailler à une "réorientation profonde, notamment de notre fiscalité à l’échelle fédérale et du modèle économique".

Le dérèglement climatique et son accélération mis en évidence par le GIEC causés par l’activité humaine sont "un enjeu éminemment politique en ce qu’il nous confronte de la manière la plus violente qu’il soit aux limites d’un modèle économique, d’un modèle social dont on a tous profité", estime la ministre pour qui "on voit les limites" et qui impose "de passer à autre chose".

Avec la crise énergétique, le portefeuille ne va-t-il pas passer avant la planète ?

On le voit aujourd’hui avec l’augmentation des factures énergétiques et celle du coût de la vie en général, des ménages sont amenés à faire des choix qui ne vont pas forcément dans le sens de la transition écologique. Les chauffages au charbon, au pétrole, au bois sont réutilisés, par exemple. Cela veut-il dire que l’intérêt de la planète risque de passer au second plan ? Non, pour la ministre Khattabi qui "ne pense pas qu’il faut mettre une hiérarchie".

"On peut difficilement condamner les personnes qui utilisent le charbon ou le bois, mais on sait que c’est une réponse ponctuelle et court-termiste à la crise", répond la ministre du Climat.

La ministre voit dans la situation actuelle des leçons à tirer. "Nous n’étions pas préparés, nous n’avons pas assez investi dans la transition de telle sorte que, je ne dis pas que la crise n’aurait pas eu lieu, mais en tout cas, le choc aurait été moins violent", explique la ministre qui plaide de nouveau pour "des réponses plus structurelles, à moyen et à long terme". Pour la ministre, il aurait fallu "que ceux qu’on a, à l’époque, appelés des oiseaux de mauvais augure soient plus entendus".

Comment convaincre le public d’adhérer au projet de la transition écologique ? Pour la ministre du Climat, "le projet écologiste, la transition, est un projet positif". Pour elle, ce que l’on vit aujourd’hui, "cette réalité n’est pas celle de la transition. C’est précisément un monde dans lequel on est encore tout au nucléaire, tout au fossile".

La ministre du Climat appelle au boycott politique de la Coupe du monde au Qatar

A quelques encablures du début de la Coupe du monde de football au Qatar, quelle attitude doivent adopter les autorités belges ? Pour la ministre Ecolo du Climat, un boycott politique s’impose alors que le gouvernement fédéral ne s’est pas encore prononcé sur le sujet. "Pour ce qui me concerne, je n’irai pas, mais je pense qu’il y a lieu effectivement qu’il y ait, à tout le moins, un boycott politique, qu’il y ait des signaux et qu’on assume", déclare Zakia Khattabi. Ce qui signifierait pas de roi et pas de ministres belges au Qatar. "S’il y a une discussion au gouvernement et qu’on me demande mon avis, c’est une position que je défendrai", précise la ministre.

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