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Zéro déchet : "Notre budget courses a baissé de 15 à 35%"

Cela fait trois ans que Julie Pirenne et sa famille tentent de faire maigrir leurs poubelles, par tous les moyens. Ils notent scrupuleusement leurs dépenses et constatent de belles économies. Mais à certaines conditions ! Pas question de remplacer tout ce qu’ils achetaient auparavant par les mêmes produits, issus d’autres filières (bio et vrac), "c’est impayable !". Ils conseillent de revoir sa consommation, globalement. Suivez le guide !

 

Julie Pirenne
Julie Pirenne @Charlotte Legrand

Nous rencontrons Julie Pirenne parce qu’elle a participé à un programme de soutien au "zéro déchet". Pendant plusieurs mois, la ville de Mons a accompagné 12 familles, volontaires, au travers d’ateliers, de rencontres et de trucs et astuces pour mieux réduire son empreinte écologique. "C’était très chouette, cela nous a appris de nouvelles choses. C’était bien aussi de pouvoir échanger sur nos expériences". Mais ils en connaissent déjà "un rayon" sur le zéro déchet. "On a décidé de s’engager dans cette démarche en 2019 déjà". A l’époque, en plein milieu de l’été, la famille traverse "une phase un peu compliquée". Besoin d’un nouveau défi, qui "embarque" tout le monde, les adultes et les trois ados. Le challenge tombe à pic. "C’était les vacances, ils ont tous été d’accord. Et on s’est mis à tester les magasins de vrac, des nouvelles recettes, etc.".

Prof dans la vie, Julie profite des congés pour trier la maison de fond en comble. "J’ai fait l’inventaire de tout ce que nous avions accumulé. L’idée était de ne plus rien faire rentrer de neuf, et plus aucun plastique non plus". Les enfants ne font pas de résistance. Au contraire, ils sont plutôt "moteurs". "Ils voyaient pas mal de vidéos circuler sur le net ou les réseaux, des youtubeurs engagés pour le climat. C’était l’époque des marches pour le climat". Il leur arrivait, nous confie-t-elle, de "regarder de travers" papa et maman s’ils rentraient "totalement suremballés" du supermarché. "Je me souviens aussi de petites remarques sur certains fruits ou légumes, parce qu’ils n’étaient pas de saison", sourit Julie.

 

De l’essuie-tout en tissu, réutilisable.
De l’essuie-tout en tissu, réutilisable. © Charlotte Legrand

La mère de famille tient un livre de comptes précis. "Ce n’était pas l’objectif premier mais je voulais objectiver les choses : voir si cela nous permettait de faire des économies ou si cela nous revenait plus cher". Le verdict est implacable : "pour le budget courses, on a atteint entre 15 et 35% d’économies…"

Le bilan laisse rêveur. Mais au fond de nous, on a un vilain doute. Pour avoir déjà fréquenté pas mal d’enseignes vrac, bio… : cela paraît tellement plus cher qu’au supermarché "traditionnel". "Attention", prévient Julie, "si on veut faire des économies, il ne faut pas remplacer le contenu de son caddie habituel par la même chose, les mêmes produits achetés en bio et en vrac. Ça, c’est totalement impayable !" Quelle est la solution ? "Revoir sa consommation, globalement".

© Tous droits réservés

Concrètement, voilà ce que ça a impliqué pour elle et sa famille. Ils ont arrêté d’acheter certains produits. "Par exemple les collations. On les fait nous-mêmes, ou on remplace par une tranche de pain, un bâton de chocolat". C’est dans la salle de bains et dans l’armoire des produits ménagers que la différence saute aux yeux. "Hier, ma fille et moi avons fabriqué nos shampooings solides. Je vais les démouler pour vous montrer. Avec trois shampooings, à nous 5, on a de quoi faire pendant plusieurs mois". L’argile blanche sert à récurer les lavabos, le produit vaisselle est fait maison. La lessive, même chose. Et pendant que nous parlons, un pain cuit dans la machine. Euh… Ça ne prendrait pas longtemps, tout ça ? "C’est une question qu’on me pose sans cesse. Mais je réponds qu’avant, quand je traînais mon chariot dans toutes les allées du supermarché, puis que je rentrais déballer tous mes produits et leurs multiples couches de plastique, puis que je les rangeais, un à un… Ça me prenait un temps dingue !" Une fois les habitudes prises, selon Julie, le zéro déchets est moins chronophage qu’on l’imagine.

Les shampooings
Les shampooings @Charlotte Legrand

Elle nous emmène sur sa terrasse, au petit coin "poubelles". Les "papesses" du zéro déchet ont souvent un bocal qu’elles mettent des années à remplir avec leurs rares déchets résiduels. Personnellement, on n’a jamais trop compris comment c’était possible. Julie non plus. "Il y a quelques déchets dont il est impossible de se passer, ou très difficile. Les emballages de médicaments. Quelques fournitures scolaires comme des cartouches d’encre, un tube de colle. Le sac de l’aspirateur. Et puis… Il y a le chat ! Il nous plombe notre poubelle avec ses croquettes, vendues dans un emballage qui n’est absolument pas recyclable". Si le "bilan poubelles" est loin d’être "parfait", il impressionne malgré tout : un sac PMC et un petit sac de déchets résiduels tous les 4 ou 5 mois, c’est peu de chose. "Et pourtant je paie la même redevance poubelles que mes voisins", précise Julie. Selon elle, réduire la taxe poubelles des familles qui se lancent dans une démarche de réduction des déchets pourrait être un bel incitant. "C’est ce qui se passe avec les poubelles à puces, on se sent récompensé de ses efforts".

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Trois ans après avoir commencé l’aventure, les habitudes se sont bien ancrées. "Et on se permet des petits plaisirs, aussi ! Moi je suis enseignante, j’aime bien avoir une petite nouveauté, à la rentrée. Je me suis offert un beau crayon", nous dit-elle en riant de bon cœur. Mais la plupart des autres fournitures, elle a anticipé leur achat, à la ressourcerie. "Ce qui est primordial c’est de bien s’organiser : quand on va là-bas, on voit des efface-encre, des bics, etc. : on se dit 'tiens, je n’en ai pas besoin maintenant, mais dans 3 mois, dans 6 mois…" Et pas question de se ruer sur un site de vente en ligne, à la première lubie ou pour un besoin de dernière minute. "Les enfants le savent bien, c’est non ! Pas question de me dire j’ai besoin d’une paire de baskets pour le cours de gym de demain". Sur les trois livres que sa fille doit lire à l’école, l’an prochain, "deux ont été achetés en seconde main. Le troisième était beaucoup plus récent. On l’a acheté dans une librairie montoise, sans emballage. Pas sur internet, donc".

Revenir en arrière n’est pas à l’ordre du jour, dans cette famille montoise. "Mon grand fils, qui vit en kot à Bruxelles, continue lui aussi". Tiens, on avait une dernière question, parce que ce soir on va chez des amis. On amène quoi, comme cadeau, quand on est "tendance zéro déchet"? "Ça nous est arrivé hier, justement", explique Julie. "Nos amis ont reçu des petits chocolats achetés dans un magasin de vrac. Une boisson bio. On fabrique aussi souvent quelques produits de beauté, ou d’entretien, qu’on offre autour de nous. Et ça fait plaisir, je pense".

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