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Le 8/9

Zep s'illustre avec une BD sur le transhumanisme : "La fiction est là pour soulever des questions éthiques"

25 mars 2022 à 10:09Temps de lecture3 min
Par François Saint-Amand

Zep était l'invité du 8/9 pour présenter sa nouvelle BD, Ce que nous sommes. L'auteur et dessinateur suisse interroge sur l'intérêt du transhumanisme et ses perspectives pour les capacités cognitives humaines.

Cette fois-ci, ce n’est pas avec pas avec son personnage légendaire Titeuf que Zep revient mais avec un récit de science-fiction inspiré d’un véritable projet scientifique !

Et si les humains disposaient à la naissance d’un 2ème cerveau numérique où sont directement téléchargés des savoirs ? Et si grâce à ce cerveau, apprendre une langue ou acquérir les connaissances de l’humanité était simple et rapide ? Tout ça, c’est possible grâce au projet DataBrain.

Constant fait partie de ceux qui possèdent ce 2ème cerveau. Un jour, il est victime d’un piratage informatique. Alors qu’il se réveille en pleine forêt, Constant va devoir se reconstruire et retrouver son passé. Pour y arriver, il n’aura pas d’autres choix que de faire appel aux capacités extraordinaires de son cerveau...

Des dessins cartoonesques de Titeuf au réalisme de sa nouvelle BD

Zep n'est pas que le père de Titeuf. En parallèle des histoires de l'ado à la longue mèche blonde, il sort un récit bien plus sérieux et scientifique et aux dessins plus réalistes avec Ce que nous sommes.

L'auteur et dessinateur suisse de 54 ans a planché sur cet album juste avant la pandémie de covid-19 et l'a dessiné au même moment que le dernier Titeuf. Il explique la nécessité même d'utiliser une autre technique de dessin : "Je vais dessiner d'après la nature et j'ai des gens qui me servent de modèles pour des personnages. J'ai donc deux manières de dessiner très différentes et c'est assez confortable parce qu'en BD on reproduit des centaines de dessins. C'est presqu'une physiothérapie de la main pour moi : passer d'un dessin à un autre j'ai besoin de le faire pour changer de geste".

Parmi les modèles des personnages principaux de Ce que nous sommes, Alizé Oswald, chanteuse du groupe Aliose et... l'un de ses fils. Pour saisir leurs traits avec fidélité, il organise un casting. "J'attribue des personnages à des gens que je connais de près ou de loin et après je leur demande de poser pour moi. C'est une partie du boulot que j'adore : tout mon storyboard est pré-dessiné et puis je demande aux gens de jour les scènes un peu comme des répétitions de films, et je les dessine, les prend en photo. cela me permet de donner aussi un jeu plus naturel et plus intime au personnage".

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Les dérives du transhumanisme

Dans Ce que nous sommes, Zep interroge sur les travaux de numérisation du cerveau humain. Déjà expérimenté dans le domaine médical, un cerveau annexe permettrait d'accumuler les savoirs très rapidement.

Constant, personnage principal de l'histoire, possède ce 2e cerveau. Il est victime de piratage. Du jour au lendemain, il perd toutes les données qu'il a téléchargées, mais pas apprises, depuis son enfance. Il n'a donc rien en mémoire : il ne peut pas parler, écrire, lire, s'orienter et il ne sait pas qui il est. Il entame donc une vie où il doit tout apprendre.

"C'était la question que lève le livre : si on doit se reconstruire, qu'est-ce qui fait des nous des humains ?" lance Zep. "On est en train de parler de transhumanisme. Mais cet humain augmenté qu'on nous promet au fond c'est un humain de plus en plus assisté par des machines, donc de plus en plus diminué, parce qu'on sait que notre cerveau ne fait pas du travail inutile".

Le dessinateur observe déjà ce phénomène sur les générations Z et Alpha, "capable d'attention de plus en plus réduite" tant tout leur est facilité par la technologie numérique. Lui-même retient moins d'informations qu'auparavant : "On ne fait plus l'effort. Notre cerveau devient donc plus paresseux et on peut imaginer des générations futures qui mémoriseront peu de choses puisque tout sera en assistance".

Le rôle nécessaire de la fiction

Zep analyse lui-même cet intérêt pour la technologie du cerveau dans la culture de la science-fiction.

"La science-fiction, ce qui est génial, c'est qu'elle nous raconte notre futur, mais en même temps, c'est toujours un signal par rapport à l'époque. La science-fiction des années 50-60 ce sont des extraterrestres qui nous attaquent car on avait peur des Soviétiques, les années 80, on avait peur d'une modernité : c'est la technologie, les robots qui prennent le pouvoir" explique-t-il. "Aujourd'hui, c'est une science-fiction plus existentielle : on se demande quel est notre devenir humain. C'est là que la fiction a un rôle à jouer pour moi : elle propose des scénarios aussi pour faire flipper, pour dire attention on pourrait glisser vers cela. Elle est là pour soulever des questions éthiques".

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Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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